Pionnier de la couleur sonore et de l'imagination
Le temps n'a pas de pitié, cela fait déjà dix ans que Luc Brewaeys nous a quitté le 18 décembre après une longue maladie. Personne ne pouvait le critiquer, mais hélas, la nature le pouvait et bien trop tôt. Luc célébrait la Vie à sa manière très particulière et singulière. Il ne serait pas d'accord avec une année commémmorative où coulent trop de larmes. Il la célébrerait lui-même, avec son large rire contagieux et il offrirait à chacun un verre du meilleur whisky. Car oui, Luc ne connaissait pas seulement tout, mais vraiment tout de la musique, il connaissait aussi beaucoup de cette divine boisson écossaise et des cigares.
Luc Brewaeys (1959–2015) était un compositeur et un homme remarquable, singulier, extraordinairement coloré avec une résonance internationale et insuffisamment nationale. Sa musique se caractérise par une exploration approfondie de la couleur sonore, de la structure et de l'espace. Le spectralisme était indubitablement son domaine qu'il a perfectionné. Luc faisait plus que composer, il respirait la musique, il mangeait la musique, il buvait la musique. Il en parlait avec enthousiasme et en écrivait aussi. C'est ainsi qu'il s'est proposé spontanément comme collaborateur bénévole, le tout premier !, de Klassiek Centraal. C'était fin décembre 2008. Plus tard, il m'aurait fait une impression inoubliable chez moi quand nous avons parlé de bien plus de choses que (à l'époque encore momentanément) « mon » site web. C'est lui et personne d'autre qui a su me convaincre d'ouvrir finalement une oreille à la musique classique « contemporaine »,"“Je pense que c'est aussi une notion erronée avec beaucoup de charabia dedans, sacrebleu !” d'écouter et d'essayer de comprendre. Ses premières années et sa formation musicale
Luc Brewaeys est né le 25 août 1959 à Mortsel. Sa formation musicale supérieure a commencé au Conservatoire Royal de Bruxelles, où il a étudié la composition avec André Laporte. Sa quête de nouveaux univers sonores l'a mené en Italie, où il a suivi des cours avec Franco Donatoni à Sienne. À Darmstadt, il s'est mis en contact avec Brian Ferneyhough, une figure importante de la musique contemporaine. De 1980 à 1984, il a entretenu des contacts intensifs avec Iannis Xenakis à Paris, ce qui a encore enrichi son langage musical.
Outre ses études de composition, Brewaeys était également actif en tant que pianiste, chef d'orchestre et technicien du son à la VRT. Cette polyvalence lui a permis de donner vie à ses idées musicales à la fois en studio et sur scène. Comment en serait-il autrement pour un homme doté d'une oreille absolue, d'une mémoire musicale extrêmement rare et d'un grand génie sur plus d'un plan musical, qui se donnerait à l'extrême ? Il devait, il ne pouvait pas faire autrement. Et pourtant, une telle personne disparaît encore trop tôt ou peut-être pas ? Était-il, tout comme d'autres grands génies musicaux qui sont partis trop jeunes, spirituellement épuisé d'une certaine manière comme nous, simples mortels, ne pouvons pas le percevoir, même s'il prétendait être plein d'idées ?
Percée et reconnaissance internationale
En 1985, Brewaeys a remporté le Concours européen de jeunes compositeurs avec sa Première Symphonie, intitulée « ..., e poi c'era ... ». L'année suivante, il a reçu le premier prix de l'UNESCO pour les compositeurs jeunesse. Ces premiers succès ont établi sa réputation dans le monde de la musique internationale. Sa Deuxième Symphonie, « Komm ! Hebe dich… », a été créée en 1987 et a été louée pour sa structure complexe et sa riche palette sonore. Dans les années qui ont suivi, Brewaeys a écrit une série d'œuvres orchestrales qui ont renforcé sa réputation de maître de la symphonie contemporaine. Des œuvres telles que Talisker (1993) et Laphroaig – Symphony No. 5 (1993) ont montré sa capacité à combiner les formes traditionnelles avec des concepts sonores innovants. Tout cela sans parler de « Fasten seat belts »… Cette dernière est une légende en soi et le titre de cette œuvre orchestrale est devenu immédiatement aussi le titre d'un livre lancé au début de l'année de célébration – pas une année commémorative, oh non –. Plus à ce sujet dans notre rubrique critiques de livres.
Talisker est un whisky et aussi une composition…
L'orchestre, pour Luc, n'était pas seulement une collection d'instruments, mais un laboratoire sonore étendu qui pouvait être développé et adapté de toutes les manières possibles et impossibles et qui pouvait dépasser les sons d'orchestre connus jusqu'aux confins les plus lointains. Il expérimentait la texture, la dynamique et l'espace et créait des compositions qui étaient à la fois visuellement et auditivement impressionnantes. L'électronique n'était jamais loin. Il a sondé les limites de l'oreille humaine. L'avant-gardisme et autres particularités, il a su les mouler dans des formes qui d'une certaine manière reflétaient son propre être.
