Avec les divas, nous nous trouvons dans la stratosphère du star-system. Des icônes comme Maria Callas, Marlene Dietrich… ont fait parler d’elles. Les divas évoquent d’un même souffle la classe et la controverse. Les cantatrices d’opéra furent les premières divas admirées par les Italiens pour leur registre aigu. C’est aussi là que le terme fut utilisé pour la première fois pour désigner des célébrités.
Le comportement de diva a en revanche une connotation plutôt négative. Maria Callas était une grande cantatrice et une perfectionniste, mais elle était connue pour ses caprices et ses sautes d’humeur. Une fascination pour le monde extérieur. Le public a besoin d’idoles inaccessibles.
« Cabaret Diva » est construit autour de chansons qui gravitent autour du thème de l’amour. Des sentiments contradictoires s’expriment dans le répertoire choisi, avec une multitude d’émotions : intimiste contre extatique. Lissa Meyvis parvient à émouvoir avec une sensualité rafraîchissante, dans une richesse d’atmosphères et de couleurs. Elle n’a pas besoin de grands gestes ni de vocalises démonstratives : la sobriété peut être tout aussi impressionnante. Son grand amour va à l’opéra. Animée d’un zèle prosélyte, elle tente de faire découvrir à chacun le monde de la musique classique. De nombreux airs célèbres défilent comme des bonbons. Afin de plaire à un large public, ce spectacle est un amalgame d’opéra et de cabaret. Elle est accompagnée par Lester Van Loock au piano, Tom Willems à la guitare, Janos Bruneel à la contrebasse et Peter Ploegaerts à la batterie.
La diva apparaît dans une superbe petite robe noire et ouvre le spectacle avec le morceau d’échauffement du public, « Cabaret », issu du film dramatique musical romantique américain du même nom ; nous sommes en 1972. Vient ensuite le piquant « La diva de l’empire » d’Erik Satie. Une tentative précoce d’un compositeur européen de s’attaquer au jazz américain naissant. « Empire » fait également référence à une célèbre salle de music-hall à Leicester Square, à Londres. Les promenades couvertes étaient des foyers de débauche et de prostitution. Pour les auditeurs parisiens, cela formait un arrière-plan voluptueux pour le texte légèrement licencieux. Interprété avec sensualité et séduction par la diva Meyvis.
Vient ensuite la grande œuvre « Casta Diva » – la chaste déesse – de l’opéra Norma de Bellini, accompagnée sobrement au piano. La grande prêtresse Norma est déchirée entre son amour pour le Romain Pollione et sa fidélité aux druides. Un des grands airs à succès de Maria Callas, aux impressionnantes guirlandes de notes. La voix de Lissa s’élève sans effort, caresse les notes, les tient. Comprendre les mots ne suffit pas ; l’art consiste aussi à leur donner vie sur scène.
Après le drame, un air comique, « Art is Calling for Me », tiré de The Enchantress de Victor Herbert. Une des princesses veut attirer l’attention du prince en devenant cantatrice d’opéra. Ici, Lissa Meyvis se lâche complètement et révèle son talent comique. Avec la chanson suivante, elle retourne vers le cœur plus profond de nos émotions humaines, comme un arc-en-ciel de la vie humaine. « Voilà », ce morceau envoûtant avec lequel la chanteuse française Barbara Pravi a fini deuxième du Concours Eurovision en 2021, derrière Måneskin. Le public oublie souvent qu’il y a aussi un être humain derrière la performeuse. Avec « J’ai deux amours », elle rend hommage à la perle noire Joséphine Baker.
« I Got Rhythm », le chant énergique de George et Ira Gershwin, fut créé pour la comédie musicale Girl Crazy. Il est devenu un standard du jazz. Le morceau prend toute son ampleur grâce à l’apport des instrumentistes swinguants. Les chansons de chez nous ne manquent pas non plus. « Dag vreemde man » d’Ann Christy, disparue trop jeune. La musique est de Willy Crombé et les magnifiques paroles de Mary Boduin. Lissa Meyvis s’approprie le texte et livre une interprétation unique, résistante et fragile.
