Les avis divergeront, comme toujours d'ailleurs, parmi les spectateurs, qu'ils vivent l'événement en salle dans cette atmosphère si particulière qui règne à chaque instant du concours, ou qu'ils écoutent de chez eux via le site du concours, la télévision ou la radio – l'expérience est tout aussi intense. Chacun vit l'expérience d'écoute différemment, qu'il soit en salle ou chez lui. Ceux qui écoutent à la radio, à la télévision ou sur ordinateur entendent différemment, car les micros sont positionnés de manière à vous plonger presque à l'intérieur du violoncelle. En salle, tout dépend de votre place et de la position du pupitre avec la partition devant l'instrument, de votre proximité ou distance, du parterre ou d'un balcon, etc. Bref, pour chacun, jurés inclus, c'est toujours différent…
Le matin après l'annonce tardive de sa victoire au Concours Reine Élisabeth Violoncelle 2026, le violoncelliste italien Ettore Pagano était déjà bien réveillé et accordait une longue série d'interviews aux médias. Vêtu simplement d'un t-shirt blanc et d'un jean, il semblait aussi confiant que sur scène…
Fang Man (°1977) - Four Odes to the Tidings of Flowers
Le chaos de la pièce me surprend cette fois. Pagano essaie de tout, mais peine, même s'il joue avec beaucoup de maîtrise. Il tranche fermement avec l'archet et le fait grincer, ce qui est prévu à la partition. Ce n'est pas très adapté au violoncelle et on peut légitimement se demander si cette œuvre convient à tous. Physiquement exigeante, étrange et trop de glissandi, toutes sortes d'extrêmes qui testent la technique jusqu'à ses limites prédominent sur la tonalité. Ettore Pagano confronte-t-il la compositrice aux défauts de son œuvre ? Si oui, c'est une interprétation comme nulle autre.
SSergey Prokofiev (1891-1953) – Symphonie concertante op. 125
Pagano doit déployer beaucoup d'énergie et d'efforts pour captiver, mais le stress l'empêche de s'exprimer pleinement. Il joue avec une pureté correcte, parfois avec une intonation légèrement imparfaite, bien que cela ne dérange pas vraiment. Pourquoi ce musicien ne m'émeut-il que partiellement ? Dans la partie lente, il produit une musique remarquablement belle, liée et émouvante. Ici, il me conquiert, mais cela s'arrête à cette section et je reste un peu incertain par la suite. Ce n'est que dans la dernière partie qu'il se reprend et joue plus légèrement, fluidement et avec souplesse – quoique un peu d'intonation imprécise réapparaisse. Il y a clairement une joie de jouer et c'est un élément qui doit figurer sur scène.
Fang Man – Quatre Odes aux Nouvelles des Fleurs
Dietlin joue avec une fluidité convenable, mais tout aussi concentrée avec l'instrument et l'œuvre imposée. Ses attaques sont moins crispées, elle sait manier l'archet. Notez que la main droite avec l'archet est le gouvernail musical de tout archetiste, du violoniste au contrebassiste. Si la main droite/le bras ne suit pas, le jeu échoue. Cette lauréate n'en souffre pas. Sa lecture de cette œuvre imposée n'est pas visionnaire, mais elle est intelligible, transparente et pleine de maîtrise de soi. Vous entendez moins de violence physique et pourtant elle ne doit rien concéder grâce aux accents qu'elle sait placer.
Sergey Prokofiev – Symphonie concertante op. 125
Écouter deux fois identiquement la même chose incite à comparer, mais ce n'est pas l'enjeu. Il s'agit de l'interprétation de chaque candidat en elle-même et il faut alors oublier ce qu'on a entendu avant. Globalement, l'œuvre chante plus que prévu sauf dans la partie lente où se trouve un mouvement très fluide avec une large poésie lyrique liée. C'est bellement interprété, bien que quelques légers problèmes d'intonation apparaissent dans les notes aigues. Ses attaques grinçantes limitées servent bien l'ensemble. On aimerait plus de phrasé affirmé et une plus grande assurance pour donner plus de force à la symphonie. Elle se dirige vers l'apothéose et offre un bel exemple de jeu au violoncelle.






