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Prix Caecilia 2020 - les lauréats

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· 12 min de lecture
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Prix Caecilia 2020 - les lauréats

L'association de la presse musicale belge a décerné les prix Cæcilia le 15 avril 2021. Cette fois sans séance festive en raison de la problématique du coronavirus. Cela ne diminuera pas la joie des lauréats. Nous vous présentons ici l'aperçu complet avec les rapports du jury.

CD & DVD


  • Carlo Gesualdo da Venosa
    Tenebrae
    Graindelavoix, Björn Schmelzer
    Glossa

Deuil et repentir : peu de gens ont été aussi marqués que Carlo Gesualdo, prince de Venosa et cousin du saint Carolus Borromeus. Repentir de ses crimes (meurtre « d'honneur » de sa femme et de son amant), deuil de la mort de ses deux enfants : cela semble se refléter dans sa polyphonie qui rase les limites. Mais c'est peut-être la passion sans limites qui était à la base de son extrémisme moral et musical. Peu ont donné à la voix des responsoria de Gesualdo pour la Semaine Sainte un esprit aussi noué et en même temps compatissant que l'ensemble merveilleux de Björn Schmelzer, Graindelavoix, dans leur nouvel enregistrement. Plus de trois heures de deuil et de repentir. (Stephan Moens)

  • Andreas Hammerschmidt
    Ah Jesus stirbt
    Vox Luminis, Lionel Meunier
    Ricercar

Pendant et après la Guerre de Trente Ans, la musique d'église protestante allemande (souvent méprisée comme « avant Bach ») a produit des œuvres merveilleusement poignantes. Nous connaissons de beaux exemples de Schütz. Ajoutez-y volontiers Andreas Hammerschmidt. Le choix que Lionel Meunier a fait dans son œuvre vaste se concentre à juste titre sur les œuvres pour le temps de la Passion et de Pâques. Vous y trouverez la musique la plus émouvante, la plus saisissante. Les solistes, le chœur et l'orchestre se concentrent tout aussi justement sur l'expression et l'ardeur. (Stephan Moens)

  • Georg Friedrich Haendel
    Agrippina
    Joyce DiDonato, Franco Fagioli, Jakub Józef Orliński, Marie-Nicole Lemieux, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Andrea Mastroni, Carlo Vistoli, Biagio Pizzuti, Il Pomo D'oro, Maxim Emelyanychev
    Erato

On l'a dit souvent : les opéras de Haendel doivent être entre les mains des plus grands chanteurs et de chefs d'orchestre ayant un sens du drame débridé. C'est particulièrement vrai pour Agrippina, qui, grâce au climat libéral de Venise, est peut-être l'opéra le plus satirique et le plus amusant du génie saxon. Et vous vous retrouvez avec Joyce DiDonato dans le rôle titre et Maxim Emelyanytchev dirigeant au clavecin. Joyce domine mais le reste de la distribution – notamment un Franco Fagioli foudroyant en Néron – ne lui cède guère (Stephan Moens)

  • Louis Adam, Ludwig van Beethoven, Daniel Steibelt
    Beethoven and his French piano
    Tom Beghin
    Evil Penguin

Et si Beethoven avait déménagé à Paris ? Et s'il n'avait pas fait transformer (et gâcher) son piano Erard à Vienne ? Et s'il avait pu composer sa Appassionata sur ce piano dans son état original ? Ces questions et bien d'autres ont surgi dans le dernier projet de Tom Beghin. Pour cela, il a fait reconstruire le piano en question par Chris Maene pour y jouer la Waldstein, l'Appassionata et la sonate ludique op. 54. Beghin nous guide à travers des exemples français (Louis Adam et Daniel Steibelt) vers les découvertes, problèmes et frustrations que Beethoven a rencontrés en travaillant sur ce piano et ses tentatives de répondre aux virtuoses français. Les CD sont accompagnés d'essais détaillés et d'accès à des conférences et documentaires sur Internet. C'est l'exemple type de ce qu'un CD peut encore signifier à l'avenir, et en outre un qui a été entièrement réalisé par des Belges et avec des moyens belges. (Stephan Moens)

  • Ludwig van Beethoven, Franz Schubert, Wolfgang Rihm
    Vanitas
    Georg Nigl
    Olga Pashchenko
    Alpha

