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Critiques

Délices de bel canto dans un cadre Renaissance

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· 4 min de lecture
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Délices de bel canto dans un cadre Renaissance
© J.Berger - ORW-Liège

L'Opéra Royal de Wallonie poursuit sa tradition de présenter des opéras belcanto moins connus avec un bijou de Gaetano Donizetti, Lucrezia Borgia.

Donizetti a composé l'opéra alors qu'il avait déjà acquis une certaine célébrité avec des opéras comme Anna Bolena et L'elisir d'amore. Autour du personnage historique de Lucrezia Borgia, une membre de la célèbre famille Borgia et fille du Pape Alexandre VI, de nombreuses légendes et mystères se sont développés au fil de l'histoire. Dans l'opéra de Gaetano Donizetti, elle est surtout présentée comme la duchesse tragique qui tente de sauver son fils illégitime Gennaro. Le drame, basé sur la pièce de Victor Hugo Lucrèce Borgia, a effacé la réputation maléfique de Lucrezia. Elle ne jouit pas tant de la vie de cour exubérante et débridée, mais elle pleure la perte de son fils illégitime. L'opéra se concentre sur le manque qu'elle n'a jamais vraiment surmonté, même pas dans son mariage ultérieur avec Alfonso Orsini. Elle est maintenant duchesse de Ferrare et Orsini la soupçonne d'être l'amante de Gennaro. Quand Gennaro, au premier acte, transforme l'inscription sur le mur du palais Borgia en Orgia, Orsini l'oblige précisément à condamner à mort cet homme. Dans son désarroi, elle lui administre aussi un antidote. Au deuxième acte, elle le rencontre à nouveau lors d'une fête chez la princesse Negroni où du vin empoisonné est servi. Cette fois, elle doit constater avec horreur qu'il ne peut plus être sauvé.

De Madonnes aux Pietà

Le metteur en scène Jean-Louis Grinda trouve un point de départ ingénieux pour la mise en scène de ce drame plein de ruse, de trahison et d'hostilité : la période de la Renaissance dans laquelle l'histoire se déroule et qui est riche de magnifiques peintures de Madonnes avec des putti et des portraits. La scène se compose principalement d'un escalier monumental avec des reproductions de peintures de la Renaissance de chaque côté de la scène, à la manière de Raphaël ou de Giovanni Bellini. L'arrière-plan est au premier acte une évocation de paysage de Venise, ensuite de Ferrare et au dernier acte une salle de fête opulente. Les panneaux latéraux décoratifs changent avec les émotions des personnages. Les portraits sournois, par exemple au premier acte, évoquent la trahison et la menace. La peur et l'anxiété de Lucrezia sont soulignées scéniquement dans les panneaux latéraux par les portraits fragmentés d'une Madone. La fin reçoit une image clairement triste de mère avec la représentation de la pietà en arrière-plan. À chaque fois, Grinda trouve l'expression visuelle appropriée pour souligner avec force les émotions et surtout l'évolution des sentiments de Lucrezia.

Sommet musical

En premier lieu, nous soulignons l'interprétation de Jessica Pratt en tant que Lucrezia. De sa première apparition avec la romanza Com'è bello à l'air final déchirant « Figlio!...Era desso, il figlio mio », Jessica Pratt chante avec une richesse sonore sublime et un legato jamais défaillant. Une voix qu'elle plie sans à-coup vers la nuance exacte de l'émotion, suppliante, assurée, anxieuse. Sans une voix comme celle-ci, cet opéra sombre dans l'obscurité ! Dommage que nous ne puissions pas charger le ténor Dmitry Korchak de superlatifs similaires. Il a un son de ténor laid, parfois aigu. Sa prestation théâtrale a pu en partie sauver l'interprétation, notamment au prologue lors de la confrontation émouvante avec Lucrezia, mais il a fallu attendre le duo final avec elle Tu pur qui, non sei fuggito pour l'apprécier vocalement un tant soit peu. La basse Marko Mimica en tant qu'Alfonso d'Este fait bonne impression avec sa voix de basse chaleureuse et impressionnante. Les autres rôles, notamment Julie Boulianne dans le rôle masculin de Maffio Orsini, sont également certainement à apprécier.

Giampaolo Bisanti tire de l'orchestre la force dramatique intense que cet opéra exige absolument et, associé au rôle de titre féminin, en fait un apogée du genre belcanto. Il tire de manière expressive à la fois la joie des fêtes et les couleurs sombres et menaçantes de la belle orchestration de Donizetti. Les passages de chœur sont aussi de façon impressionnante exécutés.

Une fois de plus, une ovation debout à l'Opéra Royal de Wallonie qui choya les amateurs de belcanto.

Détails

Qui
Jean-Louis Grinda, regie - Giampaolo Bisanti, dirigent - stemmen: Jessica Pratt, Dmitry Korchak, Marko Mimica, Julie Boulianne e.a. - Orkest en koor van de Opéra Royal de Wallonie-Liège
Opéra Royal de Wallonie-Liège, Luik
Vu le
12 avril 2026
Crédit photo
J.Berger - ORW-Liège
Tags Opera
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