Il a été annoncé comme un festival animé d'une journée et c'est ce qu'il a été. 'Bruges, the Sea & the South: RE-Sonances' (pourquoi encore cet anglais ?). Florence et Bruges ont autrefois forgé des liens étroits, notamment grâce à la dernière héritière de la célèbre famille aristocratique italienne richissime des Médicis, à savoir Anna Maria Luisa. C'est vrai, cette famille avec ce pape assoiffé de sang qui a engendré un enfant avec sa fille. C'était là une vie de célibat…
Heureusement, Anna Maria Luisa de' Medici avait d'autres besoins : elle était très amatrice d'art et notamment une véritable mécène pour des compositeurs tels que Arcangelo Corelli (1653-1713). Celui-ci a composé assez pour remplir plus d'une journée de musique. Le jeune festival, encore modeste, s'en est tenu à deux concerts bien remplis.
Le nouveau festival a été monté de toutes pièces par rien de moins que le poète Bart Stouten qui a introduit les concerts par quelques entretiens très instructifs avec la passionnée présentatrice américaine d'« Early Music Now » aux États-Unis, Sara Schneider. Une dame charismatique qui présente son exposé aussi bien en anglais, sa langue maternelle, qu'en néerlandais. Elle nous en a appris davantage non seulement sur la dernière descendante des Médicis, mais aussi sur Corelli, l'homme toujours vêtu de noir qui jouissait d'un prestige considérable en Italie et bien au-delà.
Aucune salle n'aurait pu être trouvée meilleure que l'ancienne chapelle du palais urbain Hof Bladelin, où la famille des Médicis pratiquait les opérations bancaires, pour écouter les concerts de l'après-midi et du soir. Acoustiquement, cette chapelle est une agréable surprise, une salle idéale pour la musique de chambre, baroque ou autre.
Corelli et encore Corelli : 'Una Follia !'
La violoniste baroque Rio Terakado a joué avec la violoncelliste Lucia Swarts et le claveciniste Siebe Henstra. Un trio chevronné en musique ancienne et baroque qui a joué dans pratiquement tous les coins du monde, en tant que trio ou en tant que membre d'ensembles baroques réputés. Ils devaient placer la musique instrumentale de Corelli au centre – eh bien, il n'y a rien de vocal à trouver – de leurs activités.
Très jeune, j'ai découvert l'œuvre de Corelli et j'ai beaucoup apprécié le caractère revigorant et festif de cette musique. Le souvenir s'est immédiatement ravivé, même si l'on exécute maintenant cette musique sur les instruments de l'époque de Corelli, les tempi sont plus rapides qu'aux années 60 du siècle dernier, elle est dépourvue de couleurs tardives romantiques. Exécutée différemment et pourtant toujours la même grâce au caractère fort et à la haute qualité des compositions. Que ce soit maintenant un trio ou un orchestre baroque, l'atmosphère y est toujours et d'autant plus quand on a un trio de musiciens qui naviguent avec fluidité dans les partitions. Et oui, tout comme le public présent l'a fait en se levant pour applaudir avec enthousiasme, toi aussi, cher lecteur, tu te serais levé pour applaudir avec enthousiasme.
Festa virtuosa per violino e violoncello sans et pourtant avec Corelli…
La cerise sur le gâteau musical de ce festival était sans conteste le concert de David Plantier (violon baroque) et Annabelle Luis (violoncelle). Pas une note de Corelli, mais il était le fil rouge tout au long de leur concert comme inspirateur, maître, collègue sur une période s'étendant à près de 100 ans après sa vie artistique.
Nous te donnons brièvement les différents compositeurs afin que tu aies une idée de tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, se sont inspirés d'Arcangelo Corelli.
Francesco Maria Veracini (1690–1768) ; Giovanni Benedetto Platti (1697–1763), Domenico Scarlatti (1685–1757), Giuseppe Tartini (1692–1770), Giuseppe Nardini (1722–1793), Domenico dall'Oglio (1700–1764) et Giuseppe Dall'Abaco (1710–1805). Un nom sonne plus familier que l'autre et il est remarquable que l'un des noms les moins connus ait peut-être composé l'œuvre la plus belle et la plus chargée de la soirée, à savoir Giovanni Benedetto Platti.
David Plantier retient le plus l'attention des cinq musiciens qui ont exécuté. C'est peut-être le violoniste baroque le plus musical et le plus virtuose du moment. Il émeut l'auditeur par son jeu très largement déployé allant des pianissimi aux fortissimi comme on en entend rarement sur un violon baroque. Jamais un craquement, des attaques très pures, des mouvements d'archet onctueux, un violon tel que j'en ai rêvé et dont je suis tombé amoureux enfant. Plantier confirme sans aucune prétention : le violon est le plus bel instrument ou suis-je partial ? Une heure et trois quarts sans interruption ont permis à Plantier et Luis de régaler le public, ce qui ne pouvait être suivi que d'une nuit de repos bienheureux pour bien commencer la semaine.
Ce festival d'une journée a été immédiatement un coup gagnant et nous attendons avec impatience la suite qui en sera donnée.