Septembre a vu la naissance d'un nouvel Orchestre de chambre belge, 'The Romantics'. Nous avons parlé avec Oriana Dierinck, la fondatrice de cette nouvelle initiative.
-Raconte-nous un peu sur toi. Quels/Qui sont tes plus grands modèles musicaux?
Ma formation classique en tant que flûtiste s'est principalement déroulée aux Pays-Bas. Au départ, j'avais commencé mes études au Lemmensinstituut, mais j'en suis partie – littéralement – après l'obtention de mon premier prix de solfège : je ne pouvais pas y respirer et on ne voyait pas qui j'étais. À mon avis, on n'y parlait pas assez de musique non plus.
Cela s'est avéré être le choix parfait : soudain, tout a fonctionné. Après un DM (Docerend Musicus) complété à Tilburg auprès de Raymond Delnoye (flûtiste solo du Brabants Orkest), j'ai été acceptée pour la deuxième phase (comparable à ce qui s'appelait alors ici 'Hoger Diploma') dans la classe de Jo Hagen (flûtiste solo du Rotterdams Filharmonisch Orkest) au Conservatoire de Rotterdam. Cette façon de faire de la musique m'a énormément parlé (et me parle toujours) : énergique, dans l'instant et.. allons-y -haha.
Presque tous les vendredis soir, j'allais écouter aux Doelen ce fantastique orchestre, le RPhO. C'était une source d'inspiration formidable : j'ai entendu (ou plutôt « vécu ») tous les grands et importants concertos d'orchestre dans des exécutions fantastiques avec comme solistes et chefs d'orchestre les grands noms de la scène internationale. Je me souviens bien du jour de mon examen d'admission – le Festival Gergiev existait encore à l'époque – où la Troisième Symphonie de Mahler sous la direction de Valery Gergiev était au programme le soir. De nos jours, c'est politiquement très incorrect de même prononcer son nom.. néanmoins, il est l'un de mes grands inspirateurs : cet homme est un génie avec une vibration unique.. et c'est exactement cette vibration qui communique, qui te fait ressentir – sans trop de paroles – comment il veut la musique, tes notes. Cette Mahler III m'a toujours marquée, c'était d'âme à âme.. Aussi difficile soit-il politiquement, je pense quand même qu'il est essentiel de faire la distinction entre la personne et son art.
Mes autres grands héros de la musique classique sont en grande partie des gens décédés : Mozart, Tchaïkovski, Stravinsky, Mahler, Wagner.. des musiciens comme Rostropovitch, Hirschhorn, Horowitz, Schwarzkopf, Callas, Pavarotti, Rampal .. des chefs d'orchestre comme Kleiber, Rozhdestvenski, Celibidache… et aussi le – également « incorrect » – rebelle Currentzis.
Cependant, je n'écoute pas que du classique : je suis grande fan de Blixa Bargeld, David Bowie et Jacques Brel. Tuxedomoon, Current 93, the Legendary Pink Dots, Bauhaus, .. Encore la semaine dernière, mon partenaire et moi sommes allés à un concert des « Einsturzende Neubauten » .. cela faisait très longtemps que je n'avais pas ressenti une telle forte connexion sur, à côté, derrière et devant la scène.
Le visuel fonctionne aussi très bien pour moi comme source d'inspiration. Pendant les études, mais aussi « juste comme ça »… je peux vraiment être ensorcelée par une image. Quelque chose qui se traduit souvent par des rêves colorés et surréalistes. Enfant, j'aimais déjà peindre, mais je n'ai jamais pris cela très au sérieux. Pourtant, je dois avouer que depuis une dizaine d'années, la frontière entre la musique et l'image s'estompe quelque peu : il en naît parfois des peintures « étranges » et je suis devenue accro à la photographie. Ainsi, à ma propre surprise, l'une de mes photos (l'autoportrait « O2 ») dans une collaboration avec mon partenaire, artiste-poète Douglas Park (U.K.), a été publiée par NICC dans leur festival et la publication associée « Zonder Kunstenaars Geen Kunst » (MuHKA, 2021). Peut-être devrais-je aussi faire quelque chose avec tous ces images et photos..
