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Critiques

Festival van Vlaanderen Gent en coproduction avec Opera Ballet Vlaanderen : « Ein deutsches Requiem »

V
· 4 min de lecture
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Festival van Vlaanderen Gent en coproduction avec Opera Ballet Vlaanderen : « Ein deutsches Requiem »

Sur la place devant l'Opéra se rassemble une foule de personnes avec des drapeaux ukrainiens drapés autour des épaules. Des chansons évocatrices de leur pays résonnent. Elles demandent le soutien pour leur pays submergé. Déjà 100.000 personnes, civils et soldats, ont perdu la vie dans cette guerre absurde. Le monde en dehors du bâtiment de l'opéra entretient des liens forts avec la musique. Brahms a composé Ein deutsches Requiem pour ceux qui doivent continuer sans leurs bien-aimés, leur soutien et leur réconfort : mères, pères, épouses, enfants…

Unicité

Ce requiem n'est pas une musique de deuil ou une lamentation, c'est avant tout une musique apaisante, réconfortante et consolatrice pour celui qui reste dans un moment d'union. Brahms a commencé l'œuvre au début de sa vie lorsqu'il avait 28 ans. Le déclencheur possible était la mort tragique de son bon ami Robert Schumann. Il a laissé la composition inachevée dans son tiroir pendant plusieurs années. Ce n'est que lorsque sa mère décéda quelques années plus tard qu'il l'a terminée. Par cette perte, la musique est profondément ressentie. Brahms avait ses raisons d'écrire son Ein deutsches Requiem sur un texte allemand et non dans la langue latine originale. Il voulait surtout s'adresser aux survivants. C'est un hymne de consolation. Chez lui, pas d'enfer ni de damnation, pas de perspectives apocalyptiques menaçantes, mais de l'encouragement pour les endeuillés fondé sur une confiance réconfortante en l'amour inconditionnel de Dieu et une réconciliation avec la mort. En fait, Brahms aurait voulu appeler l'œuvre « Un requiem humain ». Parce qu'il pouvait choisir lui-même les textes, il avait toute latitude pour mettre en place une structure ingénieuse avec de grands arcs dramatiques. Il crée la cohérence musicale notamment par un usage ingénieux du matériel motivique récurrent.

Brahms en appelle avec son requiem à un sentiment religieux universel. Il cultive un esprit de douceur, de tendresse et d'amour qui est assez rare dans l'histoire des requiems. Quiconque est sensible aux nuances sonores subtiles et à la beauté mystérieuse y trouvera amplement son compte.

© Filip Van Roe
© Filip Van Roe

Structure

Ein deutsches Requiem comprend sept parties pour chœur mixte et orchestre. Un soliste baryton intervient dans les parties 3 et 6 chantées, ici chanté par l'Autrichien Wolfgang Stefan Schwaiger, la partie solo de la partie 5 est assurée par la soprano néerlandaise Lenneke Ruiten.

La partie d'ouverture débute de manière sonore avec les cordes : altos, violoncelle, contrebasse, « Selig sind, die da Leid tragen ». Presque priant, le Chœur de l'Opéra entre en scène. Le chef d'orchestre Alejo Pérez donne à la sonorité orchestrale hauteur et profondeur. Dans la partie 2, une marche funèbre qui connaît aussi des éclaircies, l'ensemble de l'orchestre se déploie. Le chef sait doser magnifiquement la puissance stylistique : la valeur tonale et émotionnelle. Le baryton Wolfgang Stefan Schwaiger se lance résolument dans la partie 3, « Herr lehre doch mich ». Il s'adresse à Dieu avec assurance : « Fais-moi savoir combien je suis périssable ». Dans la partie 6, « Denn wir haben hie keine bleibende Statt », il a aussi des passages plus doux à chanter. Ils correspondent au secret qu'il révèle : l'homme peut vaincre la mort. Le chœur chante alors de manière provocante : « Mort, où est ton aiguillon ? » dans un ouragan de son et une orchestration impressionnante.

[caption id="attachment_38618" align="alignleft" width="200"] © Thomas Janssen[/caption]

Très beau et émouvant est la partie 5 dans laquelle un beau passage est réservé à la soprano Lenneke Ruiten, une belle apparition avec une voix impressionnante : une chanson comme exorcisme de la douleur et de la tristesse. Un cœur à l'ouvrage pour ceux qui restent seuls. Ce n'est qu'à la fin que le chœur la rejoint dans un murmure.

La 7ème partie est à plusieurs égards la conclusion du requiem dans son ensemble. Brahms revient à la tonalité d'ouverture et reprend le matériel motivique.

C'est une œuvre de consolation et c'est aussi ce que cette magnifique et transparente interprétation offre. Brahms laisse l'espoir primer dans un contexte triste. Les chanteurs et les instrumentalistes se complètent parfaitement dans cette grande œuvre pleine de pathos, de lyrisme intime et de sérénité pleine d'espoir. Un merveilleux choix pour faire briller tout le potentiel du Chœur et de l'Orchestre.

QUOI : Ein Deutsches Requiem - Johannes Brahms (1833 – 1897)
Festival van Vlaanderen Gent en coproduction avec Opera Ballet Vlaanderen

QUI : Lenneke Ruiten [soprano], Wolfgang Stefan Schwaiger [baryton], Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen et Chœur sous la direction d'Alejo Pérez

: Opera Antwerpen

QUAND : dimanche 25 sept.'22 - 15h

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