Le Festival van Vlaanderen Brussel a célébré cette semaine son cinquantième anniversaire. Cette étape a été appropriée marquée au Parc du Cinquantenaire, où un concert informel d'anniversaire a eu lieu dans Autoworld. Ce fut une fête en grande pompe… et aussi avec kora, ngoni et balafon.
Steve Reich et Terry Riley ont tous deux été revisités. Du Music for Pieces of Wood de Reich, le collectif S t a r g a z e a créé Bruise Blood. Dans cet arrangement, on s'éloigne de l'instrumentation d'origine pour cinq claves. Un ensemble varié comprenant notamment deux batteurs, flûte traversière et cordes remplace les dix bâtons. Ce qui lie l'original et l'arrangement, ce sont les motifs rythmiques de l'œuvre originale de Reich. Un magnifique hommage à un chef-d'œuvre minimaliste suit. Les rythmes qui dans l'original sont renforcés par l'instrumentation sont maintenant transmis entre les différents instruments. Cela roule à travers les différents timbres et prend chez chaque instrument une identité différente.
En raison de l'instrumentation élargie, l'œuvre est bruyante et criarde, contrairement à l'original sobre. Je m'en suis déjà laissé dire que j'aimais plutôt le son du bois. Pourtant, je trouve que Bruise blood, dans son expressivité, rend hommage à toute l'œuvre de Reich. L'homme a aussi fait ses preuves avec des œuvres comme Come out et It's gonna rain avec du bruit et du fracas. De plus, les musiciens de pop dans l'ensemble font en sorte que les frontières entre la musique classique, le rock et l'électronique s'ouvrent, tout comme les minimalistes ont voulu le faire il y a un demi-siècle. Une œuvre comme Bruise Blood ne serait même pas déplacée au AB ou au Botanique. Mais précisément parce que tu la programmes au Klarafestival, je trouve l'hommage à l'œuvre de Reich d'autant plus puissant.
Avant la pause, une œuvre supplémentaire a été jouée. Composée pour l'ensemble par un élève d'un élève de Reich. Cependant, peu de choses de la touche du maître du maître ont subsisté. L'œuvre manquait surtout de l'énergie qui rend la musique minimaliste si captivante à écouter, et n'était pas un brouillage de genres, mais juste une pop symphonique trop plate.
Une pause remarquablement longue, rendue nécessaire par le changement de plateau très important, a permis aux visiteurs de se promener un peu dans le cadre unique. Le musée Autoworld, avec sa glorification du mécanique et de la rapidité, était un lieu excellent pour le concert minimaliste. Le bar installé au milieu du musée a cependant mis les visiteurs dans une ambiance festive. C'était après tout un concert lounge informel.
Les cocktails remplis ? Le changement de plateau terminé ? C'était le moment d'In C Mali. Ici aussi, les arrangeurs sont partis des modules originaux de In C de Terry Riley. L'ensemble place l'œuvre dans une culture musicale (ouest-)africaine qui regorge d'improvisation. Tout comme dans Bruise blood, l'original est traité avec respect ici aussi. Dans l'œuvre de Riley, en tant qu'interprète, tu as déjà le choix de décider combien de fois tu répètes ton module. En improvisant aux côtés des répétitions, tu ne fais que repousser cette liberté un peu plus loin. Encore une fois, les frontières musicales s'estompent : est-ce de la musique classique, de la musique du monde ou du pop ? Cela n'a pas été facile pour celui qui aime les catégories.
Le choc des cultures était particulièrement intéressant, mais malheureusement ne captivait pas tout au long de la pièce. Certaines parties improvisées étaient particulièrement retenues, brisant ainsi l'œuvre naturellement énergique. Pour un moment, ce n'est pas un problème, mais par moments, l'œuvre s'arrêtait presque complètement, et vous perdiez alors précisément l'élan continu d'In C. Heureusement, le fil a été repris rapidement et nous avons eu une finale incroyablement explosive, où même plusieurs jambes se sont mises à danser. Est-ce que ce concert d'anniversaire conviendraitpour un autre festival ? Probablement pas. Mais le Klarafestival a déjà un certain caractère depuis 50 ans, et à mon avis, il peut certainement y en avoir cinquante de plus.
- QUI : Africa Express, s t a r g a z e ft. Ryan Olson et Channy Leaneagh, André de Ridder
- QUOI : In C Mali - Klarafestival '18
- OÙ : Autoworld, Jubelpark – Brussel
- QUAND : Jeudi 29 Mars 2018
- PHOTO : © Klarafestival