Chaque année, les prix Caecilia sont décernés pour les CD et DVD parus l'année précédente.
Lors de l'Assemblée générale extraordinaire du 3 novembre 1974, l'Union de la Presse Musicale Belge a décidé de décerner chaque année plusieurs prix aux meilleures enregistrements musicaux, indépendamment du support musical ou des chiffres de vente sur le marché belge de l'année écoulée.
La remise des prix Caecilia a eu lieu le 25/03/2022 au Flagey à Bruxelles. Le programme a été ouvert par une performance du Duo Goggles, Wim Pelgrims & Esther-Elisabeth Rispens, les gagnants du concours Supernova auquel nous avons déjà participéinterviewvous le lirez dans cet article.
Le jury choisit également un Jeune musicien de l'année, cette fois c'est Sarah Defrise, vous en lirez plus sur Sarah dans cet article.

Josquin Desprez
Desprez : Josquin le mort-vivant
Josquin Desprez connut le même destin que Rembrandt. À sa mort, il était si célèbre que, comme l'écrivit un contemporain, « maintenant qu'il est mort, il produit plus d'œuvres qu'il n'en fit de son vivant ». Rien de tel que d'attribuer une messe, un mottet ou une chanson à Josquin pour assurer son succès. C'est précisément cette incertitude qui pousse Björn Schmelzer et son ensemble Graindelavoix à explorer leur contribution à l'année Josquin 2021. Dans l'édition que l'Anversois Tielman Susato prépara vingt-cinq ans après la mort du maître, ils fouillent les dernières œuvres du « maître des notes » (Luther), composées après sa brillante carrière. Leur approche résolument « anti-historiciste », qui « reflète les profondes contradictions de l'époque d'où émane ce répertoire », les transforme en méditations éthérées. Une musique d'un homme presque mort pour les défunts d'alors et les vivants d'aujourd'hui. (Stephan Moens)
Rameau : Achante et Céphise
Bien queAchante et Céphisene puisse être compté parmi les plus grandes œuvres, c'est l'œuvre d'un géant musical. Jusqu'à présent, il n'existait aucun enregistrement intégral de cette pastorale qui offre pourtant plus d'invention et de théâtre – comme dans l'intensité incroyable de certains passages du Troisième acte – que ce que l'on trouve dans nombre d'opéras de petits maîtres qu'on a vainement sortis des limbes de l'histoire musicale. N'importe quel enregistrement mériterait nos remerciements, mais cette interprétation rend tous les honneurs à la partition. Sous la direction aussi élégante que raffinée d'Alexis Kossenko, Les Ambassadeurs-La Grande Écurie font revivre le somptueux orchestre de l'Opéra de Paris tel qu'on pouvait l'entendre dans les années 1750, bénéficiant d'une distribution appropriée qui articule le texte avec clarté et sensibilité rhétorique. (Bernard Schreuders)
Jean-Philippe Rameau
Carl Philipp Emanuel Bach
Bach, C. Ph. E. : Au-delà des limites
Quelle chance que Gottfried van Swieten n'ait pas seulement recommandé le vieux Bach (Jean-Sébastien) à Mozart et Haydn, mais ait aussi demandé à son fils Carl Philipp Emanuel de lui écrire quelques symphonies. Chez van Swieten, tous les compositeurs le savaient, on pouvait se lâcher. Techniquement difficile, harmoniquement audacieux, formellement novateur : tout était permis. Les premiers critiques ont d'ailleurs été impressionnés par le « flux d'idées originel et audacieux et la grande diversité et nouveauté dans les formes et les modulations ». Il existe déjà de nombreux enregistrements de ces symphonies à cordes, mais celui d'Amandine Beyer et de son ensemble Gli Incogniti capture peut-être mieux que quiconque les contrastes piquants de tempo et de dynamique ainsi que l'imprévisibilité capricieuse de cette musique. Mendelssohn n'est pas loin. (Stephan Moens)
El Nour
Les tentatives de réunir l'Orient et l'Occident dans la musique sont certes nombreuses mais rarement réussies. Bien que cela reste vrai, la façon apparemment sans effort avec laquelle la chanteuse égyptienne Fatma Said et ses musiciens – de tous horizons – abordent ce répertoire avec virtuosité et naturel surpasse de loin tout ce qui existe dans la discographie jusqu'à présent. Combinez Schwarzkopf avec Oum Kalsoum avec un soupçon supplémentaire d'éclat à la Jodie Devos (pour prendre un exemple). Ajoutez-y une tessiture de deux octaves et demie, plus une élégance et une sensualité irrésistibles. (Martine D. Mergeay)
Abd al-Rahîm, Hector Berlioz, Georges Bizet, Fernando Obradors, Maurice Ravel, etc.
