Junior Ballet Antwerp, le programme pré-professionnel sous la forme d'une « junior company » met actuellement les voiles dehors. En studio, on répète intensément une version contemporaine du ballet classique « Cinderella » dans une chorégraphie d'Altea Nuñez et du directeur artistique Alain Honorez. Il poursuit de manière rigoureuse sur cet héritage classique et y associe un large éventail d'éléments innovants, même les plus petits rouages sont bien coordonnés. Ce spectacle familial enchanteur sera présenté à la magnifique Handelsbeurs. Klassiek-Centraal en apprend davantage sur la genèse.
-Junior Ballet Antwerp a déjà été vu dans différents styles et chorégraphies contemporains. Avec cette production, vous retournez aux bases.
Alain Honorez : Nous avons commencé la quatrième saison avec beaucoup d'énergie et nous proposons cette année quelque chose de très spécial. L'un des grands classiques auquel nous donnons une nouvelle vie. L'histoire est construite de manière très créative comme une maison de lego, bloc par bloc. Nous avons choisi de construire une trame narrative qui s'inspire davantage de notre société actuelle.
-Cela mérite une explication.
A.H. : Nous nous écartions un peu du conte de fées. La bonne fée qui apparaît... Nous nous sommes posé la question : comment pouvons-nous rendre l'histoire plus pertinente ? Nous avons commencé à travailler de manière plus personnelle et avons choisi de laisser la mère de Cendrillon, qui meurt au début de l'histoire, réapparaître en tant qu'esprit, en tant que « spirit ». Elle veille au bien-être de sa fille et l'accompagnera au bal. C'est un changement énorme pour atténuer quelque peu la dimension féerique. Une approche nouvelle et originale qui rend le sujet plus réaliste et fait ressortir les liens familiaux. C'est une fusion de réalité et d'imagination, de tradition et de modernité.
-Les jeunes grandissent dans une période difficile.
A.H. : Ce n'est pas seulement cela, nous voulions rendre l'ensemble plus pertinent et le rapprocher de la réalité. Tout le monde est confronté un jour à la perte d'un membre de la famille ou d'amis. Comment pouvons-nous intégrer cela de manière imagée dans l'histoire ? Il s'agit de motifs et de variations, l'amour sous plusieurs formes.
-Vous devez aussi tenir compte du nombre de danseurs à votre disposition. Est-ce une limitation ou stimule-t-elle votre imaginaire ?
A.H. : JBA est un groupe assez petit. Nous sommes quinze cette année : 12 filles et 3 garçons. Quand une compagnie danse ce ballet, on compte déjà directement entre 50 et 60 danseurs sur scène. Certaines compagnies font encore plus grand ! Pour nous, c'est quelque chose de très intime, bien que la distribution soit augmentée par les élèves de cinquième année de l'École Royale de Ballet et certains enfants du Prince Dries. Ainsi, nous doublons notre groupe et nous retrouvons aussi avec un peu plus de 30 danseurs sur le podium.
-Tous les jeunes qui poursuivent leur formation ici sont talentueux. En choisir un pour un rôle principal est une tâche délicate !
A.H. : Nous avons bien sûr différentes distributions. Nous danserons à la Handelsbeurs au minimum huit représentations avec trois distributions différentes. JBA compte trois garçons. Nous donnons à chacun d'eux la chance de danser le rôle du prince. Ils auront tous trois une Cendrillon à leurs côtés. Les trois garçons auront aussi d'autres rôles dans la production, ils alterneront. Pour les filles, en plus de Cendrillon, il y a de nombreux beaux rôles, notamment les demi-sœurs. Ces rôles sont souvent présentés de manière très caricaturale. Ce n'est pas la voie que nous emprunterons.
-Un spectacle familial, et surtout pour les plus petits, demande un peu d'humour.
A.H. : Dans l'approfondissement des personnages, l'humour sera présent, notamment en ce qui concerne les demi-sœurs : nous essayons d'y mettre en avant les caractéristiques des danseurs en question. L'une est hyperactive, l'autre est une rebelle. Je me souviens encore des paroles de Kathryn Bennetts quand elle travaillait la chorégraphie d'« Impressing the Czar » de William Forsythe chez Ballet Vlaanderen : « Ne joue pas un personnage, mais deviens ce personnage ».
