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Flagey célèbre 50 ans d'ECM et le fondateur Manfred Eicher

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· 5 min de lecture
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Flagey célèbre 50 ans d'ECM et le fondateur Manfred Eicher

Un week-end de fête pour un label discographique

En 1969, le contrebassiste de jazz Manfred Eicher rangea son instrument et voulut transférer l'étendue du paysage sonore et la couleur tonale d'un Debussy et d'un Ravel de la musique classique au jazz. Ce fut un succès, avec des musiciens européens et américains, du jazz, de la musique classique et de la musique du monde.

Entre-temps, il a 76 ans et était l'invité célébré de ce prolongé ECM 50 Anniversary weekend à Flagey. Nous avons choisi dans un programme surpeuplé une conférence, un film et un concert.

C'était en voiture en route de Stuttgart à Munich, le siège social d'ECM, que Manfred Eicher entendit la musique d'Arvo Pärt sur une station de radio arménienne. Cette musique quasi irréelle, il voulait absolument l'amener chez ses disques ECM, le label qui signifie « Edition of Contemporary Music ». Le monde sonore de Pärt, découvert par Eicher, s'accordait parfaitement à l'atmosphère contemplative qu'Eicher aimait tant. Depuis, Pärt est devenu un succès, bien que son Spiegel im Spiegel (sorti en 1999 sur ECM) ait dû se contenter de la deuxième place au Top Cent de Klara le week-end dernier. Le « minimaliste sacré » est parfaitement à sa place chez ECM. ECM a marqué un autre énorme succès avec le saxophoniste norvégien Jan Garbarek et l'Hilliard Ensemble. Leur « Officium » avec la musique polyphonique du Cristobal de Morales espagnol du XVIe siècle a conquis le monde et est toujours disponible.

Pourtant, tout a commencé avec un disque de jazz. En novembre 1969, « Free at last » du pianiste américain Mal Waldron a été publié. Découragé par le mépris envers les musiciens noirs dans son propre pays, Waldron s'est retrouvé en Europe et s'est finalement installé à Munich. Son style libre et modal et son jeu de notes « économe » convenaient parfaitement à l'esthétique qu'Eicher poursuivait également. Un style qui devait sonner comme la devise d'ECM : « the most beautiful sound next to silence ». Tout cela et bien d'autres choses encore, le collaborateur de Klara Joris Preckler l'a raconté lors de sa conférence à Studio 3 de Flagey. Il a également présenté de nombreux extraits de sa sélection préférée d'albums ECM. Au fond de la salle, Manfred Eicher écoutait avec intérêt et amusement.

Dans le documentaire « Sounds and Silence: Travels with Manfred Eicher » de 2009, on pouvait rencontrer le producteur toujours attentif. Toujours bienveillant mais extrêmement concentré dans les studios d'enregistrement, rapprochant ses artistes de « son » idiome sonore, et se faisant ainsi lui-même « compositeur ». J'ai autrefois réalisé un reportage pour le TV-Journaal sur les suites de Bach jouées par Pieter Wispelwey au violoncelle baroque. Dans le studio d'enregistrement « Evil Penguin » de Malines, j'ai été vraiment surpris de voir l'importance du rôle de la femme aux commandes de la console de mixage : « Non, Peter, un peu plus lentement s'il te plaît, peux-tu réessayer, oui, c'est mieux... ». Dans le film Sounds and Silence, j'ai vu à nouveau comment un perfectionniste bienveillant gardait sa couleur tonale si reconnaissable. C'était magnifique à voir aussi comment le producteur et surtout l'auditeur Manfred Eicher accompagnait avec Arvo Pärt l'enregistrement de son « Für Lennart. In Memoriam » et comment après, ils ont tous deux exécuté une petite danse de satisfaction.

Cette même attention intense et cette concentration extrême se voyaient lors des enregistrements du joueur de oud Anouar Brahem et de ceux de Dino Saluzzi au bandonéon, avec la violoncelliste Anja Lechner… Une remarque d'Eicher lors d'une répétition dit tout : « ...I want more waves in the movement... ». Il faut plus de « vagues » et en fait il dit : rien ne doit être mesuré, lâche prise, tout est possible. Cependant, c'est très révélateur quand on écoute le catalogue des œuvres d'ECM et qu'on veut comprendre. Plus d'un millier d'enregistrements, chéris dans le son et le silence.

Et puis les Avishai : le trompettiste Avishai Cohen et le pianiste Yonathan Avishai. L'un des nombreux invités chez ECM et Flagey. Ils venaient y présenter une sélection de leur nouvel album chez le label : Playing the Room. Standards et compositions personnelles. Deux hommes de qualité, cette fois en duo. Ici aussi, l'apaisement et la virtuosité. Pour le trompettiste, il s'agit de : « Comment puis-je l'improviser maintenant ? » C'est une citation de lui. Il le fait simplement, parfois en sourdine, parfois non. Et oui, son grand modèle était Miles Davis, mais c'est depuis longtemps devenu Avishai Cohen lui-même. On peut en dire autant du pianiste. Très libre, comme Mal Waldron autrefois chez ECM, mais aussi économe que John Lewis. Avec des petits motifs simples, réagissant au trompettiste ou inversement. Tous deux quadragénaires, Israeli-born et ayant grandi ensemble à Tel Aviv, mais Cohen maintenant à New York et Avishai vers la France. Un concert plein de raffinement et de dévouement avec des morceaux remplis d'harmonies originales et délicates. Absolument ECM et absolument Flagey pour organiser une fête d'anniversaire de cette sorte.


  • QUOI : ECM 50 Anniversary Weekend
  • QUI : Conférence 50 ans d'ECM par Joris Preckler
  • FILM : Sounds and Silence. Travels with Manfred Eicher, de Peter Guyer et Norbert Wiener, 2009
  • CONCERT : Avishai Cohen, trompette et Yonathan Avishai, piano.
  • : Flagey, Studio 1, 3 et 5.
  • QUAND : 23 novembre 2019
  • PHOTOS : © Olivier Lestoquoit
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