J'ai vécu et travaillé environ 10 ans aux Pays-Bas, principalement à Rotterdam. J'ai d'abord trouvé que c'était une ville horrible, mais elle ne m'a jamais lâchée. J'y donnais des cours (flûte traversière et musique de chambre) et jouais dans la plupart des orchestres symphoniques néerlandais.
Autour de 2010, je suis retournée en Belgique (Antwerpen). Cela peut sembler étrange, mais mon dialecte me manquait. Presque immédiatement, j'ai décidé de créer mon propre ensemble de musique de chambre, Z V E Z D O L I K I, nommé d'après une œuvre de Stravinsky.
-Qu'est-ce qui t'a inspirée pour créer le nouvel orchestre de chambre belge, 'The Romantics'?
À peu près tout et tous ceux que j'ai décrits ci-dessus.. plus le magnifique répertoire de la musique symphonique.
-qu'est-ce qui distingue The Romantics des autres orchestres (de chambre)?
La façon dont il s'est formé. Je jouais avec cette idée depuis longtemps, mais cela semblait irréalisable. En même temps, j'avais aussi le sentiment que cela pouvait réussir, alors j'ai simplement commencé. Quelque part en mars-avril 2024, j'ai eu une agréable réunion autour d'un café avec le chef d'orchestre Michel Tilkin à Louvain et je lui ai présenté mon idée. Honnêtement, c'était avec une certaine appréhension car c'est et reste un plan ambitieux. Je lui ai aussi expliqué pourquoi je voulais faire cela et pourquoi ce nom. Bien qu'il m'ait avernie des obstacles, il a immédiatement accepté de collaborer sous la forme d'un premier concert.
La première étape a été d'assembler un beau programme et réalisable. Ensuite, nous avons lancé un casting à la recherche des personnes idéales : des musiciens qui jouent pour la musique, qui sont excellents sur leur instrument et qui ont le sens de l'aventure et de l'humour.
Donc basé sur le désir de jouer un beau répertoire plutôt que sur la « nécessité » de remporter une audition, car cela n'a généralement rien à voir avec la musique. La forme aussi est unique : il n'y a actuellement aucun orchestre de chambre professionnel actif en Belgique.
Il n'y a pas de personnel administratif, pas de RH, pas de personnel en relations publiques. La force réside chez les musiciens et ils décident qui travaillera avec l'orchestre en tant que (chef invité). Nous ne sommes (pas encore) subventionnés, il n'y a (pas encore) de sponsor principal.. « simplement » un excellent chef d'orchestre belge et d'excellents musiciens qui vont se « donner à fond » le 30 novembre dans un beau programme Beethoven.
De plus, je pense qu'il y a un besoin d'un nouvel élan, d'un nouveau « feu ». Le monde de la musique est presque « trop » conceptualisé : tout doit rentrer dans la bonne case parce que les chiffres sont si importants. Aussi.. mais je le dis avec le plus grand respect envers la pratique authentique de l'exécution : je pense que la « marque » de leurs fondateurs et représentants est devenue un peu trop grande.. ce n'est quand même pas normal que les musiciens avec des instruments modernes n'osent presque plus jouer de Bach.. ? Cela ne mène-t-il pas finalement à la stagnation..? Et au monopole..?
En ce sens, j'ai trouvé et je trouve "The Romantics" un nom approprié et beau. Je l'ai trouvé en lisant « Les Romantiques » de Konstantin Paustovki, dans lequel il écrit « le Cœur, l'Imagination et l'Esprit sont l'environnement où est née ce que nous appelons la Culture ».
The Romantics a aussi grandi à partir de mon ensemble Z V E Z D O L I K I : beaucoup de musiciens avec lesquels j'ai travaillé autrefois jouent maintenant dans l'orchestre de chambre. De cette façon, les choses se développent organiquement.. La collaboration reste donc importante. Entre les membres de l'orchestre eux-mêmes, mais aussi vers l'extérieur : nous voulons collaborer avec des solistes, des chœurs, des organisations, des maisons de disques, des sponsors… et créer ainsi notre propre chemin.
Une analogie amusante est que Beethoven lui-même a aussi assemblé un orchestre pour la première de sa première symphonie..
-Peux-tu nous parler de la naissance de The Romantics? (comment as-tu fondé l'orchestre) As-tu rencontré des obstacles et comment les as-tu résolus?
