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Belcanto avec Anima Eterna Brugge et Giovanni Antonini

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· 6 min de lecture
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Belcanto avec Anima Eterna Brugge et Giovanni Antonini

Les passages virtuoses et l'acrobatie vocale, ce sont quelques pensées qui viennent à l'esprit lorsque nous entendons le terme « belcanto ». L'art du beau chant est au cœur du plus récent projet de Anima Eterna Brugge. Avec le chef d'orchestre Giovanni Antonini et la soprano Julia Lezhneva, ils apportent quelques pépites du répertoire.

Pour l'aria « Assisa a pie d'un salice » de Otello de Rossini, Lezhneva est accompagnée par la harpiste Marjan de Haer. Elle joue la célèbre cadenza d'ouverture sur un instrument historique. Un choix artistique qui s'avéra moins simple… Nous avons eu une conversation avec Marjan d'Anima Eterna pour en savoir plus sur ce nouveau projet et l'instrument qu'elle a spécialement choisi.

Pour ce projet, vous allez ensemble avec le chef d'orchestre Giovanni Antonini explorer la force de la période belcanto. C'est un répertoire dont le Maestro Antonini dit qu'il lui tient beaucoup à cœur. Aviez-vous déjà travaillé auparavant avec le Maestro Antonini ?

M : Pour moi, c'est la première fois. En tant que harpiste, je ne suis pas présente dans chaque production et je suis donc incroyablement heureuse de pouvoir participer à Belcanto. Aujourd'hui, j'ai pu travailler pour la première fois avec Antonini et c'était une très bonne interaction. Pour l'orchestre, Belcanto est le deuxième projet. Le premier projet s'est déroulé en pleine période COVID et s'est fait en Belgique via un direct. Le public belge peut maintenant aussi voir Anima Eterna et Giovanni Antonini en direct.

© Anima Eterna

Le terme « belcanto » désigne le « beau chant », mais cette période, et en particulier l'œuvre de Rossini, comporte quelques passages de harpe impressionnants. Pour ce projet, vous jouez sur une harpe à double pédale anglaise d'Erard. Mais vous hésitiez d'abord entre cette double et une simple Erard française. Pouvez-vous nous parler de la façon dont vous avez fait un tel choix et ce que l'instrument choisi possède exactement qui le rend si bien adapté à ce répertoire ?

M : Premièrement, je regarde la période et le lieu. Avec Rossini, nous sommes en 1816. Pour la harpe, c'est un tournant. D'un côté, il y a la harpe du 18e siècle avec une caisse de résonance construite comme celle d'un luth. Cette harpe était composée de différentes lamelles placées les unes contre les autres. Ce modèle avait aussi des pédales avec lesquelles on pouvait raccourcir les cordes. Cela se faisait via un système de petits crochets. De cette façon, on pouvait déjà rehausser les cordes d'un demi-ton. Ces harpes avaient une belle forme incurvée avec des ornements rococo. Ce sont des instruments très délicats avec des cordes fines. Ce genre de harpes a été principalement construit à Paris et elles ont continué à être utilisées au conservatoire pour l'enseignement jusqu'en 1830.

M : Mais à la fin du 18e siècle, Sébastien Erard (1752-1831) a commencé à rénover la harpe. Il a rendu l'instrument plus robuste. Par exemple, la caisse de résonance n'est plus comme celle d'un luth mais est presque une demi-bille. Grâce à la caisse de résonance plus robuste, la tension des cordes pouvait aussi être plus grande. À l'avant de l'instrument, une colonne séparée a été ajoutée et la mécanique du col a été modifiée. Le système de petits crochets a été remplacé par de petites fourches pour pouvoir ainsi raccourcir une corde. Dans les premières harpes d'Erard, c'était d'abord un demi-ton plus haut, mais à partir de 1810, deux demi-tons étaient même possibles. Il a alors breveté la harpe à double pédale. Il y avait deux fabriques de harpes : une à Paris et une à Londres. La harpe à double pédale a d'abord été construite à Londres. C'était immédiatement un succès et tous les tons étaient possibles sur la harpe.

