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Fedora mérite mieux ...

L
· 5 min de lecture
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Fedora mérite mieux ...

** Cet enregistrement de Fedora d'Umberto Giordano est avant tout un attrait pour les amateurs d'opéra qui souhaitent saisir l'occasion de voir ce moins connu opéra. C'est surtout un chef-d'œuvre pour la soprano et bien que Daniela Dessìì s'en tire loin d'être mal, elle ne peut néanmoins pas maîtriser suffisamment l'ensemble de la représentation pour en faire un grand succès.

Après avoir vu en 1885, à l'âge de 18 ans, la pièce de théâtre de Sardou à Naples avec nul autre que Sarah Bernhardt, Giordano conçoit le projet d'un opéra sur ce sujet. Il le compose après le succès d'Andrea Chénier. La première a lieu en novembre 1898 au Teatro Lirico à Milan avec le compositeur comme chef d'orchestre. Que Gemma Bellincioni ait chanté Fedora ne nous dit plus grand-chose maintenant, mais qu'Enrico Caruso ait chanté le rôle masculin principal de Loris parle davantage à l'imagination.

L'histoire raconte la relation amoureuse difficile et tragique de Fedora avec Loris Ipanov, l'homme dont on soupçonne d'abord qu'il a tiré sur son fiancé, le comte Vladimir Andreyevich. Fedora est une aristocrate russe au tempérament passionnel, un rôle typique du vérisme, et elle jure donc de trouver le coupable. Ce serait Loris, mais entre Fedora et Loris est née une romance, à laquelle Fedora résiste d'abord. Dans l'aria la plus célèbre de l'opéra, Amor ti vieta, Loris avoue qu'il a succombé à ses charmes et qu'il réalise que l'attraction est mutuelle. Pendant une fête organisée par Fedora (avec un musicien qui prétend être aussi bon que Chopin), arrive la nouvelle que les Nihilistes ont perpétré un attentat contre le tsar. Loris peut convaincre Fedora qu'il n'a rien à voir avec l'attentat et de plus il peut lui révéler le contenu d'une lettre du comte, qu'il a interceptée et qui explique pourquoi il a tiré sur le comte. La lettre est adressée à une jeune fille pauvre avec laquelle le comte avait une relation et dans laquelle il affirme que, malgré le mariage avec Fedora, il ne mettrait pas fin à leur relation. Fedora est choquée par la trahison du comte, qui ne l'épouserait donc que pour sa richesse. Elle vit un certain temps heureuse avec Loris dans sa villa en Suisse. Mais leur relation prend fin abruptement quand Fedora révèle la complicité du frère de Loris au meurtre du tsar. Cette nouvelle cause la mort de la mère des deux frères. Fedora espère la grâce et le pardon de Loris, mais il la maudit. Elle se suicide avec du poison (qu'elle porte toujours dans une croix byzantine) et meurt dans les bras de Loris, qui pardonne à la mourante.

Création d'atmosphère précise, engagement terne

La mise en scène de Rosetta Cucchi (elle a également mis en scène La Favorite à l'Opéra Royal de Wallonie en novembre 2017) divise l'espace scénique en deux parties. À l'avant-plan, nous voyons - généralement dans une représentation sobre mais efficace - l'événement dont il s'agit à ce moment-là (le palais du comte, la fête à Paris), et derrière un rideau transparent est évoqué le contexte dans lequel cette scène se déroule (la tempête de neige, la terreur en Russie, l'attentat). La création d'atmosphère est précise, mais l'engagement des personnages est souvent terne et ne parvient pas à émouvoir le spectateur. Cela s'applique en réalité à tout le monde sauf aux deux personnages féminins, Fedora elle-même et Olga, sa nièce, que nous rencontrons à la fête du deuxième acte. Vocalement aussi, ce sont les rôles les mieux distribués. Daniela Dessì a du mal à démarrer, mais dans la scène où elle franchit le pas et cède à son amour pour Loris (deuxième acte), elle chante de façon convaincante avec un soprano robuste et clair. Elle mérite certainement la peine de voir la représentation. Olga est un personnage alerte et Daria Kovalenko la chante avec beaucoup de panache et de légèreté lyrique. Le rôle de Loris est dédoublé sur scène, avec un vieux Loris qui observe silencieusement et mystérieusement tout l'opéra dans un coin à l'avant-plan. Une intervention bizarre de la mise en scène. Le « vrai » Loris est incarné par un Fabio Armiliato extrêmement décevant, qui ne peut séduire ni par son jeu ni par son interprétation. Le chœur et l'orchestre du Teatro Carlo Felice jouent aussi sans beaucoup d'engagement sous la direction d'un chef peu enthousiaste, Valerio Galli.

Un enregistrement qui a donc surtout sa valeur comme introduction à l'opéra plutôt captivant et polyvalent d'Umberto Giordano, dont on pourrait certainement tirer davantage.


  • QUOI : Umberto Giordano (1867-1948) | Fedora
  • MISE EN SCÈNE : Rosetta Cucchi
  • VOIX : Daniela Dessì, Fabio Armiliato, Daria Kovalenko, Alfonso Antoniozzi, Margherita Rotondi et autres
  • ORCHESTRE : Chœur et orchestre du Teatro Carlo Felice, Genova sous la direction de Valerio Galli
  • ÉDITION : Dynamic 57772 (enregistrement mars 2015)
  • CRÉDIT PHOTO : © Marcello Orselli
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