Georg Nigl ne cesse de nous surprendre et nous émouvoir, tant par son engagement dans les productions opératiques que sur ce CD « Vanitas ». Tout est parti de Vermischter Traum, un cycle de sept lieder que Wolfgang Rihm a écrit en 2017 pour le baryton. Nigl nous touche par son art de chanter d'une manière toujours naturelle, crédible et intime. Même s'il chante pianissimo, il déclame – ou plutôt : il vit – chaque phrase, chaque mot même. Son timbre est unique. Avec An die ferne Geliebte de Beethoven, Nigl entend également ici un deuxième cycle, ainsi qu'une sélection de lieder de Schubert avec des numéros populaires comme Die Forelle ou des raretés comme Das Zügenglöcklein. La pianiste Olga Pashchenko a choisi ici à juste titre une copie d'un fortepiano Graf de 1819. Cet enregistrement démontre de manière convaincante que le lied a encore un bel avenir tant dans la salle de concert que sur CD. (Hans Reul)

  • Robert Schumann
    Stille Liebe
    Samuel Hasselhorn, Joseph Middleton Harmonia Mundi

Le jeune baryton allemand -accompagné au piano par le parfait Joseph Middleton qu'il a connu lors du Concours Reine Elisabeth en 2018, année où le chanteur a remporté le premier prix- livre un enregistrement inaugural remarquable. Il a choisi des lieder peu connus où il fait preuve d'un équilibre rarement entendu -si important dans ce répertoire- entre un engagement sans réserve et une forme d'abnégation. Belle voix, diction claire et expressive, technique infaillible. Hasselhorn conclut l'enregistrement par une belle version des Fünf Lieder où se trouvent à la fois la poésie et la passion. (Martine D. Mergeay)

  • Béla Bartók, Johannes Brahms, Franz Liszt
    Alexandre Kantorow
    BIS

Quatre œuvres de jeunesse qui sonnent presque comme un seul opus ! Deux rhapsodies légendaires -de Brahms et Liszt- encadrent la Deuxième Sonate (en réalité la première) du Brahms âgé de 21 ans, la brillante et rarement jouée Rhapsodie n° 1 du Bartók de 23 ans, clairement inspiré par Liszt. L'interprétation du jeune pianiste français se distingue par une construction naturelle et organique, où la musique résonne comme une épopée et où la virtuosité devient pure beauté. (Martine D. Mergeay)

DVD


  • Ambroise Thomas
    Hamlet
    Stéphane Degout, Sabine Devieilhe, Laurent Alvaro, Sylvie Brunet-Grupposo, Les éléments, Orchestre des Champs-Élysées, Louis Langrée
    Naxos

Quel spectacle impressionnant ! Cette production de l'Opéra-Comique de Paris rend tous les honneurs à cette œuvre rarement représentée d'Ambroise Thomas. La direction musicale repose dans les mains très compétentes de l'ancien chef de l'OPRL Louis Langrée et les rôles sont magnifiquement distribués, notamment avec Stéphane Degout dans le rôle d'Hamlet et Sabine Devieilhe en Ophélia. Tout le monde mérite ici un compliment pour la diction impeccable, le phrasé parfait et la musicalité, ainsi que pour le jeu convaincant. La mise en scène de Cyril Teste est extrêmement captivante. Le metteur en scène fait preuve d'une modernité réfléchie et bien pesée et réussit à combiner parfaitement la musique, le théâtre et le cinéma. Le spectacle scénique utilisant des vidéos -le théâtre dans le théâtre- est rendu de manière parfaite sur ce DVD, ce qui est plutôt rare. (Hans Reul)

  • Arnold Schoenberg, Anton Webern, Alexander von Zemlinsky
    The Mathilde album
    Quatuor Arod
    Elsa Dreisig
    Erato

En réalité, peu importe si nous devons vraiment l'existence de ces deux magnifiques quatuors à Mathilde, sœur de Zemlinsky et épouse de Schönberg (qui fut à son tour le professeur de Webern, dont le Langsamer Satz ouvre le programme). Le Quatuor Arod se distingue par des interprétations de premier plan. Il sait toujours trouver le ton juste, aussi bien dans le Romantisme tardif poussé à l'extrême d'un Schönberg qui s'aventure sur la voie de l'atonalité (avec une magnifique contribution du soprano Elsa Dreisig) que dans la longue et luxuriante œuvre de Zemlinsky, beau-frère et professeur de Schönberg. (Patrice Lieberman)