-C'est un appel à leur capacité d'empathie et à leur créativité.
A.H. : Si les filles incarnent leur rôle avec conviction, ce deviennent des actes particulièrement drôles.
-Du jeu method acting !
A.H. : Avec l'acting nécessaire mais sans que ce soit du surjeu. Notre slogan pour cette production : « C'est un spectacle familial pour tous ceux qui veulent continuer à rêver d'un monde meilleur. » On me pose souvent la question : « Pourquoi Cendrillon ? N'y a-t-il pas d'histoire nouvelle ? » Je suis certainement partisan de la pensée tournée vers l'avenir et d'introduire des choses nouvelles. Mais je suis aussi partisan de chérir l'héritage et de s'y appuyer. Il faut honorer les bases du ballet classique : la précision, l'élégance, la bravoure. Ces acquis doivent être transmis aux générations futures. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Je vois comme ma tâche de le développer davantage pour que le public puisse apprécier et comprendre cette forme de ballet. Personne n'a intérêt à ressortir un vieux dragon du placard. Cela n'a plus sa place dans notre société. On peut encore apporter quelque chose basé sur le passé, et le mettre dans une nouvelle veste accessible pour le public d'aujourd'hui. Le verre de la pantoufle devient chez nous une pointe. Toutes les jeunes dames se rendent élégamment au bal sur les pointes.
-JBA se positionne comme jamais auparavant !
A.H. : Ce qui est très particulier, c'est que nous avons pu engager un orchestre live pour ce spectacle. CASCO PHIL, la Philharmonie de chambre belge, sous la direction de Michiel Delanghe, sera présent. Il y aura en outre quelque chose de très particulier qui se passera sur la scène dans la visualisation du spectacle. L'architecture de la Handelsbeurs est très spécifique, très présente. L'espace est gigantesque. Les éléments de décor disparaissent dedans. C'est pourquoi nous utilisons l'espace lui-même comme décor. Il sera projeté en 3D. Toute l'architecture est en fait dessinée en 3D-mapping pour ensuite ajouter les couleurs, les ambiances et parfois même des images en mouvement. Cela sera à couper le souffle, voire révolutionnaire. À la Handelsbeurs, jamais un tel mapping n'a eu lieu. Les créateurs créent une plateforme 3D de tout l'espace, qui est intégrée dans l'ordinateur. Via l'animation, cela est entièrement dessiné. À chaque élément décoratif dans l'espace, on peut ajouter de la profondeur, une autre couleur, un alignement, etc… La combinaison de la danse, de la musique, de l'éclairage et du 3D-mapping sera sans doute magique.
-Où le public s'assiéra-t-il ?
A.H. : Nous travaillons également au développement d'un plan de salle. Il y a beaucoup à considérer. La Handelsbeurs n'est pas un opéra ou une salle de concert. Nous allons construire toute une structure où chaque rangée sera plus haute que la précédente. Ce qui vous donne quand même l'impression d'une tribune. Nous jouons à partir du 17 février huit représentations pendant les vacances de printemps. En semaine, les représentations sont à 20h et le dimanche à 17h. La vente de billets a débuté le 1er octobre.
-Vous travaillez à temps plein avec votre femme sur la chorégraphie et l'organisation. Être constamment sur le dos l'un de l'autre, cela ne crée jamais de tensions ?
A.H. : Cela arrive, je suis très honnête à ce sujet. Partager ma vie avec Altea est un cadeau, nous nous complétons. Sa force est bien sûr son talent pour concevoir des chorégraphies : élaborer des motifs et des figures. Concevoir de nouvelles alliances entre la musique et la danse, composées principalement de mouvements de groupe. Ma contribution est de raconter l'histoire et d'approfondir les personnages. Quelque chose que j'aime aussi beaucoup faire pendant ma carrière de danseur. En outre, je me lance pour la première fois dans la chorégraphie. Ce sont surtout des solos et des duos, que nous créons ensemble.
