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Critiques

Matthieu Idmtal et la consolation inattendue de Haydn

W
· 6 min de lecture
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Matthieu Idmtal et la consolation inattendue de Haydn

Les sonates pour piano de Joseph Haydn (1732-1809) comptent parmi les œuvres les plus inventives, surprenantes et polyvalentes du répertoire classique, mais elles restent encore relativement peu jouées. Avec Four Piano Sonatas, le pianiste Matthieu Idmtal montre combien cette musique sonne toujours intemporelle, chaleureuse et émouvante.

Ceux qui connaissent le nom Matthieu Idmtal s'attendent plutôt à Chopin, Schumann ou Scriabin qu'à Haydn. Le pianiste belge s'est jusqu'à présent surtout distingué comme interprète du répertoire (post-)romantique. Que voilà qu'il sort justement un album entièrement consacré à Haydn, c'est donc une surprise – mais une très belle surprise.

Selon le pianiste lui-même, l'enregistrement est né d'une période difficile au cours de laquelle il a trouvé du réconfort auprès de son instrument, et les sonates de Haydn se sont imposées d'elles-mêmes. L'inventivité, la facétie et la chaleur humaine de cette musique l'ont profondément impressionné et l'ont inspiré à enregistrer quatre sonates soigneusement choisies. Comme il le dit lui-même : « En tant que musicien, tu choisis ton répertoire avec soin, mais tout aussi souvent, il semble que ce soit la musique qui te choisisse. »

Cette motivation se fait sentir dans le résultat : il ne s'agit pas d'une exécution sèche et académique de Haydn, mais d'une interprétation pleine de chaleur, d'émerveillement et de joie de jouer.

Quatre visages

Le choix est loin d'être évident. Outre la célèbre sonate virtuose en mi bémol majeur Hob. XVI:49 – issue de la correspondance de Haydn avec Maria Anna von Genzinger, qui s'était plainte à l'époque du croisement des mains difficile dans l'Adagio – et la sonate tardive en do majeur Hob. XVI:50 des années londoniennes, Idmtal a également choisi deux œuvres moins souvent jouées : la sonate en la majeur précoce Hob. XVI:12, proche de Scarlatti, et la sonate en si mineur Hob. XVI:32, l'une des rares sonates mineures de l'œuvre de Haydn. Cette répartition entre les œuvres précoces et tardives, majeures et mineures, est précisément ce qui rend l'album intéressant : elle montre combien le langage de Haydn est en réalité varié : de la charme candide à une tension quasi beethovienne. Idmtal ne joue pas Haydn comme un préambule à Mozart, mais comme un compositeur ayant sa propre logique fantasque et très personnelle.

Dans la sonate en la majeur, l'Andante d'ouverture sonne lyrique, légèrement mélancolique et chantant. Le menuet est apporté avec réserve et de manière ludique, tandis que le Trio se distingue par un sens raffiné de la nuance et du détail. La finale, enfin, s'écoule sans effort, de caractère ludique mais avec une nuance claire et réfléchie qui donne de la force à chaque phrase.

Dans la sonate en mi bémol majeur, Idmtal sait maintenir un bel équilibre entre les passages virtuoses et l'Adagio cantabile célèbre et sensible. Cela peut sembler cliché, mais il donne vraiment de l'espace de respiration à ce mouvement : il ralentit, prend un moment comme s'il réfléchissait à une question avant d'y répondre, ce qui permet au caractère chantant de briller vraiment – précisément la combinaison que Haydn lui-même a conseillé à Genzinger de cultiver à l'époque. Idmtal laisse également résonner de manière poignante la mélancolie qui s'y cache ; vers la fin, il accélère, ce qui approfondit cette atmosphère nostalgique et touch profondément l'auditeur.