M : Donc, pour revenir à la question, qu'est-ce que vous choisissez ? Nous sommes en 1816 mais nous ne sommes pas immédiatement à Paris ou Londres. Au lieu de cela, nous sommes à Naples. Nous avons la documentation que plusieurs harpes Erard étaient présentes dans la ville à cette époque. Cela suggère que Rossini a probablement aussi composé pour une harpe Erard. Donc la question est, choisissez-vous une double ou une simple ? La harpe à double pédale que j'ai apportée date de 1812. Donc du point de vue de la date, c'est correct. Elle a juste un petit peu plus de son que la simple Erard française. J'ai alors fait un grand bilan et y ai réfléchi et finalement j'ai choisi la harpe à double pédale. Un bon choix car lors des répétitions, l'instrument a déjà sonné magnifiquement. L'équilibre acoustique avec l'orchestre est bien équilibré. Cet après-midi, nous répétons pour la première fois avec la soliste.

Passionnant !

M : Oui, en effet. Mais bon, il y a matière à discussion. Certains seront d'avis qu'il est tout à fait possible de jouer ce répertoire sur une harpe du 18e siècle. Et c'est vrai car il y a documentation d'orchestres où on utilisait encore des harpes avec le système de crochets. Mais comme il y avait des harpes Erard à Naples, je pense que je fais le bon choix.

© Jan Landau

En tant que harpiste, est-ce que la plus grande difficulté réside dans la recherche du bon instrument ? Est-ce que l'acoustique de la salle a aussi une influence sur votre choix ?

M : Non, je ne me base pas sur la salle. Je recherche le bon instrument pour le répertoire. Je regarde où et quand la pièce a été créée. Dans ce cas, c'est Naples en 1816. Je regarde le pays, ce qui était courant à cette époque, quelle documentation est disponible sur les harpes qui jouaient dans l'orchestre ou si le compositeur a écrit quelque chose sur certains instruments, et ainsi de suite. Je ne vais pas jouer une harpe différente à Anvers qu'à Bruges. Heureusement !

Cela poserait un véritable défi logistique.

M : Exactement ! Je me rendrais les choses très difficiles.

Où une harpiste peut-elle se placer dans la formation de l'orchestre ?

M: Chez Anima, c'est toujours particulier et je me sens un peu comme une star. (rire) Je peux en effet m'installer directement à côté du concertmaster. Je suis ainsi en ligne avec la soliste et en contact direct avec les mains du chef. C'est la place où je peux aussi toujours m'asseoir avec le chef fondateur Jos van Immerseel. Une place appropriée car le son de la harpe est très direct. On pince la corde et le son disparaît. C'est totalement différent pour les musiciens à vent chez qui le son peut être soutenu. Une harpe a une attaque directe et il est donc bon de pouvoir s'asseoir plus près du chef.

M: De plus, c'est aussi agréable de ne pas être caché. Si tu t'assieds entre d'autres personnes, le son peut s'estomper. Jos disait bien que si la harpe s'assied à côté des contrebasses ou des cors, le son est mangé. Donc si la harpe s'assied à côté du chef, cela a certainement une valeur musicale ajoutée. De plus, cela correspond aux images des anciens orchestres où la harpe s'asseyait parfois même entre les premiers et les seconds violons. Je suis donc vraiment à ma place. (rire) Mais de nos jours, on nous apprend à placer la harpe à l'arrière.

Dommage pour un si bel instrument.

QUOI : Belcanto!

QUI: Julia Lezhneva [soprano], Anima Eterna o.l.v. Giovanni Antonini

OÙ: AMUZ Antwerpen

QUAND : 13-01-'23

OÙ: Concertgebouw Brugge

QUAND: 14-01-'23

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