Son œuvre Talisker est un exemple de son approche innovante, où il a utilisé l'orchestre pour créer un monde sonore riche et multicouche. C'était l'œuvre d'ouverture d'Anvers « 93 » (capitale culturelle de l'Europe) dans le magnifique bâtiment de la gare d'Anvers. Oui, bien sûr !
“Talisker c'est encore un whisky. Haha, c'est encore une de ces bonnes petites choses et euh, il n'y a rien d'autre à chercher derrière” . Nous apprenons immédiatement que vous devez déguster le single malt et regardez, c'est exactement ce que vous devez faire avec la musique de Luc. Absolument pas trop, avec modération, limité et en dégustant, en savourant, en vous laissant submerger et inspirer. Bien sûr, vous devez (essayer de) l'aimer ou apprendre à l'apprécier. N'est-ce pas, Luc ?. Nous apprenons immédiatement qu'il faut déguster un single malt et regardez, c'est exactement ce que vous devez aussi faire avec la musique de Luc. Absolument pas trop, avec modération, limité et goûter, savourer, vous laisser submerger et inspirer. Bien sûr, il faut (essayer de) l'aimer ou apprendre à l'apprécier. N'est-ce pas Luc ?
En 2005, Brewaeys a commencé à réorchestrer les Préludes de Claude Debussy. Cette ambition a abouti à deux recueils d'orchestrations, exécutés par l'Orchestre symphonique d'Anvers sous la direction de Daniele Callegari. Ces œuvres ont été louées pour leur approche respectueuse et novatrice de l'œuvre pour piano originale. Il est même allé jusqu'à considérablement améliorer la qualité des œuvres originales, une preuve supplémentaire de sa polyvalence et de son génie. Il a en quelque sorte « achevé » les pièces pour piano en en créant de magnifiques œuvres orchestrales. Il a ainsi prouvé qu'il était absolument plus grand que Debussy.
Opéra, maladie et dernières œuvres
En 2007, Brewaeys a achevé son premier et unique opéra, L'uomo dal fiore in bocca, basé sur la pièce de Luigi Pirandello. L'opéra a été créé à la Monnaie de Bruxelles et a été salué pour son intensité dramatique et sa profondeur musicale. L'œuvre raconte l'histoire d'un homme atteint d'un cancer de la bouche et de la gorge et ses conversations avec un passant de fortune. Une semaine après la première, Luc a appris qu'il souffrait du même cancer qui allait lui être fatal. Entre-temps, il a conservé son humour en disant : « J'ai beaucoup de tumeur »... Il a ri au nez de la maladie.
Au cours des dernières années de sa vie, Brewaeys a continué à composer malgré sa maladie. Des œuvres comme Eppur si muove (2014) et On a day (2015) témoignent de sa quête continue d'une nouvelle expression musicale. Sa Huitième Symphonie est restée inachevée, mais les fragments qui ont été préservés offrent un aperçu de ses dernières idées musicales. C'est la compositrice Annelies Van Parys qui a l'honneur de compléter l'œuvre, ou plutôt de la parfaire d'une manière que Luc apprécierait certainement. Il est difficile d'imaginer quelqu'un qui pourrait mieux le faire qu'Annelies.
Le Concours Reine Élisabeth rejette sa commande de composition
Pour l'édition Chant du Concours Reine Élisabeth 2011, on lui a confié une commande de composition. Pour cela, Luc a composé « Speechless Song », un exemple d'œuvre contemporaine et pourtant classique, unique en son genre, où le talent du chanteur s'exprime de toutes les façons. Cependant, le jury a trouvé que l'œuvre était « trop difficile à étudier en peu de temps ». C'était le seul CRE sans œuvre imposée. Imaginez un peu. C'était un pur scandale, une honte majeure pour le CRE. Luc Brewaeys a été justement très offensé. Nous en avons parlé longtemps, échangé des courriels et des appels, et je regrette encore que nous ne l'ayons pas fait jouer à la cérémonie des Juno cette année-là, même si tu ne pouvais pas y être, mon cher Luc... Cette « œuvre trop difficile » a depuis été jouée à d'innombrables reprises dans de nombreuses salles grandes et petites, et lors de la représentation du jubilé, la soprano Lieselot De Wilde l'a interprétée exactement comme Luc l'aurait souhaitée. Ce n'est pas une œuvre simple, pas quelque chose de mélodiquement facile, c'est un résumé de 1 000 ans de chant d'art avec une ouverture sur ce qui pourrait encore venir. Et oui, pour un concours qui veut être le meilleur du monde, cette œuvre est précisément la plus belle œuvre imposée imaginable.
Professeur de composition – enfin (mais pas en Flandre...)
Il était ravi, ce polyglotte éloquent, quand il a finalement été nommé professeur de composition au conservatoire de Rotterdam. Malheureusement, sa maladie l'a frappé impitoyablement, le forçant à abandonner bien trop tôt. Cela aurait couronné son œuvre malheureusement inachevée en tant que professeur exceptionnel. Auparavant, il avait enseigné de 1998 à 2000 au conservatoire de Gand. Il avait été professeur invité dans de nombreux pays, dont le Canada, les Pays-Bas, la Croatie, la Bulgarie et d'autres, et avait donné des masterclasses. Pour ses étudiants, en fait pour tous, Luc était un gars passionné rempli d'esprit vif et parfois d'humour noir qui le caractérisait, ce qui donnait aux cours une attraction supplémentaire.
