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Critiques

#TAZ19 « C'est à toi, à moi, à nous »

V
· 13 min de lecture
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#TAZ19 « C'est à toi, à moi, à nous »

Sun, sea, beach and culture … a delightful, summery mix. The Theater Aan Zee festival remains vibrant, stimulating and topical, evolving with the spirit of the times. It reaches more and more lovers of the diverse performing arts each year. The counter stood at 180,000 visitors after the event, an absolute record.

This year, curator and artistic jack-of-all-trades Lucas De Man chose 'involvement' as a more layered and overarching theme for the 23rd edition. He succeeded in bringing together different voices and perspectives under the motto 'It is up to you, me, us'. Two years ago, there was some commotion because the festival was said to be too white. This year, quite a few people of colour are on stage. Unfortunately, this is not reflected in the audience, with a few exceptions.

Theater Aan Zee is very close to De Man's heart. With this curatorship, he is at the helm for the eighth time. During previous editions he created installations and performances and was jury chairman. #TAZ19 broadcasts a frequency that young and old can perceive. So no compartmentalised thinking or isolationism, but virtually all the performing arts featured in a well-balanced programme. A feast for the senses with humour, refinement and powerful statements alike. Ostend offers a sea of possibilities in terms of performance spaces. Small and large companies navigate the city like ships. There is a place for everything: theatre, dance, music. And everything falls into place: an impressive overall picture. Choosing is winning. From the great diversity of performances, we selected ten.

Monologue

Simone Milsdochter

'What do you think about western civilization?' 'I think it would be a good idea' (CC DGP-Studio 1, Monday 5/8)


A one-woman performance of the purest kind, carried by Simone Milsdochter. She co-wrote the incisive text with Wallace Shawn and also operates the music controls during the performance (Ludwig Van Beethoven and Frederik Van de Moortel).

Anger and fear hang in the air. In this monologue she dissects today's world: morality, sectarianism, rich versus poor, happiness versus misery. The text is born on the performer's tongue. Contradictory things are embraced simultaneously in a cognitive dissonance. Is Western civilisation a mistake? But then we would have been deprived of books, theatre, visual arts and music … By a twist of fate we belong to the fortunate, the strong versus the weak. The confronting monologue is interwoven with music by Beethoven and provides striking accents. This performance, which sits somewhere between a lecture and a performance, is rather heavy going but ends on a positive note: the quantitative accumulation will one day lead to a qualitative turnaround. Let us hope so!

Music Theatre

Victoria Deluxe/Kopergieterij and Eden-Charleroi

Evening of Hope (Loods NMBS, Monday 5/8)


For five evenings, curator Lucas De Man invited a theatre company to shape an Evening of Hope and expose dominant power relations in our society.

The above-mentioned companies joined forces for a performance with young people from entirely different backgrounds, with roots in Congo, Morocco, Angola, Spain and also Belgians. Second generations, born here, who experience discrimination as a daily reality. All of them were given a hard time. To a spicy beat, the performers enter diagonally from côté cour and côté jardin and step towards the centre of the forestage. In their clumsy way of walking you can see that these are not trained actors. The performance is built in the most simplistic way, but that is also its strength. Each performer gets a few minutes on stage to recount, in an alphabet of memory and prosaic structure, an experience that stayed with them. Being misunderstood, hypocrisy, the inconsistency of society left scratches on their souls. The actor with Congolese roots emerges as a natural talent: a born storyteller with a great sense of timing, who in one-two-three engages the audience and takes them along in his story. Stories that are anything but hopeful. In their texts lies a longing for recognition and freedom. Through the shifting perspective, from solo to group moments with singing and dance, the whole gains depth and cohesion and gets under your skin. Classical music provides resting points amid dreamy, danceable moments that suddenly switch into jumpy, compressed energy. Each performer is an individual thread, which together form a performative whole. A performance with a strong vibration, a energetic feeling that despite all the pain it can still turn out well and … hope arises there.