-Peut-on vraiment adapter un ballet classique à sa convenance ?
A.H. : Tout est nouveau. Il n'y a rien que nous avons emprunté à une autre version. Nous avons simplement commencé de zéro. La seule chose sur laquelle nous nous basons est la musique de Prokofiev, son alchimie musicale. Nous travaillons sur ce projet depuis près de deux ans maintenant. Les idées ont continuellement émergé. Ce qui fonctionne est conservé et le reste a été rejeté comme du ballast. C'est un work in progress. Il y a aussi les contacts nécessaires à établir. Qui conçoit et fabrique les costumes ? Un jeune talent du cru, Jolien De Weerdt, qui travaille dans l'atelier de costumes du Ballet Vlaanderen, a rejoint l'équipe. C'est sa toute première production qu'elle conçoit elle-même. Ria Van Looveren, qui a longtemps dirigé l'atelier de costumes d'Opera Ballet Vlaanderen, est à la retraite mais a une prédilection pour les costumes classiques et a immédiatement offert ses services. Elle coordonne tout. Pour un seul casting, 94 costumes sont confectionnés et ainsi nous en avons trois pour plusieurs rôles !
-Au total, cette production doit avoir un budget énorme !
A.H. : C'est pourquoi nous recherchons des sponsors ! Il y a un risque à prendre. Je ne suis certainement pas impulsif à ce sujet et je procède de manière très intuitive. C'était déjà le cas en tant que danseur. Je sens que toutes les cartes sont bien placées. Nous faisons un très grand saut. Le moment est venu de remettre le ballet classique sur la carte en Belgique. Au cours des dernières années, c'est à peine venu sur le tapis. Il est nécessaire que nous en prenions soin.
-Vous vous posez en défenseur ?
A.H.: La Belgique est reconnue mondialement pour son renouvellement, son aspect social, son inclusivité. D'accord, tout cela est important. Ce sont des choses auxquelles un public moyen peut se rapporter parce qu'il les fait et les vit lui-même. Mais moins nous présentons des fragments de l'histoire au public, plus le public ne connaîtra et n'appréciera cette histoire. Ma vision : il y a une place pour toutes les formes d'art de la danse. Si nous voulons continuer à offrir un paysage culturel riche, nous devons pouvoir tout exploiter. Ce qui est innovant aujourd'hui sera dépassé dans cinq ans. Imaginez que le KMSKA aurait jeté toutes les œuvres de Rubens pour des œuvres contemporaines ! Les tableaux sont entourés du plus grand soin pour les générations futures. La restauration se fait de manière minutieuse.
Dans le monde du ballet, ce soin et cette fierté sont également nécessaires. C'est à nous de continuer à les nourrir. Notre génération doit le faire. Espérons que cela ira dans le bon sens. Les enfants qui commencent ici à la Koninklijke Balletschool et qui ont l'ambition de devenir danseurs de ballet sur scène doivent pouvoir rêver et avoir des modèles à admirer. C'est tellement important.
-Que se passe-t-il après Cinderella encore chez JBA ?
A.H.: Avec 'Cinderella', la saison ne s'arrête pas, bien sûr. En compensation, en avril à l'Opéra, une soirée exclusivement consacrée à des œuvres modernes est au programme. Ainsi, nos danseurs peuvent passer d'un style de danse à un autre. Au programme, une version du 'Bolero' de Ravel, une chorégraphie contemporaine d'Ihsan Rustem. Nous présentons également une création du jeune chorégraphe britannique Andrew McNicol qui travaillera avec nos danseurs en novembre et une chorégraphie d'Altea. Nous terminerons la saison avec une nouvelle version de nos 'Miniaturen.' Chacune de ces nouvelles chorégraphies offre à nouveau une palette diverse d'émotions, de couleurs et de styles.
C'est maintenant en attendant avec impatience l'étincelante 'Cinderella' de JBA, un festin pour les yeux et les oreilles. Un spectacle qui séduira les jeunes cœurs.
QUI : Junior Ballet Antwerp
QUOI : Cinderella
OÙ : Handelsbeurs, Antwerpen
QUAND : 17 février 2023 (première) à 26 février 2023.