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Benjamin Britten - Concerto pour violon et œuvres de chambre

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· 6 min de lecture
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Benjamin Britten - Concerto pour violon et œuvres de chambre
© Harmonia Mundi HMM 902668

Britten: Vioolconcert op. 15 - Reveille (pour violon et piano) - Suite op. 6 (pour violon et piano) - Two Pieces (pour violon, alto et piano)

Isabelle Faust (violon), Boris Faust (alto), Alexander Melnikov (piano), Symphonieorchester des Bayerischen Runfunks o.l.v. Jakob Hrůša
Harmonia Mundi HMM 902668 • 64' •
Enregistrement live : 28-29 octobre 2021, Isarphilharmonie, München (Vioolconcert)
Enregistrement studio : août 2022, Teldex Studio, Berlin


Le fait que, en plus du Vioolconcert (désormais de plus en plus souvent joué et enregistré), sa musique de chambre soit aussi au programme de cet album peut certainement être qualifié de rafraîchissant. Il y a même un « enregistrement en première mondiale » à signaler des Two Pieces pour violon, alto et piano. Les deux autres œuvres – le Reveille, une « concert study for violin with piano accompaniment » – et la Suite pour violon et piano op. 6 constituent également un choix de programmation judicieux. La Suite est même directement liée à la genèse du Vioolconcert, car Britten avait exécuté en 1936 à Barcelone lors du festival musical qui s'y tenait dans le cadre de l'ISCM (International Society for Contemporary Music) avec le violoniste catalan Antonio Brosa (1894-1979) la Suite op. 6 qui lui était dédiée, afin de consulter ultérieurement Brosa sur les problèmes de technique de jeu qu'il avait rencontrés en travaillant sur son Vioolconcert. Britten a d'ailleurs supprimé par la suite la plupart des suggestions apportées par Brosa.

Britten avait auparavant été mis sur la piste de Brosa par son professeur Frank Bridge, ce qui devait déboucher sur une amitié chaleureuse. Le violoniste s'était établi à Londres en 1914 et y avait fait ses débuts en 1919 en tant que soliste âgé de 25 ans, après quoi il devait inaugurer maints nouveaux concertos. Grâce à son jeu universellement admiré et à sa connaissance du métier, plusieurs compositeurs faisaient appel à ses conseils, comme à l'été 1938 William Walton, qui travaillait alors sur son Vioolconcert pour Jascha Heifetz.

C'est aussi Brosa qui, avec son Vesuvius Stradivarius datant de 1727, inaugura le Vioolconcert de Britten à Carnegie Hall à New York, le 28 mars 1940, avec le New York Philharmonic dirigé par John Barbirolli. C'est cette exécution qui plaça définitivement Brosa sur la scène internationale en tant que violoniste.

Le Vioolconcert date d'un jeune Britten : il n'avait que 25 ans quand il a commencé à le composer, mais c'était une phase importante de sa vie, car il abandonnait l'Angleterre pour les États-Unis, où il devait rester deux ans avant de retourner dans son pays natal. En juin 1939, il était cependant encore au Canada, à Saint-Jovite, au nord de Montréal, où il termina l'esquisse de son Vioolconcert. En septembre, lors d'un séjour chez des amis à Long Island près de New York, l'orchestration fut achevée, le même mois où la Pologne fut envahie et où la Seconde Guerre mondiale devint une réalité.

Bien que la musique de Britten dans les années trente ait souvent porté un cachet parodique sur le plan stylistique, ce n'est pas le cas du Vioolconcert. Le compositeur américain Elliott Carter, qui assista à la première à New York, se souvenait que la pièce avait une « dimension autobiographique prononcée ». C'est comme si Britten y avait voulu transposer l'agitation politique largement partagée et la menace qui en émanait en un « serious instrumental drama », bien qu'en termes abstraits et allégoriques. Mais qui s'est développée de manière fortement dramatique, comme dans la Sinfonia da Requiem (1940), également construite en trois parties.

