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Critiques

Une soirée de plaisir viennois

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· 5 min de lecture
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Une soirée de plaisir viennois

D'accord, c'est compréhensible : pour le fleuron musical autrichien, les Wiener Philharmoniker, le BOZAR était plein à craquer la veille. Le lendemain, pour notre concert du quatuor Hagen, tout aussi remarquable, ce n'était malheureusement pas le cas. Les quatuors à cordes séduisent moins que les symphonies. Nous le savons. Surtout quand ils doivent rivaliser avec une Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák. Mais cette fois, il n'y avait dans la salle aucun applaudissement enthousiaste et intempestif après chaque mouvement, comme la veille lors de ce Dvořák. Le public recueilli a savouré, à part quelques petites toux saisonnières, dans un silence admiratif, deux quatuors à cordes de Haydn et Schubert ainsi que le quintette avec clarinette de Mozart.

Le concert commença avec Haydn. Souvent considéré comme l'inventeur du quatuor à cordes, il était représenté ici par son opus 55/3. Oui, on peut se lasser de ces quatuors (il en a tout de même écrit des dizaines). On peut parfois même les trouver ennuyeux. Mais lorsqu'un ensemble comme celui-ci en fait ressortir toutes les subtilités, on se laisse porter et on savoure cette richesse sonore. C'est aussi la disposition d'esprit idéale pour écouter le quatuor de jeunesse de Schubert, D173. Et certainement pour apprécier, dans l'Andantino, l'étonnante complicité entre le premier violon et un magnifique violoncelle. Ce n'est pas le Schubert le plus connu, plutôt romantique, voire joyeux.

Puis vint Mozart. Le quintette avec clarinette, dit « Stadler », écrit pour son ami et célèbre clarinettiste de l'époque. Et le quatuor Hagen s'est surpassé. On aurait dit que l'arrivée du clarinettiste Daniel Ottensamer, premier clarinette solo des Wiener Philharmoniker, avait aiguisé le jeu des membres. En intensité comme en qualité, ils ont passé une vitesse supplémentaire. Et leur ensemble sonnait encore plus subtilement. Le clarinettiste était aussi doux que les cordes. Dans le Larghetto, avec sa célèbre mélodie langoureuse, sa maîtrise du souffle était plus que professionnelle. Son jeu était, d'un bout à l'autre, d'une beauté presque bouleversante. Le premier violon dialoguait délicieusement avec la clarinette. Peut-être y prêtais-je une attention particulière, au premier violoniste Lukas Hagen. Pourquoi ? Pendant l'entracte, j'avais croisé le luthier Thomas Meuwissen. « Je vais me vanter », m'a-t-il dit. « J'ai construit un violon pour lui ! » Quand on le sait, on écoute cet instrument avec quelques oreilles supplémentaires. Lukas Hagen en parle ainsi : « Chaque violon sonne différemment. Il faut surtout être bien avec son instrument, et c'était le cas dès la première minute avec celui-ci : il sonne sain, puissant, beau, et il a déjà ma préférence parmi les nombreux autres que j'ai joués. Il avait dès le départ des qualités qu'on trouve rarement dans d'autres violons neufs. » Quel honneur pour le luthier Thomas Meuwissen. Comment ces deux-là se sont-ils rencontrés ? Thomas Meuwissen : « Ils viennent jouer à Bruxelles depuis des années, et je suis souvent allé à leurs concerts. J'ai d'abord connu sa sœur, l'altiste Veronika Hagen, et seulement plus tard Lukas. Il n'y a pas si longtemps, je lui ai montré un violon, et il a été si impressionné qu'il m'a invité à présenter mon travail à ses étudiants à Salzbourg. Ceux-ci cherchaient des instruments, et il tenait à ce qu'ils entrent en contact avec de bons luthiers contemporains. Il a organisé pour eux et plusieurs collègues un test dans la grande salle du Mozarteum. Le lendemain, il disait déjà être si impressionné qu'il envisageait d'acheter l'instrument. Et, à ma grande surprise, il l'a fait dès le jour suivant ! »

Une dynastie illustre

Le quintette avec clarinette, c'est bien sûr Mozart à son meilleur, avec cet instrument qui le fascinait tant : espiègle comme il l'était, mais avec une profondeur romantique qui lui est tout aussi propre. C'est peut-être trop populaire et connu, mais joué par ces musiciens, on croit l'entendre pour la première fois. On réalise presque immédiatement : je ne l'avais jamais entendu ainsi. Est-ce dû au magnifique clarinettiste viennois Daniel Ottensamer ? Quand on le lui demande, il répond, étonné : « Ça sonne nouveau ? Pas pour moi, je le joue toujours comme ça. Ce qui était particulier pour moi, c'était de jouer ce soir avec les collègues du quatuor Hagen. C'était la première fois que nous donnions ce quintette, et cette collaboration avec eux a été une expérience vraiment spéciale et belle. Peut-être est-ce pour cela que cela sonnait si bien. »

Il est issu d'une dynastie illustre de clarinettistes. Son père était aussi premier soliste des Wiener Philharmoniker, et son frère l'est aux Berliner Philharmoniker. Il fallait donc bien qu'il devienne un virtuose. Ensemble, ils ont d'ailleurs formé The Clarinotts jusqu'à la mort du père. Daniel est en tout cas un grand talent. Et après une telle interprétation, on est à nouveau conquis pour toujours par ce chef-d'œuvre « rebattu ».


  • QUOI : Joseph Haydn (1732-1809) - quatuor à cordes opus 55 n° 3 en si bémol majeur (Hob.III:62) | Franz Schubert (1797-1828) – quatuor à cordes n° 9 en sol (D173) | Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) - quintette pour clarinette et cordes en la (KV581)
  • QUI : Quatuor Hagen [Lukas Hagen et Rainer Schmidt (violon), Veronika Hagen (alto), Clemens Hagen (violoncelle)] et Daniel Ottensamer (clarinette)
  • OÙ : Salle Henry Le Boeuf, BOZAR, Bruxelles
  • QUAND : samedi 1er décembre 2018
  • PHOTO : © myrios classics & Julia Stix
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