Eh bien.. le plus grand obstacle était peut-être moi-même -haha. J'ai longtemps hésité parce que je pensais ne pas pouvoir mener un si grand projet (parce que je sais par mon rôle au sein et pour Z V E Z D O L I K I tout ce que cela implique). Donc la première étape était de me mettre en marche! Commencer est souvent la partie la plus difficile, c'est quelque chose que tout le monde qui entreprend quelque chose d'excitant peut certainement confirmer.
Ce qui n'était pas non plus évident : trouver les personnes idéales. Nous avons cherché des personnes qui ne rentrent pas dans la catégorie des « ambitieux sans talent ». Cela semble un peu irrévérencieux, mais c'est justement le contraire : un tel démarrage ne réussit que si la musique vient en premier. Les autres obstacles, plus pratiques, n'existaient pas vraiment, sauf que nous recherchons toujours un espace de répétition à Anvers qui soit assez grand pour environ 40 musiciens.
L'occasion était en fait déjà là : Z V E Z D O L I K I joue tous les 3 ans un concert-bénéfice, « Noot voor Nood » et la 4e édition était prévue pour la fin de cette année. C'est juste devenu un peu plus grand que prévu..
-Tu es aussi fondatrice et directrice artistique de Z V E Z D O L I K I Antwerp Chamber Music Collective. Comment vois-tu la relation entre les deux et qu'est-ce qui distingue les deux ensembles?
Je vois Z V E Z D O L I K I comme une sorte de caméléon, du fait que pour chaque projet ou programme, la composition est différente, mais toujours dans un cadre de musique de chambre. Parfois nous jouons en trio, parfois – comme par exemple pour notre « María de Buenos Aires » – il y a quinze personnes sur scène. Z V E Z D O L I K I collabore aussi régulièrement avec d'autres formes d'art, comme par exemple les arts visuels ou la poésie. Le répertoire de Z V E Z D O L I K I est aussi plus large, presque illimité, pour ainsi dire : il va des improvisations sur la musique de la Renaissance, à des programmes « ordinaires » avec Mozart, Duruflé ou Fauré jusqu'à des œuvres contemporaines de Henderickx ou Celis. Z V E Z D O L I K I joue toujours sans chef d'orchestre, quelle que soit la taille de l'ensemble.
Le répertoire de The Romantics aura principalement le répertoire symphonique romantique comme point de départ et aura différents (chefs invités).
Ce qui est similaire avec The Romantics, c'est que cela aussi a commencé « from scratch ». En persévérant et en tenant bon à mon idée originale de ce que je voulais faire, il y a maintenant un beau projet de collaboration international avec un ensemble basque où les Basques viennent ici pour un concert et nous allons à Bilbao dans une bonne semaine, entièrement subventionné par le gouvernement basque et flamand.
La relation entre les deux est que l'un a grandi à partir de l'autre et les deux ensembles sont « gérés par des artistes ».
-Comment vois-tu l'avenir de The Romantics? (les prochains plans, mais aussi à plus long terme si applicable)
Le prochain objectif est de donner un beau concert le 30 novembre à 20h à AMUZ (Kammenstraat 81, 2000 Anvers). Le programme comprendra une ouverture de Mozart, le célèbre concerto pour violon de Beethoven avec comme soliste la lauréate du Concours Reine Élisabeth Sylvia Huang et après l'entracte la première symphonie de Beethoven.
Cela me semble pour l'instant déjà bien suffisant en termes d'envergure organisationnelle. Le point de départ comme esquisse vague pour l'avenir est pour l'instant un ou deux concerts par an, mais cela peut changer très vite..
-Pouvons-nous déduire du nom « The Romantics » que l'orchestre jouera principalement de la musique « romantique »?
La désignation s'applique à la fois aux musiciens et au répertoire. Les musiciens qui s'engagent dans cette aventure ont généralement une âme romantique. Non pas dans le sens d'un piano à queue blanc avec des roses rouges, mais en termes de mentalité : ils croient au pouvoir de la musique (et de l'art en général) et sont de nature idéaliste, sans être pour autant naïfs. Ils rêvent d'un monde meilleur rempli de Beauté.
Quant au répertoire, le répertoire Romantique sera effectivement le point de départ. Quelque chose qui se reflètera également dans la manière de jouer.