Il y a des instruments qui s'imposent. Les trompettes le font, les timbales aussi. Et puis il y a des instruments qui séduisent par leur retenue, par un ton murmuré qui vous force à vous rapprocher. La viola da gamba appartient à cette dernière catégorie. Pas une diva, pas une criardeuse, mais une confidente au sang chaud. Que ce soit précisément cet instrument qui soit au centre de AMUZ du 31 janvier au 8 février, pendant le festival VIOLA DA GAMBA inPRIMETIME, est donc bien plus qu'un choix programmatique : c'est une petite déclaration esthétique.
La nièce aristocratique du violoncelle
La viola da gamba est la nièce aînée du violoncelle, mais avec un passé aristocratique et un caractère légèrement rebelle. Elle repose entre les genoux, possède six ou sept cordes, des frettes comme un luth et une sonorité qui ne se laisse pas forcer. Pendant des siècles, elle a été la chérie des salons et des pièces privées, un instrument pour le dialogue intime. Le fait qu'elle n'ait jamais vraiment voulu rivaliser avec le volume et la bravoure de la famille des violons l'a longtemps reléguée aux marges. Mais celui qui écoute bien entend précisément là sa force.
AMUZ – l'ancien bâtiment de l'église Sint-Augustinus qui s'est révélé au cours des dernières années être l'un des lieux de concert les plus singuliers du pays – a un faible pour ce genre d'outsiders. Avec inPRIMETIME, la maison se profile depuis longtemps comme un festival où la musique historique n'est pas mise en bière, mais questionnée. Où l'ancien et le nouveau ne se saluent pas poliment, mais se croisent parfois légèrement maladroitement. La viola da gamba est à cet égard un véhicule idéal.
Un éventail de possibilités
Le programme du festival se lit comme un échantillonnage de ce que l'instrument peut être. Hathor Consort et Fretwork nous emmènent en Angleterre au seizième siècle, où la musique de consort était une forme d'art social, la musique comme conversation. Fretwork ne montre d'ailleurs pas peur de sortir la gamba de sa chrysalide historique, avec My Days de Nico Muhly – une œuvre contemporaine qui prouve combien cette sonorité douce et granuleuse peut être surprenamment actuelle.
Des feux d'artifice solistes proviennent notamment de Lucile Boulanger, qui s'attaque au répertoire allemand avec une intensité qui chasse toute pensée de poussière. François Joubert-Caillet, l'un des grands spécialistes de la tradition française de la gamba, incarne en revanche le raffinement extrême de l'instrument : la musique comme filigrane, comme respiration. Et avec Liam Byrne, qui confronte la gamba à l'électronique, la frontière entre passé et présent est explorée encore plus explicitement.
Les connaisseurs le savent depuis longtemps : la viola da gamba n'est plus un objet de musée. Mais son véritable retour auprès d'un public plus large n'a pas eu lieu dans la salle de concert, mais au cinéma. Tous les matins du monde (1991), le film sobre et mélancolique d'Alain Corneau sur Monsieur de Sainte-Colombe et son élève Marin Marais, était porté par la bande sonore de Jordi Savall. Cette musique – sombre, retenue, impitoyablement honnête – a donné à la gamba une voix qui a résonné bien au-delà du monde de la musique ancienne. Le fait que le film soit exceptionnellement projeté à nouveau pendant le festival ressemble à un hommage et à un rappel : parfois, la musique a besoin d'une image pour être entendue à nouveau.
Mais finalement, VIOLA DA GAMBA inPRIMETIME ne s'agit pas de nostalgie. Le festival montre un instrument qui refuse de se laisser épingler à une seule époque ou une seule fonction. Soliste, musicienne d'ensemble, accompagnatrice, protagoniste, murmure ou numéro de fête – la gamba peut tout faire, pourvu qu'elle soit prise au sérieux. Et c'est précisément ce qui se passe ici.
C'est peut-être pour cela que la viola da gamba nous plaît tant aujourd'hui. À une époque de bruit et de vitesse, elle nous rappelle une autre forme d'intensité : celle de l'attention, de la proximité, d'une écoute sans précipitation. AMUZ l'a embrassée. Il était grand temps.
Pour les billets et plus d'informations : https://amuz.be/inprimetime/