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Critiques

Banquet avec crêpes

L
· 5 min de lecture
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Banquet avec crêpes

Ce titre fait-il référence à Macbeth, le fantastique opéra de Giuseppe Verdi basé sur l'histoire de pouvoir glaçante de Shakespeare ? Oui, certes, mais dans une version adaptée pour les jeunes. Une version très réussie, d'ailleurs. Le livret est « extrêmement libre d'après Shakespeare » et la musique « aussi énormément libre d'après Giuseppe Verdi », c'est ce que promet la page de titre du livret du programme. Et c'est tout à fait juste. Très libre, mais sans pour autant trahir et rester reconnaissable. Un tour de force dans une production d'Opera Vlaanderen et Muziektheater Transparant.

Au lever du rideau, deux phares éblouissants brillent depuis la scène d'un noir de jais dans la salle. Monsieur et Madame Macbeth rentrent ivres d'une fête. Dans le bois, ils renversent un enfant qui surgit soudainement. Ils commettent un délit de fuite. Pas un meurtre d'un roi, donc, mais un acte qui provoque tout autant vengeance et châtiment. C'est ce que font les copains du petit garçon renversé. Ils harcèlent la conscience agitée des Macbeth, tout comme les sorcières prophétiques de l'opéra de Verdi. C'est une trouvaille fantastique, et de plus, cela s'inspire de la réalité actuelle : la diffusion du message d'un enfant disparu. L'enfant renversé reçoit dans la représentation une présence quelque peu spectrale qui fait parfois douter s'il est vraiment mort. Cela rend l'ensemble palpitant et offre surtout la possibilité de le faire apparaître comme le fantôme de Banco (de la « vraie » opéra de Verdi) lors du banquet auquel les Macbeth ont invité tous les enfants. Par culpabilité, ils les gâtent avec des crêpes. Mais les enfants ne se laissent pas si facilement démonter... La scène de somnambulisme de Lady Macbeth est grandiose, avec un sympathique « médecin » et à nouveau des allusions ironiques à la « vraie vie ». Finalement, le petit garçon renversé se rétablit à l'hôpital et les Macbeth lui rendent visite pour lui demander et obtenir son pardon. La vengeance et la colère mènent donc finalement à une fin heureuse.

Un ensemble cohérent

Une adaptation d'un livret existant se juge à l'aune des adaptations de texte. Le librettiste Tom Goossens mérite tous les éloges pour cela. Les passages sélectionnés qui réduisent l'opéra à une longueur plus courte et digérable pour les jeunes forment un ensemble cohérent. Dans cette version, Macbeth n'a pas d'ambition pour la couronne royale, mais pour devenir directeur d'école. Son épouse joue dans cette histoire – comme dans l'opéra de Verdi – le rôle d'une instigatrice convaincue qui sombre dans la folie et doit guérir du somnambulisme. Le librettiste contourne habilement la scène finale de l'opéra, avec la scène des rebelles écossais et la forêt de Birnam qui « se met en mouvement », en donnant au bois une place dans l'histoire dès le début. Goossens utilise parfois aussi des mots déformés rigolo, par exemple « benogenblikkelijkebangerikkelijk ». Ou « we houden een wraakernij ». Parfois, le texte rime, parfois les sonorités sont légèrement dialectales et phonétiques. Seul le grand aria de Lady Macbeth dans la scène de somnambulisme Una macchia è qui tuttora - la tache (de sang) ne peut pas être effacée – il l'a conservé en italien. Respect de l'original ? Tout est parfaitement dosé, les adaptations s'intègrent acceptablement et convenablement à l'histoire. De plus, l'adaptation musicale – avec comme motif musical le plus fréquent celui des sorcières – s'harmonise bien avec le texte. Le chœur joue un rôle principal dans la pièce. C'est fantastique ce que fait le chœur d'enfants d'Opera Vlaanderen. Il joue et chante comme si sa vie en dépendait : vif, alerte, spontané, naturel. Le rôle de Monsieur Macbeth est une pure partie parlée, jouée avec imagination par Bart Dobbelaere. Zofia Hanna incarne Madame Macbeth avec une voix de soprano ardente : pas trop belle – « oei mijn stem klinkt slecht » (comme Verdi le voulait aussi...) - mais jouée avec beaucoup de panache. « Fleanceke », comme s'appelle le petit garçon renversé, est encore une belle allusion à la version originale, où Fleance est le nom du fils de Banco.

Allusions à l'actualité

Le décor est approprié sombre et sobre. De grands blocs noirs peuvent représenter à peu près tout, à la fois des arbres, un château ou un grand lit avec des têtes de lit. Comme une boîte à blocs ordinaire d'enfants – avec possibilité de les faire tomber, les empiler, les déplacer pour former diverses formes. Les changements de décor sont donc rapides et jamais maladroits. De petits détails témoignent du soin apporté, comme le distributeur de savon à côté de la porte de la chambre d'hôpital de Fleanceke dans la dernière scène. Les accents justes de l'éclairage font le reste. Tom Goossens crée une adaptation où les allusions à l'actualité semblent naturelles. La référence à une morale avec le message pour les conducteurs ivres et la responsabilité envers les enfants en cas de délit de fuite est claire. Mais le message moral n'est pas collé comme un reproche pédant, il s'intègre naturellement à l'histoire. Ou comme le dit le texte d'introduction dans le livret du programme : « Ici aussi, il saisit comme nul autre le Zeitgeist des jeunes, qui doivent rendre des comptes aux adultes ». Un spectacle pour et par des jeunes, qui rend la jouissance aussi réfléchie (ou inversement ?).


  • QUOI : BANKET! De Wraak Op De Macbeths
  • LIVRET/MISE EN SCÈNE : Tom Goossens
  • MUSIQUE : Mathias Coppens (adaptation et composition d'après Giuseppe Verdi)
  • VOIX : Zofia Hanna, Bart Dobbelaere et Chœur d'enfants Opera Vlaanderen dir. Hendrik Derolez
  • ORCHESTRE : deCompagnie dir. Michiel Delanghe
  • : Opera Vlaanderen, Theater 't Eilandje, Antwerpen
  • QUAND : samedi 30-3-2019
  • PHOTO : © Thomas Dhanens
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