Dans le sillage du centenaire de la mort de Claude Debussy (25 mars 1918), deSingel a consacré cette année sa journée annuelle « journée compositeur » à ce compositeur français qui a donné un tout autre visage au monde de la musique classique au début du vingtième siècle.
Comme toujours, ce fut une fête pour les mélomanes, qui n'étaient malheureusement pas aussi nombreux que lors des éditions précédentes. À moins que cette observation ne vaille que pour les concerts de l'après-midi, car – je l'avoue – je n'étais présent qu'à ceux-là. Et ces trois concerts ont été de véritables réussites.
Les Préludes Livre 2 ont reçu, sous les doigts du pianiste Jean-Efflam Bavouzet, une interprétation élégante et en même temps spontanée. Il vient de sortir chez Chandos un nouveau disque consacré à Schumann, mais le pianiste a déjà été récompensé à plusieurs reprises pour ses interprétations de Debussy et Ravel. On sentait que les couleurs françaises chatoyantes de Debussy n'ont pas de secrets pour lui. Avec clarté et finesse, il a donné à chaque prélude son caractère propre, avec du tempérament là où il convenait (La puerta del vino), mais surtout avec de la mélancolie et un sens de la peinture de la nature. On aurait dit voir les feuilles d'automne tourbillonner à la fenêtre dans Feuilles mortes, ou la triste nymphe des eaux disparaître dans l'eau dans Ondine. Naturel et technique parfaite caractérisent Bavouzet, et je suppose qu'il a également fait de la Fantaisie pour piano et orchestre, au programme le soir, un sommet de la journée.
Que deSingel, pour ses happenings consacrés aux compositeurs, ne se contente pas d'une programmation remarquable mais fasse aussi appel aux interprètes de premier plan, a été confirmé par le récital de mélodies chanté par Sophie Karthäuser et Stéphane Degout, accompagnés au piano par Alain Planès. La qualité pianistique de Planès dans ce programme ne peut sans doute pas être contestée, mais le musicien m'a semblé un accompagnateur peu sympathique, plus préoccupé par sa propre partie que par celle, au service du chant.
Des deux chanteurs, c'est surtout Stéphane Degout qui m'a séduit. Il possède le timbre de baryton idéal pour ce répertoire, et en Pelléas fantastique (comme nous avions pu le voir à La Monnaie en septembre 2008), les textes de Stéphane Mallarmé et de ses contemporains, sur lesquels Debussy a composé ses mélodies, trouvent naturellement leur place. Il fait partager à l'auditeur toutes les nuances des mélodies, respire mélancolie et sensualité, le tout accompagné bien sûr d'une diction irréprochable. La sensualité que j'attendais de Sophie Karthäuser faisait en revanche un peu défaut à sa prestation. Sa voix s'est apparemment raffermie, elle a perdu un peu de ce caractère fragile et lyrique-doux si typique de son timbre aigu. Mais sa voix reste cristalline et, avec beaucoup de souplesse et de richesse de couleurs, elle interprète les textes mystérieux et séduisants de Pierre Louÿs dans ses Chansons de Bilitis, ou le ludique Mandoline de Paul Verlaine. Le récital fut un véritable hommage au monde sensible et subtil de Debussy.
Oxalys, cet ensemble d'excellence de chez nous, nous a ensuite régalés avec plusieurs œuvres du répertoire de musique de chambre. Il a commencé par le Prélude à l'après-midi d'un faune dans l'arrangement de Benno Sachs, contemporain de Debussy. La nostalgie – celle qu'affectionnait Stéphane Mallarmé, dont le poème avait inspiré Debussy – résonnait avec finesse dans les instruments parfaitement accordés, que Oxalys faisait sonner à la fois avec un bel esprit soliste et dans un jeu d'ensemble. Toon Fret a pu briller un instant dans Syrinx pour flûte seule. Dans la Sonate pour flûte, alto et harpe et les Six épigraphes antiques qui suivirent, les musiciens d'Oxalys nous firent savourer un Debussy délicieusement authentique et raffiné.
Aimer Debussy : cet après-midi à deSingel n'a pu qu'approfondir cette expérience. Encore un happening réussi de deSingel !
- QUOI : Debussy Happening deSingel
- QUI : Jean-Efflam Bavouzet, piano ; Sophie Karthäuser, soprano ; Stéphane Degout, baryton ; Oxalys
- OÙ : deSingel Anvers
- QUAND : dimanche 24 février 2019




