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Critiques

Maître du vérisme !

J
· 4 min de lecture
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Maître du vérisme !

Sous la direction du chef d'orchestre David Giménez Carreras, le Belgian National Orchestra, accompagné de Roberto Alagna (ténor) et Aleksandra Kurzak (soprano) donnent vie au romantisme du dix-neuvième siècle. Donnez à ces deux vocalistes de haut niveau l'accompagnement d'un orchestre comme le Belgian National Orchestra, et un répertoire riche de perles d'opéra du milieu au tard dix-neuvième siècle, et le résultat est une exécution stupéfiante et dramatique. Avec des compositeurs comme Guiseppe Verdi, Giacomo Puccini, Jules Massenet et Pietro Mascagni, la promesse était déjà grande.

De Verdi au vérisme


Ce qui rend l'opéra vériste éloquent, c'est comment il aspire à la beauté dans le vrai son, et non seulement à de belles lignes de chant. Les paroles lancées et les gémissements tourmentés ne sont pas dans cette musique un signe d'une mauvaise technique, mais plutôt une expression dynamique exagérée. Se rapprocher de la réalité, la faire sonner plus authentique, rapproche le répertoire vériste de ce qui est réellement dit. Depuis des siècles, les couples amoureux chantent alternativement la douleur et la passion, mais où un Rossini sonne comme une bonne comédie romantique légère, le répertoire italien ultérieur apporte du pur drame. Les histoires sont plus tourmentées, remplies de personnages brisés dans des scènes réalistes. Cavalleria Rusticana (1889) de Mascagni se déroule le dimanche de Pâques dans un petit village en Sicile, Tosca (1900) de Puccini est une diva italienne dévote qui regarde l'abîme de son âme et de son amour, et Nabucco (1841) de Verdi raconte l'histoire du désir et de la liberté. Ce dernier opéra s'est déroulé en parallèle avec les développements politiques en Italie au dix-neuvième siècle. "V.I.V.A Verdi!" était un synonyme du compositeur, mais aussi de l'unification de l'Italie. Des désirs indicibles, comme la luxure et la liberté politique, sont devenus une partie fixe du répertoire de l'opéra vériste.


"Vieni la sera"


Le programme de la soirée est une sélection d'arias et de duos d'opéra, alternés avec des passages instrumentaux. La construction est judicieusement choisie et équilibrée, les duos encadrent le cadre de la soirée, avec une alternance de pièces instrumentales et solos. Dans une exécution concertante, assembler un répertoire comme celui-ci revient à marcher sur une corde raide : tout doit être en équilibre pour tenir le public en extase. Avec cela, le Belgian National Orchestra, Alagna et Kurzak ont déjà franchi une première bonne étape.

En commençant par "Vieni la sera" du Madama Butterfly (1904) de Puccini, Alagna et Kurzak apportent directement de l'intimité dans l'espace. Pas un showstopper bien connu comme ouverture, mais un duo intime – pour le coucher du soleil – entre la geisha Cho-Cho-San (Butterfly) et le lieutenant Pinkerton. Sur la chimie entre Alagna et Kurzak, il est possible d'écrire des livres, tant elle est prononcée. Il n'y a, à mon humble avis, rien de plus beau à voir que deux chanteurs d'opéra avec une telle connexion. Une bonne exécution de répertoire d'opéra est la somme des voix entraînées et d'un langage physique mutuel. L'un sans l'autre crée un beau spectacle, mais cela s'arrête là. Au cours de cette soirée, il n'y a pas eu un seul moment où le public n'était pas impliqué, presque aspiré dans le jeu entre la musique, Kurzak et Alagna.

Les voix elles-mêmes, indépendamment de l'allure de star du couple d'opéra, étaient aussi en harmonie avec le répertoire. À la promesse de l'opéra vériste, mon oreille attend aussi d'entendre exactement cela : une émotion brute, une alternance entre une belle ligne et un son brut, des ruptures dynamiques et des éclats inattendus. Le vérisme est tellement éloigné du Bel Canto dans l'intention que le pur chant beau de ce répertoire est un péché grave tout court. Le seul péché qu'Alagna et Kurzak ont commis est qu'ils n'ont pas apporté plus de duos ensemble, car le public aurait pu écouter les deux éternellement. Les deux ont apporté le vérisme nécessaire à l'histoire, avec le fort drame vocal d'Alagna dans le duo "È dessa!" du Don Carlos (1867) de Verdi, et une Kurzak presque amère et brillante dans "Tu qui, Santuzza?" de Cavalleria Rusticana de Mascagni. Les passages instrumentaux aussi, bien qu'en minorité modeste, étaient un modèle de la tempête dramatique du dix-neuvième siècle. Il n'y a rien d'aussi important que la dynamique, la couleur sonore et l'interprétation, et cela était abondant dans l'exécution du Belgian National Orchestra.

Au cours de cette soirée, le Belgian National Orchestra, Alagna et Kurzak ont tenu leur promesse de dramatique romantique, c'est certain. C'était un bel équilibre entre un répertoire bien choisi, un orchestre de premier plan et des exécutants de star. Le vérisme, en tant qu'art, doit pouvoir parler, et il l'a certainement fait lors de ce concert !

QUOI : Alagna, Kurzak & Belgian National Orchestra

QUI : Belgian National Orchestra, Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak.

QUAND : 10 février 2022.

PHOTOS : © Belgian National Orchestra, © Bozar.


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