Apéro Poetry (Vrijstaat O, Tuesday 6/8)

Warre Borgmans and Lies Van Gasse

C'est une formule agréable pour commencer la journée avec une dose rafraîchissante de poèmes. Carl Destrycker, directeur du Poëziecentrum et rédacteur en chef de la Poëziekrant, s'entretient avec quelques personnalités et auteurs connus sur ce que la poésie signifie pour eux. Nous avons choisi l'acteur Warre Borgmans. Pour lui, la poésie doit apporter du réconfort au sens le plus large du terme. À son tour, il a invité la poétesse et artiste plasticienne Lies Van Gasse. Elle a remporté le prix de la province de Flandre orientale pour son recueil Brak de Waterdrager et combine volontiers mots et images dans son œuvre. La débutante Gerda Blees a également été présentée au public. Toutes deux ont lu des extraits de leur travail. Il faut que je le dise franchement : cela sonnait assez monotone. L'un des rares auteurs capables de le faire avec panache est Tom Lanoye. Lorsque Warre Borgmans débite une multitude de poèmes, allant du cérébral au triste en passant par l'hilarant, le public est suspendu à ses lèvres.
Théâtre

Comp. Marius

Les Enfants du Paradis (Koninklijke Villa, mardi 6/8)


Comp. Marius, connue pour ses choix singuliers, a présenté la première des Les Enfants du Paradis le 4 août, d'après le scénario homonyme de Jacques Prévert datant de 1943. Le texte se concentre sur l'amour et le jeu et offre de nombreuses opportunités de jeu. Une femme et quatre hommes : un mime, un acteur, un criminel et un comte extrêmement riche. Tous sont à ses pieds mais un seul conquiert son cœur. On y trouve à la fois des actes sans paroles et des dialogues éloquents, à la fois du slapstick et de la tragédie. Du moins, c'est ce qu'annonce la brochure, mais cela ne sort qu'au compte-gouttes. Tout se déroule dans un monde étrange à la manière d'Ensor, avec des cafés nocturnes peuplés de figures étranges issues des univers du théâtre, du mime et de la fête foraine.

Nous y assistons le mardi 6 août. Pas dans les conditions les plus faciles pour les acteurs : un vent cinglant souffle, le ressac et les mouettes hurlantes provoquent des nuisances sonores. Il faut beaucoup de volume de voix aux acteurs. Le public est assis sur une tribune face à la mer et sur une autre petite tribune, qui fait partie du décor. Entre les deux se trouve l'espace de jeu des acteurs. Les mécanismes du théâtre sont entièrement dévoilés. La représentation gagne en dimension grâce au glissement des ombres face à l'intensité croissante des lourds projecteurs. Les faisceaux se resserrent et prennent une direction, ce qui donne du relief aux choses. Tout est mis au net : noir et blanc. Plusieurs générations partagent la scène : Waas Gramser, Kris Van Trier, Koen Van Impe, Frank Dierens, Clara Cleymans, Lisah Addeaga, Bert Haelvoet et Ray Aernouts. Le spectacle commence sous de bons auspices, mais part ensuite sérieusement en vrille. C'est comme un ballon qui s'échappe de la main et se dégonfle dans des motifs turbulents. Tenir deux heures et demie avec ce style burlesque relève de la gageure. Certains spectateurs l'ont mal pris et ont démonstrativement quitté la salle. Kill your darlings. Peu après la demi-heure, l'ensemble devient plus supportable. Je me suis aussi profondément agacé de la manière négligée de parler de Bert Haelvoet, qui tient un rôle important. Ses sons ij et a relèvent purement du dialecte, alors que le reste de la distribution, avec Koen Van Impe en tête, manie une belle langue. En prime, il y avait ce soir-là un magnifique coucher de soleil. Au sens propre du terme : du théâtre au bord de la mer.

Stichting Nieuwe Helden

Yes, Please! LIVE (Atelier Klein verhaal, mercredi 7/8)


Cela s'inscrit dans une recherche. Que dit la science sur les fantasmes, et même sur les fantasmes érotiques ? C'est la question que posent les Nieuwe Helden depuis plus d'un an aux habitants des Pays-Bas et de Flandre. Pourquoi ? Parce que beaucoup de gens ont honte de leurs propres fantasmes, et c'est triste. La chercheuse Charlotte van der Meer et Rashif El Kaoui font part au public de leur étude. Quelles histoires érotiques le public veut-il entendre ? Un vilain petit canard dans le paysage du festival.
Théâtre musical