  • Gérard Grisey, Joseph Haydn, Luigi Nono
    La Passione
    Barbara Hannigan
    Ludwig Orchestra
    Alpha

L'art de Barbara Hannigan est fermement ancré dans notre époque et confère à chaque œuvre sur laquelle elle se penche des accents actuels. Elle sort Haydn de l'oubli et -contrairement à tant d'interprètes- le rend à nouveau moderne. Ainsi, des liens sont établis entre les contrastes violents des symphonies 'Sturm und Drang', les manifestes acérés de Luigi Nono et l'émotion brute d'un Gérard Grisey. Sous la direction de la cheffe de chœur et soprano canadienne, le Ludwig Orchestra (qui fête cette année son dixième anniversaire) donne à la symphonie 'La Passione' Hob I:49 de Haydn, au Djamila Boupacha de Nono et aux Quatre chants pour franchir le seuil de Grisey une passion rarement vue. (Olivier Vrins)

PRIX SNEPVANGERSPRIJS
Pour une excellente production belge


  • Bernard Foccroulle
    E vidi quattro stelle
    InAlto
    Fuga Libera

Pour cette commande de Bozar et Ars Musica à l'occasion de la mise en service de l'orgue désormais si endommagé de la salle bruxelloise, le compositeur a puisé son inspiration pour cette œuvre sans doute inhabituelle (oratorio ? cantate ?) dans le Purgatoire de Dante dont il a soigneusement choisi les textes chantés. L'œuvre séduit par une écriture raffinée, épurée et intemporelle qui regarde aussi bien vers le présent que vers le passé (notamment par l'utilisation d'instruments authentiques) et qui suscite chez l'auditeur une émotion réelle mais retenue. Bernard Foccroulle y démontre ses talents d'alchimiste sonore. (Patrice Lieberman)

PRIX SPÉCIAL DU JURY


  • André De Groote
    Ludwig van Beethoven
    Intégrale
    des Sonates pour piano Et'cetera

Pour clore l'année Beethoven en beauté, il ne pouvait y avoir de plus beau lien entre deux histoires de vie que la réédition de cette intégrale des sonates par notre compatriote André De Groote (qui d'ailleurs a pu célébrer son 80e anniversaire en 2020). Cette version est déjà parue en 2000 chez la maison de disques Naxos. Il s'agit d'enregistrements réalisés entre 1995 et 1998 au Conservatoire de Bruxelles et auxquels a précédé une autre intégrale, lorsque André De Groote a donné ces sonates en 1993 dans un lieu mythique - la Beethoven-Haus de Bonn. Nous entendons ici la relation riche, authentique et cultivée qui existe entre le compositeur et l'interprète, et qui se traduit dans une maîtrise exceptionnelle et naturelle. Une belle occasion de redécouvrir l'un des grands pianistes du 20e siècle. (Martine D. Mergeay)

PRIX ALBERT DE SUTTER / ENREGISTREMENT HISTORIQUE


  • Masters of the German Baroque
    Ricercar

La maison de disques Ricercar célèbre son quarantième anniversaire avec une publication extraordinaire. Depuis 1980, Jérôme Lejeune s'efforce de découvrir et redécouvrir du répertoire. Aux débuts de Ricercar, il a également publié des enregistrements consacrés à la musique contemporaine, mais sa curiosité et surtout son amour de la Musique ancienne ont pris le dessus. C'est particulièrement la musique baroque allemande qui l'a fasciné, ce qui l'a poussé à rechercher des œuvres injustement oubliées ou à enregistrer des chefs-d'œuvre connus dans des interprétations nouvelles et exemplaires. Masters of the German Baroque comprend 31 disques, soit 40 heures de musique. Nous entendons bien sûr les musiciens qui ont marqué l'aventure Ricercar, à commencer par Max van Egmond et le fidèle ami Bernard Foccroulle jusqu'à Vox Luminis. Un recueil extrêmement méritoire et un prix spécial bien mérité pour le travail remarquable de l'éditeur. (Hans Reul)

PRIX DU JEUNE MUSICIEN DE L'ANNÉE

Le Prix du Jeune Musicien de l'Année est attribué alternativement à un musicien néerlandophone et à un musicien francophone ou germanophone.

