Pas geleden schreef ik op deze plek over de nouvel enregistrement des Vespro della Beata Vergine de Monteverdi par InAlto. Ce double CD impressionnait par la rigueur avec laquelle Lambert Colson aborde l'œuvre. Il recréait une reconstitution concrète d'une vêpres mariales telle qu'elle aurait résonné à Mantoue vers 1610. Le résultat offrait un regard étonnamment frais sur une œuvre que je croyais pourtant bien connaître.
La question était donc de savoir comment cette vision se traduirait en concert.
Avant le début du concert, Colson a pris lui-même la parole. InAlto se trouvait engagé dans une lutte tenace contre les virus. L'effectif initialement prévu de dix chanteurs devait être adapté : l'alto Gavagnin était absent et n'a pas été remplacé, tandis qu'un ténor a dû être remplacé à la dernière minute. Dans un ensemble de cette envergure, ce ne sont pas des détails. Chaque voix porte une part essentielle de l'édifice musical.
À cela s'ajoutait un second facteur : l'acoustique de la salle de concert du Bijloke. Ce n'était pas la première fois que j'assistais à un concert dans cette salle, et une fois encore j'ai été frappé par la sécheresse de son acoustique. Ce n'est pas une critique, car la clarté du son est impressionnante et, même au fond de la salle, aucun détail ne se perd. Mais pour les musiciens sur scène, c'est un environnement impitoyable. Il y a à peine de réverbération, presque aucun soutien acoustique et pratiquement aucun retour naturel.
Cela a inévitablement des conséquences pour une musique comme celle-ci. Monteverdi a écrit ses Vêpres mariales pour les grands espaces des églises italiennes, où les sons se mêlent, résonnent et acquièrent naturellement une dimension majestueuse. Au Bijloke, on entend tout de manière beaucoup plus directe. Des voix nues, des lignes individuelles et des détails qui, dans un édifice religieux, se fondent souvent dans un ensemble plus vaste.
Dans ces conditions, c'est surtout la qualité de l'ensemble instrumental qui m'a frappé. Les instrumentistes ont formé pendant toute la soirée un fondement particulièrement solide et ont soutenu les chanteurs avec un grand soin et beaucoup de musicalité. Avec un effectif relativement réduit, ils sont parvenus à déployer une palette de couleurs riche et variée. À plusieurs reprises, ils ont joué un rôle essentiel pour porter l'ensemble.
Les chanteurs, de leur côté, ont donné le meilleur d'eux-mêmes, mais les conditions se sont parfois fait sentir. Chez les sopranos, il m'a manqué par moments l'éclat naturel dont certains passages ont besoin pour produire un véritable impact. À d'autres moments, le concert semblait presque à bout de souffle.

Ce qui m'a surtout manqué, c'est un sentiment de grandeur. Pas forcément une grandeur massive, mais une certaine spatialité et une tension. Sur le récent CD, InAlto parvenait à évoquer un univers sonore remarquablement plein. Dans l'acoustique sèche du Bijloke, cela se réalisait de manière moins évidente.
Il reste par ailleurs étonnant de voir comment cet ensemble fonctionne sans chef. Pourtant, pendant cette interprétation, je me suis plus d'une fois demandé si cette musique ne profiterait pas justement d'un chef qui apporte couleur, direction et tension supplémentaire à l'ensemble.
Ne vous méprenez pas : c'était une interprétation soignée et musicalement très solide. La maîtrise de tous les intervenants ne faisait aucun doute. Mais alors que le CD m'avait donné le sentiment de découvrir sous un nouveau jour le chef-d'œuvre de Monteverdi, ce concert est resté pour moi davantage une lecture scrupuleuse de la partition qu'une soirée qui m'a véritablement touché au plus profond.
On quittait la salle avec du respect pour ce que les musiciens avaient accompli dans ces conditions. Mais pas nécessairement avec le sentiment que Monteverdi s'était révélé ce soir-là dans toute sa richesse.
Le lendemain, InAlto devait encore se produire à Versailles. On ne peut qu'espérer que la lutte contre les virus se sera alors quelque peu apaisée.