Après que le Koor van de Vlaamse Opera ait donné un aperçu de ses capacités dans le hall de la Koningin Elisabethzaal et présenté la saison à venir, le public nombreux s'est dirigé vers la salle de concert pour la clôture des Portes Ouvertes. L'Antwerp Symphony Orchestra (ASO) avait concocté pour l'occasion un programme dans lequel George Gershwin (1898-1937), Toots Thielemans (1922-2016), Samuel Coleridge-Taylor (1875-1912) et Abdullah Ibrahim (1934-2026) se succédaient. Un programme présentant d'assez bons contrastes, mais avec la couleur et le rythme comme éléments de liaison.
Pour moi, le chef d'orchestre Wilson Ng était aussi une raison importante d'assister à ce concert. Pendant la période de confinement, je l'ai connu par quelques enregistrements. Ce qui m'a frappé à l'époque, c'était la manière dont il se rapporte à la musique en tant que chef. Il y a peu de distance entre lui et ce qui se trouve sur le pupitre : tout son corps semble être impliqué dans la musique. Ce soir, je l'ai vu pour la première fois travailler en direct et cette impression n'a fait que s'intensifier.
Ses gestes sont précis, mais en même temps remarquablement vivants. Ng réagit constamment à ce qui se passe dans l'orchestre tout en regardant vers l'avant ce qui doit venir. Un mouvement peut être une invitation, une phrase une réponse. Il ne dirige pas à distance, mais semble constamment faire partie de la musique elle-même. C'est justement cette interaction qui rendait intéressant de ne pas seulement regarder l'orchestre, mais aussi le chef.
Clara De Decker a assuré le lien entre les différentes parties du programme avec quelques anecdotes agréables. Ses interventions ont maintenu l'atmosphère décontractée et ont donné au public chaque fois un petit aperçu de la musique qui suivait.
Girl Crazy de Gershwin a formé le prélude idéal. La musique a immédiatement créé une atmosphère légère et énergique et a offert à l'orchestre de nombreuses occasions de se mouvoir dans différents styles et ambiances. L'alternance entre la souplesse rythmique, les moments lyriques et les couleurs orchestrales prononcées a bien fait valoir ses droits. L'ASO a joué avec beaucoup d'agilité et surtout avec un grand sens du timing.
Après Gershwin a suivi l'hommage à Toots Thielemans, avec Bluesette et Midnight Cowboy. Steven De bruyn a eu tout l'espace nécessaire pour montrer les innombrables possibilités de l'harmonica. Son instrument sonnait tantôt clair et transparent, tantôt plus chaud et plus voilé. C'était surtout la variété des timbres qui impressionnait.
Placer une harmonica dans une formation symphonique n'est d'ailleurs pas une évidence. L'instrument a une présence physique très différente d'un groupe d'orchestre et peut facilement être éclipsé par l'ensemble plus important. Ce n'est pas arrivé ici. Ng a préservé suffisamment d'espace autour de De bruyn, tandis que son son est devenu une partie à part entière de l'orchestre. De bruyn a surtout fait son propre truc. Thielemans est resté bien sûr la source d'inspiration, mais il n'y a pas eu de tentative de reconstruire son style. Bluesette et Midnight Cowboy ont tous deux reçu une touche personnelle et ont ainsi dépassé un simple hommage nostalgique.
La Ballade in A de Coleridge-Taylor a été une véritable découverte pour moi. Je n'avais jamais entendu une œuvre de ce compositeur en direct et j'étais donc ravi de pouvoir enfin le découvrir dans la salle de concert. Le choix s'est avéré d'ailleurs particulièrement bien s'inscrire dans ce programme. Alors que Gershwin part fortement du rythme et de l'effet sonore direct, Coleridge-Taylor demande plus d'attention au développement du matériau musical et aux rapports entre les différentes sections de l'orchestre.
