Le Concours Reine Élisabeth, 88 ans d'une success story, une changement de nom symbolique sans oublier. Pas deux sans trois. La troisième success story était le concert de gala au BOZAR avec lequel la Chapelle Musicale Royale des Guides sous la direction de Yves Segers célébrait traditionnellement la fête nationale du roi, en compagnie du pianiste Valère Burnon, Troisième Prix au récent Concours Reine Élisabeth.
Pas de Rach 3 ou de Tchaïkovski 1 ! Mais le Concerto pour piano de Maurice Ravel, qui aurait eu 150 ans cette année. Une bonne raison de donner un parfum français à tout le concert. La présentatrice Klara Katelijne Boon a donné le ton dans sa robe rouge éclatant avec «truc et plumes» assortis. Le programme était d'ailleurs un palmarès de l'Impressionnisme français, dont Ravel était le point central. Il menait de Chabrier, idole et maître spirituel de Ravel, via Fauré, professeur et guide de Ravel, vers la vedette de la soirée et l'une des sources d'inspiration de la longue histoire de la Chapelle des Guides, Maurice Ravel.
« Esprit français »
Chabrier n'était pas seulement captivé par Ravel, Wagner et Adolphe Sax l'enthousiasmaient aussi. Et l'Ouverture de l'opéra « Gwendoline » créé à De Munt en était une preuve convaincante. Rien de mieux que la palette de couleurs de la Chapelle des Guides pour exprimer avec une expression épique et une intensité lyrique l'amour héroïque mais tragique d'un roi danois pour la princesse saxonne Gwendoline. La Sicilienne élégante, que Fauré écrivit à la demande de son professeur Camille Saint-Saëns, menait à la « pièce de résistance », le Concerto pour piano en sol de Ravel.
Ravel avait d'abord l'intention d'appeler cette œuvre scintillante « Divertissement ». Et cette vision s'approchait le plus de l'interprétation que Valère Burnon en donna. Pas de jeu de force, pas de percussions pour le piano. La passion innée de Burnon pour la musique, sa quête constante de lyrisme et d'expression, son profond lien avec le violon et avec le genre de la musique de chambre firent du début Allegramente un prélude virtuose et en même temps poétique vers la partie centrale sublime et vers un Presto final diabolique. Glissandi, trilles, contretemps, coups répétés, effets jazzy, c'était tout là. Mais aussi de délicieux legato, des contrastes marquants et cet indéfinissable « esprit français ».
Valère Burnon est un lauréat digne du Concours. Cela s'annonçait depuis longtemps. Car quand à huit ans il vit Anna Vinnitskaja remporter le premier prix, il le savait : « Un jour je participerai au Concours Reine Élisabeth ». Dix-huit ans, cinq Conservatoires (Huy, Ciney, Liège, Cologne, Imola), trois ans comme artiste en résidence à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth à Waterloo, de nombreuses classes de maître, une foule de concerts, deux CD avec une forte teinte française, un travail acharné, une demi-finale avec Mozart KV 271 et Prokofiev Sonate 7 et une finale avec Rachmaninov 3 plus tard, c'était fait : « Troisième Prix, Prix comte de Launoit, Prix du Public RTBF et VRT, Valère Burnon ». Hasard Troisième, tout comme son mentor Jean-Claude Vanden Eynden en 1964. Hasard aussi : comme pour boucler la boucle, Anna Vinnitskaja était dans le jury !
Porte-bonheur
Son premier succès international au concours à Épinal 2019 reste aussi toujours présent pour Valère. « J'ai toujours eu tendance à être un peu oublieux et quand j'ai préparé la première ronde, j'ai réalisé que j'avais laissé mes chaussures en Belgique. Il ne me restait rien d'autre que de me produire en baskets noires et d'acheter de nouvelles chaussures le lendemain. Et elles m'ont porté chance car j'ai remporté le premier prix ! Et lors du gala avec les membres du jury après la cérémonie de remise des prix, certains ont avoué que mes baskets n'étaient pas passées inaperçues... Maintenant une organisation efficace m'aide, tout noter et une très bonne mémoire quand il s'agit de musique. »
De la musique de ballet « Daphnis et Chloé » commandée par Diaghilev, Ravel fit « deux suites orchestrales pour grand orchestre symphonique avec section de bois triplée, section de cuivres quadruplée, grande section de percussion et un chœur sans paroles ». Cette succession de danses d'une finesse rythmique, alternée avec des intermezzi poétiques, plut à Arthur Prevost qui dirigea de 1918 à 1945 l'orchestre d'harmonie d'élite. Dans son arrangement, il y a place pour de délicieux crescendi et decrescendi, un long solo de flûte subtil et des motifs ludiques qui sont lancés comme des balles. Dès 1932, Prevost dirigeait « Daphnis et Chloé » lors d'un « Festival Ravel » à Bruxelles et Ravel lui-même son Concerto pour piano, avec Marguerite Long comme soliste.
Pont entre deux mondes
Encore Paris, encore Ravel mais perçu par George Gershwin. Celui-ci rencontra Ravel lors de son premier voyage à Paris en 1928 et décrivit ses impressions avec une abondance de « couleur locale » et d'effets écrits sur mesure pour la Chapelle des Guides. La remise de deux chèques pour les Œuvres sociales soutenues par la Défense et les marches traditionnelles ont clôturé la soirée de manière festive.




