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Classique Central

Exposé partie 1 : « Je m'appelle Brodeck... »

L'opéra mémorable Brodeck commence et se termine par la déclaration « Mon nom est Brodeck… et je n'y suis pour rien. » Les paroles du livret, basées sur le roman Le rapport de Brodeck de l'écrivain français Philippe Claudel, décrivent parfaitement l'atmosphère qui traverserait tout l'opéra. N'attendez pas une exposition littérale de cette production de l'Opera Ballet Vlaanderen (OBV), sous la direction de la chef d'orchestre Marit Strindlund et en collaboration avec le metteur en scène Fabrice Murgia. « Montrer, ne pas dire » est l'essence de ce que vous verrez. Il y a trop peu de mots pour décrire ce que Brodeck apporte à lui seul. Cependant, une tentative vaudra certainement la peine.

Cette création mondiale a été interprétée par un cast magnifique composé du baryton Damien Pass (Brodeck), de la soprano Elisa Soster (Emélia), de l'alto Helena Rasker (Fédorine), du ténor Thomas Blondelle (Göbbler/Peiper), du baryton Kris Belligh (Schloss), du baryton-basse Werner van Mechelen (Orschwir) et de la basse Tijl Faveyts (Büller/Ulli). En contraste avec cette puissance vocale, nous trouvons l'acteur de théâtre Josse De Pauw dans le rôle central de l'histoire : l'Autre (assassiné).

L'introduction enfin terminée, commençons.

Claudel en Brodeck scène

L'opéra Brodeck est une fusion entre l'histoire de Philippe Claudel et le roman graphique de Manu Larcenet. Le premier a fourni le contenu, et le second s'avérait être la motivation finale nécessaire – en termes de visualisation – pour le compositeur. Ce que nous avons obtenu était une confrontation impitoyable et continue avec la nature humaine : complexe, régulièrement dévastatrice, et remplie de peurs et d'agressions (il)légitimes. Ce n'est pas une histoire, mais plutôt une introduction à la psychologie humaine (mise en musique). L'OBV tire également la ligne de l'histoire vers la réalité avec la description « Brodeck soulève en effet des questions qui dominent l'actualité aujourd'hui : sur la culpabilité et la responsabilité, la mémoire collective, la xénophobie et l'oppression. »*

En particulier, le principe de la mémoire collective, dans ce drame lyrique, est particulièrement intéressant. Alors que la plupart des opéras varient entre des quêtes intérieures individuelles – par exemple celle de Wim Hendrick La Convertie (2022) – et des jeux d'ensemble complets (le célèbre Falstaff de Verdi, 1893), Janssens arrive comme un collectif. Une bonne description en est le principe de la ruche – un essaim d'abeilles surexcitées qui s'en prend à tout outsider. Vont-elles s'en prendre à l'Étranger ? Ou à Brodeck ? Tout le monde peut-il en être victime ? La réponse se trouve dans notre propre passé, et voilà que cela suscite aussi un conflit chez nous, en tant que spectateurs. (Sur)vivre Pour ne pas se perdre dans le mécanisme de survie causé par le conflit et la guerre, je veux simplement dire : l'homme est un animal grégaire, et ce troupeau ira loin pour se protéger. Pendant tout l'opéra, tu ressens aussi la limite de l'acceptation du personnage principal par son « village », ou son rejet. L'Étranger est, c'est vrai, un miroir pour tout le monde présent. Tout le monde est victime, en un sens, mais il y a certainement aussi beaucoup de bourreaux. Brodeck L'Étranger est assassiné. Brodeck – lui-même un étranger – doit en rendre compte dans un rapport. Les étrangers apportent avec eux un miroir imaginaire dans lequel les villageois – et peut-être même le public – ne veulent vraiment pas se regarder. Pour une lutte psychologique avec soi-même, le collectif et le passé, je recommande vivement de lire Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel (je vais d'ailleurs le faire maintenant). Mais ce qui nous intéresse ici, c'est l'interprétation de Daan Janssens. Car le contenu doit finalement être transposé en musique : comment sonne l'histoire – enfin traduite de la parole écrite (Claudel) et du médium visuel (Larcenet) – selon le processus créatif du compositeur ? Je veux, pour conclure cette première exposition, souligner que le passage à différents médias apporte toujours une nouvelle traduction. On perd des choses – des suggestions, des idées et même des mots – mais on en gagne aussi. Pour un auteur vivant et enthousiaste comme Claudel, confier son œuvre à la traduction c'est presque littéralement dire : « une fois l'œuvre traduite, c'est en fait l'œuvre du nouvel « auteur » (Janssens) ».