À cela s'oppose l'Allegro d'ouverture, qui est amené avec amour et profondeur et qui se construit régulièrement. Les accélérations et ralentissements bien calculés, alternant avec des ralentissements et des pauses claires, donnent à la musique le temps de parler – quelque chose qui est d'ailleurs remarquable sur tout l'album. Après le mouvement lent, Haydn, plus que quiconque, sait transformer la mélancolie en joie de vivre, avec un menuet espiègle dans lequel Idmtal trouve à nouveau exactement le bon ton.

La sonate en si mineur sombre et imprévisible constitue le point culminant émotionnel de l'album et offre un contrepoids idéal après les deux sonates précédentes. Idmtal contraste vivement les passages inquiets de l'Allegro moderato avec ce qui semble à première vue être des moments d'une grande intimité dans le Menuet suivant, apparemment apaisant. Mais ne vous laissez pas tromper : une tension souterraine reste présente ici aussi, qu'Idmtal laisse progressivement monter en intensité, ce qui évoque Beethoven. Il poursuit cette ligne jusqu'à la finale, qui – délibérée, mais non moins pénétrante – sonne menaçante et se conclut chez lui par un accord final étonnamment puissant et tumultueux.

Dans la dernière sonate en do majeur Hob. XVI:50, c'est surtout l'humour de Haydn qui brille : l'ouverture quelque peu hésitante, les indications de pédale singulières dans le développement, et une conclusion exubérante et colorée sont présentées par Idmtal avec un plaisir audible – et une souplesse technique. Cette sonate fait en sorte que vous ne restiez pas dans l'ambiance mineure après la sonate précédente, mais que vous écoutiez la fin de ce disque avec un sourire aux lèvres.

La première partie regorge d'humour, que Idmtal a clairement compris : jamais surexagéré, mais appliqué avec une main légère, avec beaucoup de sens du timing. La deuxième partie, un Adagio particulièrement intime, est dotée d'une douce lueur et est apportée avec beaucoup d'amour et un toucher subtil. La troisième et dernière partie sonne ludique et légère, avec à nouveau de petits ralentissements qui donnent au tout juste ce petit supplément – joliment dosé, jusqu'à la dernière note.

Baume pour l'âme

L'enregistrement, réalisé au Westvest90 Studio à Schiedam – connu pour son acoustique exceptionnelle et son son chaleureux et naturel – apporte à la vie à la fois l'intimité et l'énergie théâtrale de la musique de Haydn, de manière convaincante, avec suffisamment d'espace pour les nuances dynamiques que ces sonates demandent. Le livret d'accompagnement, avec un commentaire détaillé d'Idmtal lui-même, se lit facilement et offre un bel aperçu de la raison pour laquelle précisément ces quatre sonates ont trouvé leur place sur ce cd. Ses interprétations poétiques montrent à quel point cette musique sonne encore d'actualité, et soulignent l'humanité intemporelle qui rend Haydn si particulier. Le pianiste résume lui-même son ambition avec cet album de manière frappante : « Mon souhait pour cet album est simple : qu'il offre à l'auditeur ce qu'il m'a offert, un baume pour l'âme, un antidote à la mélancolie. Peu de compositeurs savent réunir autant de chaleur, d'humour et de noblesse que Haydn. »

Cette ambition est largement réalisée. Ceci est un album Haydn judicieusement programmé d'un pianiste avec lequel on ne le relierait pas immédiatement, et c'est ce qui rend le résultat d'autant plus convaincant. Idmtal prouve que les sonates de Haydn n'ont guère à envier à celles de Mozart ou Beethoven en ce qui concerne l'originalité et la profondeur émotionnelle, et fournit immédiatement un bel plaidoyer pour cela : cette musique mérite une place plus solide sur la scène de concert. Celui qui range encore Haydn comme poli et prévisible se verra présenter le contraire avec cet enregistrement.

Une petite perle à chérir, pour les amateurs de Haydn, de sonates pour piano classique en général, et de pianistes qui osent regarder au-delà du répertoire évident.

CD chroniqué

Joseph Haydn: Four Piano Sonatas

Matthieu Idmtal

Label
Challenge Classics · CC720079
Date de sortie
28 août 2026
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Fiche complète →
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