Elle tourne ensuite ses flèches vers le répertoire néerlandais avec « ’t Is over », une chanson concise de la cabaretière Jenny Arian. La fin d’une relation, suivie de « ’t Is begonnen » de Yentl en de Boer, une sorte de contrepoint. Un texte piquant qui reçoit, dans son chant et sa présentation, les nuances de couleur nécessaires.
« I Have Confidence », tiré de The Sound of Music. À l’école de musique, Meyvis a appris à avoir confiance pour se produire sur scène. La première partie s’achève avec le morceau contemporain « The Girl in 14G », écrit pour l’actrice et chanteuse américaine Kristin Chenoweth, dans une belle traduction néerlandaise d’Ann Van den Broeck. Un morceau dans lequel une cantatrice classique peut se déployer pleinement, avec notamment des éléments de l’opéra Tristan et Isolde et de l’air de la Reine de la Nuit. Mimétisme délicieux, et démonstration technique de son talent.
Après l’entracte, elle enchaîne avec « The Laziest Girl in Town », l’un des rares numéros musicaux d’un film d’Hitchcock, chanté par la chanteuse de boîte de nuit Charlotte Inwood (Marlène Dietrich). Elle interprète la chanson à sa manière inimitable. La paresseuse Lissa s’installe à son aise parmi le public, pendant que le contrebassiste Janos Bruneel offre un impressionnant solo.
Dans « Sweetest Devotion », un morceau d’Adele, elle partage son amour intense et inconditionnel pour ses enfants. Elle réserve ensuite quatre chansons du répertoire de cabaret néerlandais. L’accent est mis sur une période très précise, l’âge d’or de la chanson néerlandaise, à commencer par « Oorlog » de Toon Hermans. Une chanson intemporelle. La beauté répétitive du refrain est transcendante et envoûtante. Viennent ensuite des œuvres de trois divas de nos voisins du Nord. « Zachtjes breken » d’Adèle Bloemendaal. Dans une relation, les fissures et les frustrations s’accumulent. Une colère contenue.
Followed by the delightfully absurd song ‘De Non’ by Cabaret Lurelei from 1964, originally sung by Jasperina De Jong. Devout nuns who enjoy rolling a joint. Lissa tears through the bends of her vocal range with the refrain ‘Roll another one’. Then comes the spicy and cheeky ‘Hoezenpoes’ by Conny Stuart, with brilliant rhythmic shifts and a sparkling lyric. It is commendable that such beautiful and representative repertoire is not being lost. Then it's back to the English-language repertoire with ‘I Don’t Care’, a song by Judy Garland. A child star who developed into a true diva with plenty of quirks. A free-spirited woman who refuses to be labeled, followed shortly after by ‘All that jazz’, a song by her daughter Liza Minnelli.
A completely different kind of fare is the song ‘Papa can you hear me’, music by Michel Legrand. The song was written for the film Yentl, directed by Barbra Streisand, who also starred in it. Lissa Meyvis sings it in a fragile way, capturing the elusive quality of the piece. With only the piano as accompaniment, it is hauntingly beautiful.
Next up is ‘La vie en rose’ by la môme Edith Piaf. A triumph of love. As a contrast, ‘Je suis malade’ by Lara Fabian: how a broken love can cause so much heartache. Lissa's interpretation sends shivers down the spine. As the final song, ‘Life is a Cabaret’. An even better closer after all the different moods that passed by could not have been chosen. It beautifully sums everything up.
I repeat myself. It was once again a pleasure to enjoy a beautiful intimate concert with diva Lissa, surrounded by musicians who let her shine.
There is only one word for it: starstruck.
- WHAT: Cabaret Diva
- WHERE & WHEN: Fakkeltheater Antwerp, Monday 22 January '24
- WHO: vocals: Lissa Meyvis; piano: Lester Van Loock; guitar: Tom Wilems; double bass: Janos Bruneel; drums: Peter Ploegaerts
- PHOTOS: © Studio Dongo