L'ASO a montré ici un autre aspect de lui-même. La Ballade est clairement construite et offre de nombreuses possibilités de couleur orchestrale, sans que cette couleur ne supplante le cours musical. Les musiciens ont traité cela avec soin et Ng a maintenu l'ensemble en bonne circulation. Pour moi, c'était une découverte agréable, aussi bien de l'œuvre que de la manière dont l'orchestre l'abordait.
Ensuite, le silence s'installa.
La salle s'est assombrie et Steven De bruyn a présenté en solo sa propre interprétation de De lichtjes van de Schelde. Avec une mélodie si fortement associée à Anvers, une interprétation reconnaissable et nostalgique s'impose. De bruyn a heureusement choisi une approche différente. Il n'a pas traité le matériau familier comme une donnée acquise, mais l'a presque décomposé pour le reconstruire ensuite. De ce fait, la mélodie sonnait à la fois familière et étrange et on l'écoutait à nouveau.
C'était aussi le seul moment de la soirée où l'orchestre était complètement silencieux. Après la richesse des pièces précédentes, ce retour à un seul instrument agissait comme une pause naturelle pour respirer.
Après ce passage intime, African Marketplace a suivi avec une transition nette vers un monde musical tout à fait différent. La musique d'Abdullah Ibrahim m'était jusqu'à ce soir inconnue, mais m'a immédiatement séduit. Les percussionnistes ont surtout impressionné par leur précision rythmique et leur musicalité contagieuse. Il était difficile de ne pas se laisser entraîner. Les nombreux motifs rythmiques ne sont nulle part devenus une masse confuse, mais sont restés clairement distincts les uns des autres. Ici aussi, Ng a donné suffisamment d'espace aux différents groupes et a maintenu la multiplicité des rythmes ensemble.
Avec An American in Paris de Gershwin, s'en est suivi une conclusion logique. La partition rassemble à nouveau une richesse énorme de couleurs orchestrales, allant de passages raffinés aux moments où l'ensemble complet peut montrer sa force. L'orchestre a manifestement participé avec plaisir à ces changements d'ambiance successifs.
Ce plaisir était d'ailleurs palpable toute la soirée, mais s'est peut-être montré le plus visible ici. Plusieurs musiciens ont joué avec le sourire aux lèvres et l'interaction avec Ng semblait particulièrement naturelle. Le chef n'avait pas besoin de tenir l'orchestre constamment en ordre ; il donnait une direction, de l'espace et des impulsions, auxquelles les musiciens réagissaient.
L'acoustique de la Elisabethzaal s'avérait également excellemment calculée pour un tel programme. Même lorsque l'orchestre complet jouait avec une force dynamique considérable, le son restait clair et transparent. Notamment la combinaison de différents groupes orchestraux venait de manière claire : même dans les passages les plus exubérants, il restait de l'espace entre les voix individuelles.
En bis, s'en est suivi une touche de Bernstein, après quoi le public s'est déchaîné.
Ce qui rendait surtout cette conclusion d'Open Huizen particulièrement forte, c'était la diversité. Gershwin, Thielemans, Coleridge-Taylor et Ibrahim ont chacun eu leur propre place et n'ont pas été artificiellement réunis en un tout. C'est précisément les différences qui fonctionnaient : tantôt le rythme était central, tantôt la couleur orchestrale ou l'intimité d'un seul instrument. Wilson Ng se mouvait sans effort entre ces différents mondes. Il a donné à Gershwin la fluidité nécessaire, a laissé à Coleridge-Taylor de l'espace pour son développement orchestral, s'est assuré que l'harmonica de De bruyn pouvait respirer au sein de l'ensemble plus large et a maintenu claire la rythmique complexe d'Ibrahim.
Avec une telle soirée, Anvers ne pouvait souhaiter un meilleur début de la nouvelle saison de concerts…
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https://www.antwerpsymphonyorchestra.be/nl/programma/open-huizen-afsluitconcert-ode-aan-toots-sywc