Notre site a été renouvelé, publie toi-même tes événements tu as repéré une erreur. Écris-nous!

Classique Central

La tectonique à Flagey : écouter comme un déplacement plutôt qu'une expérience

Il y a des festivals qui se lisent comme une histoire : avec une courbe dramatique claire, des protagonistes reconnaissables et une conclusion qui boucle proprement. Et puis il y a Tectonics. Pas une histoire, mais un état. Pas une ligne, mais un champ où le son, l'espace et l'attention changent continuellement de forme.

Les 19 et 20 juin, le festival s'installe à Flagey, avec la Philharmonie Bruxelles et Ictus comme moteurs permanents. Ce qui ailleurs serait un festival construit thématiquement devient ici non pas un parcours fixe, mais une situation de déplacement continu : entre concert, installation, performance et hasard. Les visiteurs se déplacent librement entre les différentes parties, sans ordre établi.

Écouter sans filet

Sous l'impulsion d'Ilan Volkov, Tectonics s'est développé en plateforme internationale où écouter n'est pas une posture confortable, mais un choix actif. Ce qui est demandé ici, ce n'est pas la reconnaissance, mais la disponibilité : la volonté de se rapporter à l'inconnu sans cadre immédiat.

Cela rend le festival à la fois fascinant et exigeant. Celui qui vient avec l'attente d'œuvres abouties et de hiérarchies claires sera gentiment mais fermement retiré de cette position.

Flagey comme instrument

L'une des lignes les plus fortes du programme est la manière dont le lieu lui-même participe à la création. L'œuvre Symphonie pour Kunstnernes Hus d'Øyvind Torvund n'est pas simplement exécutée à Flagey, mais dispersée dans les couloirs, salles et espaces interstitiels. Le bâtiment devient partition, l'auditeur devient mobile.

Cette logique spatiale revient de plusieurs façons. Des installations de David Dubois et Fabio Machiavelli s'installent à la périphérie du festival, tandis que les instruments expérimentaux de Baudouin Oosterlynck posent la question : où commence vraiment le son ?

Le résultat n'est pas un parcours que tu suis, mais un champ qui se laisse recomposer à chaque fois.

Le répertoire comme matériau, non comme monument

Dans la section orchestrale et vocale, la musique n'apparaît pas comme un héritage, mais comme du matériau. Les œuvres d'Iannis Xenakis, Giacinto Scelsi et Frederic Rzewski ne sont pas présentées comme des chefs-d'œuvre aboutis, mais comme des processus qui continuent toujours à opérer au présent.

Dans le programme Xenakis avec le Chœur Radio Flamand, ce principe devient particulièrement concret. Des œuvres comme Nuits et Sermett ne traitent pas la voix humaine comme vecteur de texte ou d'expression, mais comme masse sonore brute : respiration, cri, friction.

Avec les univers vocaux de Scelsi, se crée ainsi une sorte de « sculpture sonore vivante », où les voix se comportent comme des champs sonores mouvants plutôt que comme des lignes individuelles. Le chœur fonctionne alors moins comme un collectif de solistes que comme un seul instrument respirant, où le langage se dissout entièrement dans le son.

Nouvelles voix : mémoire et structure

Face à ce matériel historique se dressent de nouvelles créations qui repensent chacune à leur manière l'idée de composition. Maya Verlaak part souvent de questions sociales et structurelles : à quoi ressemble la coexistence sonore, comment rendre un groupe audible sans le dissoudre dans l'uniformité ?

Cassandra Miller, elle, opère depuis un autre registre : celui de la mémoire et de la déformation. Une musique qui ne se développe pas au sens classique, mais qui semble s'écouter elle-même, toujours légèrement décalée.

Ainsi naît une pratique orchestrale qui, avec le Brussels Philharmonic, s'intéresse moins à la représentation qu'à l'interrogation.

Les marges du festival

Pour comprendre Tectonics, il ne faut pas seulement regarder le centre, mais surtout les marges. Là où improvisation, noise et performance se croisent sans identité fixe.

Farida Amadou y travaille avec la basse comme résistance physique : le son comme pression, comme tension plutôt que comme ligne. Jennifer Torrence explore le corps performatif, où le mouvement devient aussi important que le son lui-même.

L'ensemble Ictus fonctionne comme charnière : non pas entre ancien et nouveau, mais entre différentes façons d'écouter.

Deux jours sans ligne droite

Le festival est construit comme un champ de situations parallèles. Les concerts se chevauchent, les installations se poursuivent, les choix excluent d'autres possibilités. Ce que vous entendez n'est toujours qu'une fraction de ce qui se passe.

Cette fragmentation n'est pas une lacune, mais un point de départ. Tectonics n'organise pas une vue d'ensemble, mais une expérience d'incomplétude. Tout n'est pas entendu, et c'est précisément cela qui devient significatif.

Pratique

Tectonics se déroule les 19 et 20 juin à Flagey. Le festival est conçu comme un ensemble continu avec des concerts, des installations et des œuvres performatives qui se déploient partiellement en parallèle. Les visiteurs choisissent eux-mêmes leur parcours et deviennent ainsi co-architectes de leur expérience. Les tickets donnent accès à l'ensemble, non à des moments isolés.

Épilogue

Tectonics n'est pas un festival qui se laisse résumer. Il n'offre pas de pensée conclusive, pas de ligne cohérente, pas de conclusion rassurante. Ce qui subsiste est quelque chose de plus subtil : un glissement de l'attention.

Et peut-être est-ce précisément cela qui reste : non pas que tout ait été compris, mais que l'écoute, en chemin, ait légèrement changé de nature.

Détails :

Titre :

  • La tectonique à Flagey : écouter comme un déplacement plutôt qu'une expérience

Où :

  • Un programme instrumentalement très varié que ce Piknik Concert au Flagey, « Celebrating Wilfried Westerlinck » : un véritable quatuor à cordes, deux pianistes en quatre mains et la clarinette de nul autre que Benjamin Dieltjens. Tout cela dans le Studio 1 bien rempli, la salle de musique de chambre où Westerlinck a fait tant d'enregistrements au cours de sa carrière à la BRT/VRT. Rien que pour cela…

Quand :

  • 19 juin 2026

Crédits photos :

  • Philharmonique de Bruxelles
nlNLdeDEenENfrFR