Franz Liszt
Liszt
Il existe certes des versions plus démoniaques ou philosophiques de la Sonate de Liszt, mais cet enregistrement de Benjamin Grosvenor témoigne d'une intelligence et d'une finesse rarement entendues. Une technique phénoménale et une clarté intellectuelle assurent une interprétation exceptionnelle d'une œuvre enregistrée tant de fois. La Berceuse, rarement jouée, les Trois Sonnets de Pétrarque et l'arrangement de l'Ave Maria de Schubert par Liszt sont rendus avec une poésie et une finesse authentiques. Grosvenor brille dans les Réminiscences de Norma et déploie une virtuosité stupéfiante dans cette partition d'une difficulté vertigineuse. (Patrice Lieberman)
Lassen : Lieder – Mélodies
Cette publication inattendue offre une double découverte, celle d'un compositeur belge injustement oublié et celle d'œuvres d'un niveau surprenant. Édouard Lassen (1830-1904) est né à Copenhague, mais sa famille s'est installée à Bruxelles dès 1833. Lassen a étudié le piano et la composition au Conservatoire de Bruxelles. Liszt l'a pris sous son aile et l'a aidé à obtenir un poste de chef d'orchestre à Weimar, où il a joui d'un grand prestige en tant que Kapellmeister pendant près de 40 ans. Cela ne l'a pas empêché de continuer à composer, ses plus de 260 mélodies jouissant d'une grande popularité. Reinoud Van Mechelen et Anthony Romaniuk nous proposent une belle sélection de cette œuvre imposante. Nous découvrons ainsi un compositeur fin et sensible, un artiste doté d'un don mélodique affirmé dans la lignée de Schumann et Mendelssohn. (Patrice Lieberman)
Édouard Lassen
Sergei Liapounov
Liapounov : 12 Études d'exécution transcendante
Parfois, le bonheur de la découverte réside dans la reconnaissance : tout est nouveau, mais en réalité cela existait déjà et s'accompagnait du plus vif bonheur longtemps disparu. C'est ainsi que se présente le monde de Sergei Liapounov (1859-1924), un univers où la virtuosité excessive se transforme en pure poésie, rêve ou épopée. Le pianiste belge Florian Noack s'en tire avec une technique stupéfiante, et sait aussi séduire par un jeu naturel et désinvolte plein de lumière et de couleur. (Martine D. Mergeay)
Ives : Symphonies complètes
Écouter successivement les quatre symphonies d'Ives, c'est suivre un cours accéléré sur l'évolution de la musique américaine. La Première – écrite pour son examen de fin d'études en composition à Yale – subit encore fortement l'influence de Dvořák et Brahms. Il en va de même pour la Deuxième, bien qu'Ives s'y éloigne déjà de ses modèles européens dans une tentative de trouver un langage musical américain propre. Après la Troisième, au caractère intime et serein, vient l'extraordinaire Quatrième – certainement la plus grande symphonie américaine jamais écrite. La grandeur et la profondeur de l'œuvre se cachent souvent derrière une atmosphère singulière d'anarchie joyeuse. Gustavo Dudamel dirige le très bon Los Angeles Philharmonic d'une main ferme. (Patrice Lieberman)
Charles Ives
DVD : Erich Wolfgang Korngold
Korngold : La Ville morte