Het Nieuwstedelijk

Gesprek met de regen (CC DGP, mercredi 7/8)


Le directeur, auteur et metteur en scène maison Stijn Devillé du Het Nieuwstedelijk, théâtre municipal de Louvain, Hasselt et Genk, décrit une expérience poignante dans Gesprek met de regen. Il couche sur le papier, comme une forme de catharsis, les émotions vécues après une quasi-noyade avec sa fille. Il y a des années, ils ont retrouvé leur petite fille de six ans sans vie au pied de l'escalier. Les parents lui ont fait du bouche-à-bouche et ont pu, par miracle, la ramener à la vie.

Dans un processus obscur de deuil et de lâcher-prise, un homme et une femme sont piégés dans une spirale descendante de chagrin qui les entraîne dans un puits sans fond. Ils ont déménagé à l'étranger, aussi loin que possible, à Singapour, car ils ne peuvent plus vivre dans la maison où l'accident s'est produit. Ils arrivent en pleine mousson. La femme occupe un poste important de PDG dans une entreprise de nanotechnologie. Le travail acharné est sa voie d'évasion. Lui est écrivain et, depuis la mort de sa fille Hanna, souffre d'un syndrome de la page blanche. Le vide l'engloutit.

La grande fenêtre en verre de leur appartement sur l'avant-scène reflète le public. Derrière chaque façade se cache une histoire. À l'arrière gauche de la scène, les musiciens sont assis avec leurs instruments : en partie de la musique électronique, complétée par un violon, une guitare, un xylophone et un trombone. Ils tissent une toile, comme une fine filigrane, ténue et flottante, autour de l'état d'esprit de l'homme et de la femme. Tom Van Bauwel joue le rôle de sa vie en tant que mari aimant et réconfortant pour sa femme, qui a complètement perdu le fil. Alors qu'il lutte lui-même contre son immense chagrin. Deux âmes solitaires. Ils jouent à cache-cache derrière leur ordinateur portable. Une bande lumineuse colorée sur le mur du fond contraste crûment avec la tristesse de l'homme et de la femme. Engourdi par la douleur, il tourne en rond dans le vide et erre à travers la ville. La pluie tombe à verse. Comme un signe venu de l'au-delà, il croit entendre la voix de sa fille à travers le bruit de la pluie. Le e-Media Research lab de la KU Leuven a développé une sorte d'imprimante à pluie. Les mots de sa fille apparaissent en flashs à travers le rideau de pluie. Une belle prouesse technologique. Sa magie et sa poésie rendent silencieux. Le père s'accroche à ce phénomène transcendant. Il veut aussi faire partager cela à sa femme, mais en tant que scientifique, elle reste down to earth. À la fin, la douleur jaillit comme une éruption de reproches et d'auto-reproches. Ils sont effrayés par l'émotion profondément enracinée et refoulée de l'autre. Avec l'averse qui cesse, leur chagrin s'éteint lentement. La prise de conscience : ils doivent continuer à vivre leur vie. Sara Vertongen, en PDG d'acier mais mère désemparée, joue également la dualité de manière très crédible. Disséquer un tel sujet jusqu'à l'os, sans être larmoyant, c'est de l'écriture, de la mise en scène et du jeu d'acteur au sommet. Gesprek met de regen est un bijou de spectacle, si poignant et beau que cela fait mal.

Musique/stand-up comedy

B.O.X/Martha!tentatief

Lulletje (Loods NMBS, jeudi 8/8)


Un étrange mélange aux ingrédients suivants : stand-up comedy en dialecte anversois, musique baroque jouée à la harpe, au sitar et au hautbois, et quelques écrans vidéo de différents formats diffusant des vidéos YouTube de coutumes chinoises idiotes et hilarantes. Franchement, c'est ce que j'ai trouvé le plus amusant de tout. Les musiciens sous la direction de Pieter Theunis de Baroque Orchestra X, un collectif qui mêle musique contemporaine et richesse sonore baroque, offrent aussi de beaux intermèdes. À l'aide d'instruments classiques, ils font tomber le mur sonore entre l'ancien et le nouveau, la pop et la musique classique.