Du point de vue autobiographique, il y a cependant un développement important à enregistrer : celui de sa relation avec le ténor britannique Peter Pears, qui avait considérablement gagné en intimité à cette époque, mais était aussi devenue plus publique, ajoutée à son engagement fortement pacifiste et à une Europe en guerre (l'Amérique ne devait s'engager dans le combat qu'après l'attaque japonaise sur Pearl Harbour en décembre 1941). Et puis il y avait la Guerre civile espagnole (1936-1939) qui avait fait tant de victimes et avait aussi directement touché son ami Brosa en tant que Catalan. S'il y a un lien direct entre cette Guerre civile et le Vioolconcert assez introverti de Britten, c'est bien dans cette passacaille phénoménale qui caractérise la dernière partie. Mais peut-être aussi – bien que brièvement – dans la partie d'ouverture, où le rythme de marche, indiqué par de doux coups de timbales et auquel répond un coup de cymbale, est selon Brosa (et il pouvait le savoir mieux qu'quiconque en tant qu'Espagnol) une devise d'origine espagnole. Le Scherzo positionné au centre est en revanche loin d'être introverti : le Vivace est au contraire dominé par un discours presque violent, sauvage et terrifiant, tel que Britten l'a exploré dans plusieurs autres œuvres, notamment dans la Ballad of Heroes datant de la même année, 1939 (le Scherzo y s'intitule « Dance of Death »).

Le court Reveille fut également dédié par Britten à Brosa, comme l'indique l'inscription du manuscrit. Le Catalan en fit la première exécution, le 12 avril 1937 au Wigmore Hall de Londres, avec le pianiste Franz Reizenstein. Il respire le style typique de Britten, des « puns, puzzles and games », une gai plaisanterie musicale contagieuse. L'indication de tempo pourrait faire froncer les sourcils : « Andante - rubato e pigro ». « Pigro » signifie en effet « paresseux », « lent », une allusion à Brosa qui, contrairement à Britten, n'aimait pas se lever tôt le matin et au travail. Le léger tic-tac mécanique de l'horloge dans la partie de piano se mêle de manière extrêmement suggestive à la mélodie de violon qui se « réveille » lentement, après quoi un jeu d'échange rhapsodique se déploie d'abord graduellement et aboutit à une finale virtuose.

Dans les Deux pièces pour violon, alto et piano datant de décembre 1929, composées peu après le seizième anniversaire de Britten, foisonnent les innovations harmoniques selon la recette du XXe siècle, à l'époque où Britten était fortement influencé par son professeur Frank Bridge. Il est possible qu'il ait également découvert à cette époque la musique d'Aleksandr Skrjabin (les nombreuses progressions d'accords l'indiquent en tout cas), mais on décèle aussi - outre celles de Bridge - des influences de la Deuxième École de Vienne.

L'Allemande Isabelle Faust est dans ce programme la soliste idéale. Elle allie un ton strictement limpide, frais mais aussi ardent à un tempérament et une virtuosité irrésistible. Cela vaut non seulement pour son interprétation du Concerto pour violon, mais également dans les autres œuvres, il y a une prestation sublime. Des timbres nuancés, des contrastes vifs, alternant des accents marquants et acérés, l'émission du son, la souplesse, une lyrisme chaleureux et d'ailleurs le profil rythmique pointu et tranchant créent ensemble une exécution véritablement idéale qui trouve son pendant merveilleusement affiné dans la partie orchestrale sous la direction tout aussi passionnée de Jakob Hrůša. Grâce aussi à l'excellente prise de son, cela devient une magnifique exécution en direct qui s'grave vraiment dans la mémoire.

Les autres œuvres également sont vraiment impeccables, avec à côté d'Isabelle Faust son frère, l'altiste Boris Faust, et le pianiste avec qui elle collabore depuis des années : Alexander Melnikov. Aucun doute : c'est un album de premier ordre sous tous les aspects et de surcroît pas un appariement pour une fois trop évident.

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Harmonia Mundi HMM 902668
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