Beniamino Paganini

Traverso, clavecin, directeur artistique Ensemble Musica Gloria

Jeune Musicien de l'Année 2020 - Beniamino Paganini (par Roger Creyf)

Lauréat de l'Association de la Presse Musicale Belge

Il n'a pas été facile pour l'Association de la Presse Musicale Belge d'attribuer les Prix Cécilia pour l'année de pandémie 2020. Cela s'est fait, comme beaucoup d'autres choses, via des sessions Zoom et beaucoup de correspondances électroniques.

Sur la base d'une sélection annuelle effectuée par les membres, suivie d'une décision finale d'un jury, les Cécilia sont attribuées aux meilleures enregistrements de CD. Et il y a aussi chaque fois un prix attribué à un « Jeune Musicien de l'Année », alternativement pour un musicien de la Communauté néerlandophone et de la Communauté francophone. En raison du coronavirus, la remise officielle ne peut avoir lieu qu'en automne.

Pour 2020, c'est Beniamino Paganini, 26 ans, qui a été choisi. Il est directeur artistique de l'ensemble Musica Gloria et avant tout joueur de traverso et claveciniste. Les autres candidats étaient la hautboïste Nele Vertommen (qui joue d'ailleurs aussi à Musica Gloria) et les sopranes Annelies Van Gramberen et Deborah Cachet.

Lorsque je suivais l'histoire de la musique au Conservatoire de Bruges chez le violoncelliste Arne Deforce, un jeune garçon très vif venait régulièrement écouter. Pendant ces cours, l'enseignant posait souvent des questions au groupe et avant que quiconque parmi ces étudiants adultes ne puisse réagir, les remarques pertinentes et les réponses spirituelles venaient généralement de ce jeune adolescent : il n'avait alors que 15 ans.

Un jour après le cours, il distribua des invitations pour un concert de Noël qu'il organisait avec ses jeunes amis dans une petite église dans les environs de Bruges. Un talent aussi juvénile doit être apporté au Journal, pensait le journaliste de télévision en moi. Malheureusement, cela n'a pas été possible parce qu'il y a eu une si forte chute de neige le jour de ce concert de Noël que les équipes de caméra ont dû être dépêchées ailleurs. Une occasion manquée ? Mais non, le talent se manifeste toujours, même sans les médias.

Notre Jeune Musicien de l'Année a maintenant 26 ans et a absolument tenu à suivre la théorie musicale dès la première année d'études. Et à l'âge de 12 ans, il organisait déjà avec des amis musiciens des « concerts de Noël de style baroque », déjà sous le nom Musica Gloria, l'ensemble dont il dirige maintenant la direction artistique. La musique baroque était son amour dès le départ. D'où aussi le choix de la sonorité chaude du traverso mais il joue également le clavecin avec une égale maîtrise. Il a obtenu ses diplômes de maîtrise en Traverso (2016), Clavecin (2017), Maestro al Cembalo (2019) et diplôme de licence en Musicologie (2018), tous avec grand honneur. Et il se produit aussi régulièrement (concerts et enregistrements) avec d'autres ensembles comme Il Gardellino (Jan De Winne et Marcel Ponseele), Scherzi Musicali (Nicolas Achten), B'Rock et La Petite Bande (Sigiswald Kuijken). Et nous avons aussi pu le voir en action sur la « chaîne de télévision corona » Podium 19 et l'entendre dans De Twintigers de Klara. Le « Jeune Musicien » primé reçoit un concert cadeau à Bozar le 3 octobre 2021, dans la série « Rising Stars ».


COMPOSITION DU JURY

Roger Creyf, Klassiek Centraal
Patrice Lieberman, Président de l'Association de la Presse Musicale Belge, Crescendo
Martine D. Mergeay, La Libre Belgique, Musiq3
Stephan Moens, De Morgen
Hans Reul, BRF
Olivier Vrins, Crescendo

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