Pour donner un avant-goût de la deuxième partie : selon le compositeur, l'opéra s'est terminé comme une « traduction wagnérienne ». En d'autres termes : suspense, émotion cinématographique et leitmotifs. Ces principes ont, finalement, été réalisés – nous en parlerons davantage dans l'Exposé 2

* Cité de l'OBV, Dossier de presse Brodeck OBV

** Paraphrasé de Philippe Claudel, Conférence de presse Brodeck – OBV

*** Paraphrasé de Daan Janssens, de Daan Janssens (2023). Daan Janssens (compositeur et librettiste) Marit Strindlund (chef d'orchestre), Fabrice Murgia (metteur en scène et librettiste), Philippe Claudel (auteur), Susan De Ceuster/Gay Huygen (enfant acteur), Jose De Pauw (acteur), Jean-Pierre Baudson (acteur voix), Damien Pass, Elisa Soster, Helena Rasker, Thomas Blondelle, Kris Belligh, Werner van Mechelen, Tijl Faveyts, Orchestre symphonique Opera Ballet Vlaanderen, Chœur Opera Ballet Vlaanderen, Chœur d'enfants Opera Ballet Vlaanderen. Opera Ballet Vlaanderen, Anvers.

Pour conclure cette première exposition, je dois souligner que le passage à différents médias entraîne toujours une nouvelle traduction. Des choses se perdent – des suggestions, des idées, et même des mots – mais d'autres arrivent toujours. Pour un auteur vivant et enthousiaste comme Claudel, confier son œuvre à la traduction, c'est presque littéralement : « une fois l'œuvre traduite, c'est en fait l'œuvre du nouvel « auteur » » (Janssens)."

Pour donner un avant-goût de la deuxième partie : selon le compositeur, Brodeck achevée en tant que « traduction wagnérienne ». *** En d'autres termes : tension, émotion cinématographique et leitmotivs. Ces principes ont, finalement, été réalisés – plus de détails à ce sujet dans Exposé 2.

* Cité de OBV, Pressier Brodeck OBV, 2024.
** Paraphrasé de Philippe Claudel, Conférence de presse Brodeck – OBV, 09/02/2024.
*** Paraphrasé de Daan Janssens, Conférence de presse Brodeck – OBV, 09/02/2024.

: Brodeck de Daan Janssens (2023).

QUI : Mireille Capelle ; La Monnaie ; Festival Passages V organisé par Goeyvaerts Strijktrio et CC Sint-NiklaasAvec : Daan Janssens (compositeur et librettiste) Marit Strindlund (cheffe d'orchestre), Fabrice Murgia (metteur en scène et librettiste), Philippe Claudel (auteur), Susan De Ceuster/Gay Huygen (jeune actrice), Jose De Pauw (acteur), Jean-Pierre Baudson (acteur vocal), Damien Pass, Elisa Soster, Helena Rasker, Thomas Blondelle, Kris Belligh, Werner van Mechelen, Tijl Faveyts, Orchestre Symphonique d'Opéra Ballet Flandre, Chœur d'Opéra Ballet Flandre, Chœur d'enfants d'Opéra Ballet Flandre.

Avec : Opéra Ballet Vlaanderen, Anvers.

QUAND: 9 février 2024 au 20 février 2024 (OBV Anvers) et 29 février 2024 au 3 mars 2024 (OBV Gand); consulté le 9 février 2024.

Détails :

Titre :

  • Exposé partie 1 : « Je m'appelle Brodeck... »
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