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Critiques

Opera Ballet Vlaanderen BOY

V
· 5 min de lecture
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Opera Ballet Vlaanderen BOY

Jan Vandenhouwe, le directeur artistique d'Opera Ballet Vlaanderen ne travaille pas uniquement autour de l'opéra et du ballet/danse, mais a également introduit « VONK », une plateforme polyphonique pour l'expérimentation artistique autour de l'éducation artistique et l'inclusivité, désormais le troisième pilier de l'opéra. Cela englobe tout ce qu'Opera Ballet Vlaanderen crée autour de l'éducation, l'innovation et le soutien des talents. Il souhaite mieux intégrer ces trois piliers afin de faire de ces trois groupes un ensemble cohérent. Une organisation hybride qui exprime beaucoup d'interdisciplinarité et attire un public nouveau et plus large. Dans la salle, un public majoritairement jeune. Mission en partie réussie.

BOY : première production VONK

[caption id="attachment_23614" align="alignright" width="264"] © Leontien Allemeersch[/caption]

La dramaturge Kyoko Scholiers s'est plongée pendant des mois dans le monde de la protection de l'enfance. Elle a interrogé des juges des enfants, des consultants, des familles d'accueil, des psychiatres pour enfants, des éducateurs, des adultes qui regardent en arrière sur leur parcours d'aide, des enfants qui restent dans un établissement et leurs parents. L'histoire de BOY est fictive mais elle est basée sur leurs contributions, les situations déchirantes de notre société. Des enfants dans les décombres de la vie, un champ de bataille émotionnel. L'histoire d'une classe sociale qui lutte. L'incapacité à élever un enfant : un ventre plein, des vêtements propres, mais surtout lui offrir un nid sûr et chaleureux. BOY montre tout sauf un monde idyllique et expose une confrontation avec le dysfonctionnement et la malchance. Les blessures de la mère et de l'enfant sont mises en lumière. C'est aussi un appel à la responsabilité les uns envers les autres.

Mise en scène

L'image scénique est chaotique : des pierres, des meubles sont éparpillés pêle-mêle sur la scène. Plus tard dans la représentation, on vous offre le lien, c'est les décombres qui restent du logement après que le père ait mis le feu à la maison. Cela symbolise aussi l'échec de la politique jeunesse et la jeunesse détruite de BOY. Les acteurs doivent constamment construire eux-mêmes leur décor : tirer des chaises ou des fauteuils avec beaucoup de brouhaha d'on ne sait où et les redresser, soutenir une table branlante avec trois pieds et demi avec quelques pierres pour qu'elle soit fonctionnelle, retourner un lit, etc. Ces actions brisent le rythme et le flow. La représentation est construite de manière cinématographique avec des retours en arrière et aussi des avances rapides. Cependant, on bascule un peu trop souvent et les acteurs changent aussi constamment de personnage (seule la mère et le garçon restent dans leur rôle) ce qui rend l'ensemble un peu confus. Du fait de la construction en retours en arrière, l'arc dramatique est constamment interrompu. L'ensemble est enveloppé d'un éclairage diffus. Tout paraît gris. Dans la composante visuelle du décor, la misère est un peu trop épaisse.

Musique et jeu

[caption id="attachment_23613" align="alignright" width="331"] © Leontien Allemeersch[/caption]

Le chœur d'enfants de l'opéra, vêtu de vestes et de pantalons gris pâle, est placé d'un côté de la scène, l'ensemble HERMESensemble de l'autre côté. Le compositeur Joris Blanckaert a su très bien sonoriser l'atmosphère dans son œuvre. La musique sonne ténue et en sourdine, tout comme le chant du chœur. Tant l'instrument que la voix sonnorisent le monde intérieur étouffant, les pensées qui tournent du petit garçon. Dans la combinaison des deux formes narratives (musique et texte), l'accent est davantage mis sur les points sensibles. Elles soutiennent la représentation. La discipline, le chant subtil et la vigilance du chœur méritent tous les éloges.

L'intrigue

La mère toxicomane, incarnée par Laurence Roothooft, semble crédible. Elle a grandi dans une famille troublée et souhaite être une bonne mère, mais les traumatismes subis pendant son enfance la maintiennent dans un cercle vicieux. Son mariage est désastreux. Elle est battue par son mari. Boy—incarné avec grâce et sagesse par le petit Victor Saveniers, attachant—alerte les services d'aide. Le père disparaît. Les services de la jeunesse interviennent et placent Boy. Il se retrouve dans un monde fragmenté. Le premier arrêt est une maison d'accueil. Chez ses parents d'accueil, il adopte un comportement destructeur. Le psychiatre parle d'une perturbation de l'attachement. Lorsque sa mère est hospitalisée en psychiatrie et reste apathique dans son fauteuil, Boy lui donne des baisers et brosse tendrement ses cheveux. Leur intimité est brutalement perturbée par l'infirmière psychiatrique. Il doit garder une distance d'un mètre cinquante. En partant, il lui donne malgré tout un baiser sur le front. La mère s'était montrée forte tout du long mais sombre ensuite dans une psychose. C'était un exemple impressionnant de talent de comédienne. Sofie Decleir incarne le rôle de consultante en jeunesse qui soulève les lacunes de la protection de l'enfance : le manque de personnel, la bonne volonté de ceux qui travaillent, les heures supplémentaires qu'ils font, le grave manque d'argent et ensuite ils doivent eux-mêmes transporter les enfants dans leur voiture qui les souillent complètement. Par ci par là, de l'humour noir est injecté avec une citation forte. L'ensemble prend une légère touche lorsqu'elle s'entretient avec le juge des enfants et qu'ils discutent de choses banales, quotidiennes. Les parents d'accueil, Joris Van den Brande et Tiny Bertels, donnent au garçon l'amour qu'ils peuvent mais sont impuissants quand sa mère fait défaut à un rendez-vous, quand Boy ne vient pas se faire chercher ou quand elle ne veut pas répondre au téléphone. La déception de Boy est poignante. Son silence en dit plus que cent volumes ! Greg Timmermans joue l'ami robuste de Boy.

Ce premier produit de VONK a tenu le public en haleine pendant deux heures entières, mais ne saisit pas à la gorge par sa fragmentation. Le sujet devrait faire mal et être abrasif. La représentation touche superficiellement, à fleur de peau. Le public a cependant récompensé le jeune talent par une ovation enthousiaste.


  • OÙ & QUAND : Opera Ballet Vlaanderen Antwerpen, vendredi 10 septembre – 20.00h
  • SCÉNARIO / RÉGIE : Kyoko Scholiers
  • MUSIQUE : Joris Blanckaert
  • EXÉCUTANTS : HERMESensemble (Distribution : Stijn Saveniers, violoncelle et direction musicale ; Karin de Fleyt, flûte ; Peter Mercks, clarinette basse et Gaetan La Mela percussion), Chœur Vlaamse Opera sous la direction de Hendrik Derolez
  • ACTEURS : Victor Saveniers, Sofie Decleir, Greg Timmermans, Tiny Bertels, Joris Van den Brande, Laurence Roothooft, Amelie et Isabella Van olmen
plus d'informations sur les futures productions : cliquez ici
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