L'histoire exubérante de Johan Petit sur ses copains d'enfance, le football et ses aventures dans la circulation ne m'a guère arraché un sourire. Les goûts et les couleurs, dit-on…

Théâtre

Compagnie Cecilia

De broers Geboers (CC DGP, jeudi 8/8)


On qualifie souvent Arne Sierens de « producteur de mélodrame contemporain, du grotesque, de ce délicieux mélange du haut et du bas, du kitsch et de l'art ». Des spectacles populaires et passionnés comme Ensor, Lacrima, Zingarate et Heilig Hart ont touché un large public.

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La première de De broers Geboers remonte à vingt ans, mais ce spectacle n'a rien perdu de sa force d'évocation : brut et intense, mais aussi poignant. Avec bravoure, toute la distribution – Wouter Bruneel, Sebastien Dewaele, Marijke Pinoy, Tom Ternest et Wim Willaert – livre le texte dans un flamand-occidental savoureux. Le décor de Guido Vrolix aide les acteurs à accentuer les situations embarrassantes. Les conversations banales alternent avec des discussions venimeuses, les personnages se blâmant et grondant comme des chiens. Des étincelles jaillissent de tous leurs pores. De broers Geboers : passionné, spirituel et mordant.

Théâtre

Rataplan

Een Jihad van Liefde (CC DGP, vendredi 9/8)

Quand Mohammed El Bachiri a adressé ces mots au monde après l'attentat de Maelbeek, au cours duquel il a perdu sa femme bien-aimée et s'est retrouvé seul avec trois jeunes enfants, tout le monde est resté stupéfait. Frappés de mutisme devant tant d'altruisme. Après le livre Jihad van liefde, un manifeste pour l'amour et l'humanité (recueilli par David Van Reybrouck), il a suscité l'attention pendant un certain temps. Mais le monde poursuit sa course. La liste sans cesse récurrente de catastrophes, d'accidents et de guerres détourne l'attention. Mohammed El Bachiri est resté seul avec sa douleur, le vide, le souci de ses enfants qui luttent contre des traumatismes. La représentation théâtrale poursuit là où le livre se termine, dans une mise en scène et une adaptation du texte de Hans van Cauwenberghe. Comme tout partenaire qui survit à un décès, il éprouve des difficultés et doit, malgré son impuissance et son désarroi, tenir bon pour les enfants. Comme point d'appui, il revient sur la première rencontre avec sa femme. Dans une sorte de dialogue intérieur, elle l'encourage à continuer. Le courage de ne pas abandonner. Prendre soin de sa maison, des enfants et de lui-même. Les acteurs Rashid El Kaoui et Amara Reta enveloppent le spectateur dans l'étoffe sombre et soyeuse de leur voix et de l'instinct de survie de l'être humain.

Toutes les représentations s'inscrivaient parfaitement dans le thème « C'est à toi, à moi, à nous », à l'image du flux grandissant et décroissant du flux et du reflux. L'année prochaine, si Dieu me prête vie et santé, je serai de nouveau au rendez-vous. La nouvelle commissaire est déjà connue. Il s'agira de Caroline Pauwels, professeure en sciences de la communication à la Vrije Universiteit Brussel et, depuis septembre 2016, rectrice de l'université. Le thème global ? « Amor mundi ». La conviction que les êtres humains sont indissociablement liés à la nature et ont besoin les uns des autres pour devenir humains.


  • QUOI : Theater Aan Zee
  • QUI : Simone Milsdochter, Victoria Deluxe/Kopergieterij et Eden-Charleroi, Warre Borgmans, Lies Van Gasse, Carl Destrycker, Gerda Blees, Comp.Marius, Stichting Nieuwe Helden, Nieuwstedelijk, B.O.X./Martha!tentief, Compagnie Cecilia, Rashid El Kaoui et Amara Reta
  • OÙ : diverses locations à Ostende
  • QUAND : du mercredi 31 juillet au samedi 10 août 2019
  • SITE WEB : https://theateraanzee.be/
  • PHOTOS : © Kathie Danneels | Marcia van der Zwan | Maarten Geukens | Ilse Philips | Katrijn Van Giel | Kurt Van der Elst | Karolina Maruszak
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