DE SINGEL a ouvert sa saison en grande pompe avec une présentation théâtrale phénoménale : Pilgrimage. Un pèlerinage contemporain et exploratoire mis en scène par le compositeur Siebe Thijs et le metteur en scène Ferenc Balcaen en collaboration avec quatre performers/musiciens exceptionnels : Junior Akwety (performer/chanteur), Arturo den Hartog (contre-ténor), Suzan Peeters (accordéon) et Nathalie Van Meirvenne (flûte), ainsi qu'une équipe artistique diversifiée.
Les quatre corps, Akwety, den Hartog, Peeters et Van Meirvenne, traversent un paysage en constante transformation. Ils jouent des instruments, mais aussi des corps et des sculptures. Ils sont perpétuellement en mouvement, à la recherche d'un endroit qui leur est encore étranger. En suivant leurs pas, ils se perdent, se fondent avec quelque chose d'inconnu et retrouvent, sous d'autres formes, ce qu'ils croyaient avoir laissé derrière eux.
Ce pèlerinage contemporain explore la tension entre l'intérêt personnel et le partage, entre l'individu et le collectif. Il y a réflexion et communication sur et avec l'autre. Des rencontres et des adieux ont lieu dans une succession magique de fragments intimes, ludiques, chaotiques, surprenants et hystériques.

Le point de départ de cette production multidisciplinaire est le dernier cycle de chansons « A Pilgrimes Solace » (1612) du compositeur de la Renaissance, luthiste et chanteur John Dowland. Dans les passages les plus lyriques de la pièce, nous pouvons entendre l'écho de la musique de Dowland, qui semble devenir plus concrète vers la fin. Notamment lorsque Akwety et den Hartog interprètent un magnifique duo émouvant. Néanmoins, l'œuvre reste avant tout très contemporaine avec une vision singulière de ce que signifie être en route dans le monde d'aujourd'hui.
Au début, les quatre corps semblent en harmonie sur leur île commune, au départ de leur pèlerinage. Pourtant, très rapidement, ils suivent chacun leur propre chemin. Les îlots se dispersent dans l'espace, tout comme les individus, qui se rencontrent occasionnellement et résonnent ensemble. Les éléments vocaux, instrumentaux et visuels sont complétés par des fragments auditifs provenant d'enregistrements de terrain. Ces enregistrements ont été réalisés au début du processus créatif lors de la marche commune de l'équipe artistique.
Dans la musique, on retrouve plusieurs motifs récurrents, comme l'expression corporelle associée au jeu d'un instrument. Cette combinaison unique crée des timbres magnifiques et très spécifiques. Par moments, il semble que deux corps jouent le même instrument, qu'il s'agisse de l'accordéon, de la flûte basse ou même de la voix ! Cette combinaison unique contribue à l'expérience magique et à l'aventure des voyageurs et constitue également pour le public un élément musical-visuel intrigant. Dans la musique elle-même, la respiration semble jouer un thème crucial, tant dans les interludes vocaux qu'instrumentaux. La respiration se transforme souvent en halètement et inversement, comme si les corps étaient épuisés par l'effort physique de leur voyage. Les corps ainsi que la musique sont parfois fermés, chercheurs, et par moments très intimes ; ils se transforment continuellement grâce à des éléments chorégraphiques réfléchis. L'espace et le décor dans lesquels ils évoluent se développent organiquement de manière surprenante et parfois ludique.
Le compositeur souhaite attirer l'attention sur l'espace intermédiaire qui se déploie du point A au point B. Pour beaucoup de gens, cet espace intermédiaire peut sembler inutile. Cependant, selon lui, cet espace offre la possibilité de réflexion ou même de rencontres avec un autre pèlerin. La marche du point A au point B peut se faire de différentes manières, comme la marche, le chancelage, la fuite ou même une marche de protestation ou de fête commune (cfr. auf die Straße... I).
L'histoire qui se déploie, pratiquement sans dialogue parlé, apparaît initialement plutôt abstraite, mais devient tangible au fur et à mesure grâce à l'enchaînement logique des événements. Tout comme dans les œuvres classiques établies, nous trouvons des moments de reconnaissance et de repère. C'est au public de se lancer lui-même dans un pèlerinage et donc de compléter partiellement l'histoire par lui-même.

L'analyse et la critique d'une œuvre qui sera vécue différemment pour chaque individu du public semble plutôt inappropriée. C'est pourquoi, en guise d'exception, j'écrirai à la première personne, mais très brièvement 😉.
Par moments, j'ai été émue, confuse ou même effrayée, mais j'ai aussi pu rire et sourire. Une véritable montagne russe d'émotions, mais surtout, je dois dire que j'ai apprécié une œuvre audiovisuelle contemporaine, singulière et exploratrice unique et magnifique. Bravo à tous ceux qui ont été impliqués et ont contribué à sa réalisation !
Vous n'avez pas pu y assister ce week-end ? Ne craignez rien, les prochaines représentations auront lieu à Bruxelles, KVS Box le 18 février 2026 et à La Haye, Amare le 8 mars 2026.

Théâtre transparent
concept, direction musicale, musique : Siebe Thijs
direction finale
performance
contratenor
accordéon
flûte
lumière, scénographie
création costumes
scénographie, création décors
chorégraphie
son, coordination technique
Regard extérieur
production
Siebe Thijs Muziektheater Transparant
coproduction
DE SINGELKVS (Bruxelles) Plateforme 0090 (Anvers)C-TAKT (Pelt)Perpodium (Anvers)
avec le soutien de
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