Johannes Brahms est surtout connu et apprécié pour ses œuvres instrumentales. Son répertoire de lieder est même quelque peu sous-estimé. Pourtant, il occupe une place précieuse dans le genre du lied romantique allemand. Heureusement, Graham Johnson plaide aussi pour Brahms et réalise une série d'enregistrements des lieder de Johannes Brahms, comme il l'a déjà fait excellemment pour Schubert, Schumann, Strauss et Fauré. Le cd le plus récent de la série The Songs of Brahms est le huitième volume.
Les lieder ne sont pas regroupés selon leur numéro d'opus. Nous obtenons ainsi une sélection de par exemple les opus 6, 14, 70 ou encore 85, à côté de l'intégralité de l'opus 7. Johnson opte donc pour un ordre différent de celui de la série de lieder de Brahms qui a été publiée précédemment sur le label cpo avec le pianiste Helmut Deutsch et où l'on a choisi des opus complets par cd. cpo a également travaillé avec les mêmes chanteurs pour toute la série (Juliane Banse, Iris Vermillion et Andreas Schmidt). Graham Johnson recherche une légère plus grande diversité. Tantôt ce sont les « grands noms » du lied (Ian Bostridge, Angelika Kirchschlager, …), mais il donne aussi une chance aux jeunes talents encore moins connus de se présenter. C'est le cas ici avec Harriet Burns, qui pour quelques duos est accompagnée par Robin Tritschler. Des noms qui ne sonnent pas familiers, mais bien des chanteurs de haute qualité, comme on peut s'y attendre chez Johnson.
L'unité du cd est plutôt thématique : les lieder présentés ici sont dominés par la mélancolie et la tristesse. Il s'agit de sentiments amoureux déçus et insatisfaits. Un thème qui d'ailleurs peut être assimilé à la situation générale de la vie de Johannes Brahms. Der Schmied (opus 19, n° 4) est l'un des lieder les plus joyeux du cd, où le piano imite le coup sur l'enclume. Les chansons d'amour ont alors un ton plus sensuel (Spanisches Lied, opus 6 n° 1) et laissent l'imagination libre pour une rêverie légèrement érotique. Le jeu pianistique de Johnson va complètement dans le sens de cet amour idyllique. Quoi qu'il en soit, Graham Johnson est ici encore une fois un maître de la suggestivité pianistique et du soutien rythmique.
Harriet Burns possède une belle voix élevée qui frise parfois la rudesse. Elle utilise sa voix avec beaucoup de flexibilité, d'expressivité et d'implication émotionnelle. Le septuor Deutsche Volkslieder (WoO 33) qui termine le cd reçoit le ton approprié légèrement naïf. Cela vous fait écouter avec un sourire. Et surtout en profiter.
Pour le vrai mélomane, bien sûr, les explications que Johnson ajoute à chaque lied – de sa manière désormais bien connue, compétente et captivante – sont d'une valeur inestimable. Graham Johnson est un puits de connaissances et de musicalité. Non seulement ce huitième volume mérite d'être découvert, mais aussi les sept précédents. Et celui qui suit, s'il y en a un …
- QUOI : The Songs of Brahms, volume 8
- QUI : Harriet Burns (soprano), Robin Tritschler (ténor), Graham Johnson (piano)
- ÉDITION : Hyperion Records CDJ33128