Luc et Klassiek Centraal
Il a participé activement pendant un court moment, mais sa maladie l'a limité. Néanmoins, il est resté intensément impliqué de près. Il a reçu une large reconnaissance pour cela. Wim Henderickx (1962-2022) et Lucrèce Maeckelberg lui ont remis chez lui le diplôme de rédacteur en chef d'honneur de Klassiek Centraal (2011) car il était trop malade pour le recevoir lors de la célébration des Cinq Ans de Klassiek Centraal à l'hôtel de ville de Bruxelles. Son implication dans Klassiek Centraal était une extension de sa passion pour la musique et de son désir de donner une plateforme à la musique contemporaine. Il croyait fermement au pouvoir de la communication et de la documentation pour accroître l'appréciation de la nouvelle musique et il voulait ajouter une dimension supplémentaire à cela via notre webmagazine.
Fondation Luc Brewaeys avec année de festivités
Luc Brewaeys est décédé le 18 décembre 2015, mais son héritage musical perdure. La {{NOTRANSLATE_0}} joue un rôle actif dans la préservation et la promotion de son œuvre et organise des événements et des représentations en mémoire du compositeur. L'année 2026 sera marquée par des activités nombreuses au cours desquelles le compositeur sera célébré. Lors de la présentation officielle de l'année de festivités, qui s'est déroulée le 3 novembre 2025 dans le foyer de l'opéra anversois avec un discours savoureux de son ami d'enfance Jan Raes – actuellement directeur d'Opera Ballet Vlaanderen – et de Chantal Pattyn, gestionnaire de réseau de Klara, nous avons appris que le diffuseur enregistrerait et diffuserait tous les concerts dans le cadre de la célébration. Le 18 décembre 2025, jour marquant exactement dix ans après le décès de Luc, la chaîne consacrera quatre heures, à l'émission de l'après-midi, à Luc Brewaeys et ne diffusera que ses œuvres. La ministre de la Culture, Caroline Gennez, a admis ne pas avoir connu Luc, mais son mari le connaissait et appréciait certainement sa musique. Dans un discours riche en belles paroles, elle a honoré non seulement le compositeur, l'artiste, mais surtout l'homme qu'il était, et malgré les restrictions budgétaires, elle a témoigné de sa satisfaction d'avoir attribué une subvention de projet pour cette année de festivités particulière. Maarten Beirens a donné un aperçu de tout ce que l'année de festivités réserve et Maarten Vergauwen a interprété à la saxo soprano « Dirge for Dina », qui explore les limites de l'audition. Melissa Portaels de Matrix, le Centre pour la Nouvelle Musique, a apporté quelques explications sur le livre du souvenir ou est-ce un livre de remerciements. La veuve de Luc, la musicologue Birgit Van Cleemput, a reçu les premiers exemplaires de l'édition complète des compositions de Luc des mains de Davo van Peursen, directeur de la maison d'édition Donemus.
Humour
Terminons avec un trait typique de Luc : « Il n'y a pas beaucoup de blagues sur les compositeurs – malheureusement – mais il y en a une, c'est un jeu de mots et qui ne marche d'ailleurs que en néerlandais, c'est fou, car c'est comme la plupart des blagues et des jeux de mots qui ne fonctionnent pas bien en néerlandais, mais celui-ci fonctionne bien et dans aucune autre langue. Donc deux compositeurs se rencontrent. L'un dit à l'autre « Bonjour, comment allez-vous ? », auquel l'autre répond : « Ah, je ne peux pas dire que ça va mal, et vous aussi vous vous en sortez bien ? »
Conseils de visionnage et d'écoute
Pour mieux comprendre l'œuvre et la personnalité de Luc Brewaeys, voici quelques vidéos recommandées. Elles offrent un complément précieux pour ceux qui veulent en savoir plus sur la vie et l'œuvre de Luc Brewaeys.
Canvas Klassiek : Luc Brewaeys. Straight
Un portrait télévisé captivant qui offre un aperçu du processus créatif de Brewaeys.
- Regarder la vidéo
The Whisky Tour – Un hommage à Luc Brewaeys
Un documentaire qui explore son « cycle whisky » et présente des exécutions de ses œuvres. - The Whisky Tour – Un hommage à Luc Brewaeys
Un documentaire qui explore son « cycle du whisky » et présente des exécutions de ses œuvres.
Un documentaire qui explore son « cycle whisky » et présente des exécutions de ses œuvres. - L'homme à la fleur à la bouche – Extrait de l'opéra
Un fragment de son unique opéra, interprété par l'Opera Ballet Vlaanderen.
Un documentaire qui explore son « cycle whisky » et présente des exécutions de ses œuvres. - Talisker – Représentation en direct
Une représentation de son œuvre orchestrale Talisker, qui illustre son approche innovante du timbre sonore.
Un documentaire qui explore son « cycle whisky » et présente des exécutions de ses œuvres.