L'opéra de Korngold La Ville morte s'est enfin libéré du reproche de « sonner comme de la musique de film ». Chez nous, cela a été définitivement prouvé lors de sa représentation à la Monnaie, en pleine pandémie de Covid19. Le double rôle principal, Marie/Marietta, était tenu par Marlis Petersen : un casting idéal (elle est aussi impressionnante en Lulu ou en Salomé). À Munich, elle était face au ténor vedette du moment, Jonas Kaufmann, qui s'est révélé être un acteur engagé dans la mise en scène hyperréaliste de Simon Stone, certes un peu datée mais toujours convaincante. Mais peut-être l'élément le plus fort était l'interprétation musicale de Kirill Petrenko. Pas de musique de film, mais une sonorité « viennoise » à la fois luxueuse et cristalline, scintillante et moderniste qui évoquait davantage Mahler ou le jeune Berg que Puccini. Korngold comme le Klimt de la musique ? (Stephan Moens)
Et l'Amour dit…
Jodie Devos quitte Offenbach pour explorer avec Mélodies anglaises un nouvel univers musical. La soprano belge connaît bien cet univers poétique depuis ses études à Londres et choisit ici une large palette de compositeurs de tout horizon. Deux monoramas de Patrick Leterme – dédiés à la chanteuse et amie – complètent le programme. En étroite collaboration avec le pianiste Nicolas Kruger, Jodie Devos montre ici tant de l'imagination qu'une technique impeccable dans une succession brillante de chefs-d'œuvre de Benjamin Britten à Freddie Mercury. (Martine D. Mergeay)
DVD : Patrick Leterme, Ralph Vaughan Williams, William Walton, Freddie Mercury, etc.
Édouard Lassen
Lassen : Lieder – Mélodies
Cette publication inattendue offre une double découverte, celle d'un compositeur belge injustement oublié et celle d'œuvres d'un niveau surprenant. Édouard Lassen (1830-1904) est né à Copenhague, mais sa famille s'est installée à Bruxelles dès 1833. Lassen a étudié le piano et la composition au Conservatoire de Bruxelles. Liszt l'a pris sous son aile et l'a aidé à obtenir un poste de chef d'orchestre à Weimar, où il a joui d'un grand prestige en tant que Kapellmeister pendant près de 40 ans. Cela ne l'a pas empêché de continuer à composer, ses plus de 260 mélodies jouissant d'une grande popularité. Reinoud Van Mechelen et Anthony Romaniuk nous proposent une belle sélection de cette œuvre imposante. Nous découvrons ainsi un compositeur fin et sensible, un artiste doté d'un don mélodique affirmé dans la lignée de Schumann et Mendelssohn. (Patrice Lieberman)
Poot : Symphonies n° 1-7
Le souvenir qu'on garde de Marcel Poot (1901-1988) est celui d'un homme qui, pendant plus d'un demi-siècle, a été un véritable pilier de la vie musicale belge, notamment comme directeur du Conservatoire de Bruxelles et comme président du jury de longue date du Concours Reine Élisabeth. En tant que compositeur, Poot a malheureusement sombré dans l'oubli et nous pouvons certainement remercier Naxos pour cette réédition intégrale de ses symphonies. Les deux premières sont l'œuvre d'un jeune artiste enjoué et enthousiaste, tandis que les trois dernières nous montrent un musicien qui maîtrise parfaitement son art et qui parfois semble un peu académique. Les troisième et quatrième symphonies témoignent d'une remarquable profondeur et sobriété. Les excellentes interprétations sont assurées par différents orchestres et chefs d'orchestre. (Patrice Lieberman)
Marcel Poot