Le talent d'Isabelle Beernaert s'est affiné et cristallisé au fil des années. Comme tout un chacun, elle a été façonnée et polie par la vie. En tant qu'artiste, elle a atteint un moment charnière où elle ne veut pas seulement plaire au public, mais aussi le mettre en contact avec son propre univers de pensée dans une fusion d'énergie spirituelle et physique, quelque chose de substantiel qui touche à l'essence de notre existence.
Dans Particles of God, pas de paroles de chansons transposées en langage corporel, mais une musique abstraite qui vibre et s'anime, entraînant ses danseurs dans un regroupement de forces vers les régions supérieures. En tant que danseuse et chorégraphe, Isabelle Beernaert est profondément enracinée dans Mère Terre, ses bras comme des branches solides tendus généreusement vers le ciel. Elle expérimente la méditation comme une introduction à un domaine qui transcende et dépasse la volonté et le contrôle purement humains. C'est ce dont elle communique : « Je fais mes productions pour toucher les gens à différents niveaux de conscience. La danse est un langage silencieux qui raconte et émeut tant à la fois. »
Le regard tourné vers l'intérieur
Le monde tangible et visible fait partie d'un monde plus vaste et plus englobant auquel appartient aussi l'innommable. L'homme perturbe constamment l'équilibre cosmique. La nature reste maître du maître et est présente de manière importante dans le spectacle. Sa plus récente chorégraphie Particles of God est à la fois existentielle et poétique. Nous sommes tous constitués du même tissu que le monde qui nous entoure. Pour elle, c'est depuis un moral high ground un voyage hypnotisant entre la poussière et l'éternité. Comme contrepoint à la souffrance, nous avons la beauté, le moyen d'expression de Beernaert est la DANSE. Ce spectacle témoigne d'une conscience stylistique d'acier des possibilités visuelles et expressives du corps.
Choix musical
Elle a opté pour une musique essentiellement minimaliste, souvent avec une sonorité éthérée. Une musique d'une intensité écrasante. Isabelle Beernaert oppose le spirituel à la vie physique. Un monde où l'extraverti et l'introverti s'opposent constamment. Dans le spectacle, essentiellement de la musique live du compositeur et violoniste belge Peter Bogaert qui se déploie comme un fil rouge tout au long du spectacle. Sa musique se caractérise par une quête, un postminimalisme rythmique qui ne craint néanmoins pas la complexité. En outre, des œuvres de Philip Glass, Max Richter, J. S. Bach, Johann Johannson, Pergolesi, Peteris Vasks interprétées par la violoniste norvégienne de haut niveau Mari Samuelson. Dans le spectacle, Peter Bogaert dialogue souvent avec elle. Cela crée une paysage sonore magnifique et impressionnant.



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Un bain méditatif
À l'entrée de la salle, le public voit un texte projeté sur le rideau qui le prépare quelque peu à ce qui sera montré. Un texte philosophique profond. L'essence en est : « All of the external forms are lovely, but the real work is your inner connection ».
Dans la phase suivante, le public est invité à fermer les yeux pour un moment méditatif, des voix qui bourdonnent avec au-dessus un soprano cristallin l'y aident. Phase trois : dans une lumière filtrée, une silhouette en kimono noir est positionnée au centre de la scène. Le violoniste Peter Bogaert passe délicatement son instrument, une musique mélodieuse et atmosphérique qui est soudainement traversée par des dissonances dures. Un accident ou une maladie survient aussi soudainement et inopinément du ciel. La terre ne s'arrête pas, elle continue de tourner. La musique continue aussi très harmonieusement. Douze danseurs, une distribution internationale de premier plan, montent dignement sur scène. Leurs tenues, de nombreuses couches de tissu fin les unes sur les autres, dans une palette de tons beige et brun, ont une allure orientale. Une belle pièce d'artisanat de la styliste espagnole Rosa Esteva. Les danseurs ouvrent leurs bras, se courbent humblement, se redressent, tendent les bras vers le ciel. Beernaert met en avant tous les éléments naturels : le vent, la tempête, la foudre, la pluie, le flux et le reflux. Comme des feuilles au vent, les danseurs tourbillonnent sur la scène. Un magnifique éclairage atmosphérique et des formations nuageuses qui passent complètent le tableau. Les danseurs sont emportés par le vent ou lui font face. Les légers tissus gonflés des costumes donnent une dynamique supplémentaire à l'ensemble.
Beernaert construit sa scénographie autour de quelques idées centrales : Meditation, Guiding, Like a Phoenix, Beliefs, And Sorrow, Radiant, In Broken Ashes. Sur le Stabat Mater de Pergolesi, une figure se tient dans la masse et n'est pas vue. Tu es touché par la beauté insondable de la composition. Un exemple de connexion spirituelle, un phénomène insaisissable. Le contraste en est d'autant plus violent. Les individus se tiennent face à face, mais ne se voient pas, se regardent à travers. L'indifférence règne. Les gens ne se connectent plus les uns aux autres ni avec la nature. Elle laisse les éléments naturels jouer un rôle prépondérant. Les corps des danseurs se meuvent selon la force organique libératrice qui les relie à l'univers dont ils sont issus. S'efforcer de pénétrer l'intérieur, afin d'y actionner un interrupteur vers des moments de connexion.
© Kim Vos / Vêtements : Cortana
© Kim Vos / Vêtements : Cortana
© Kim Vos / Vêtements : Cortana
Polyvalente
Beernaert montre sa polyvalence dans les différents styles de danse qui sont présentés : l'élégance raffinée avec le ballet classique gracieux, le travail au sol contemporain, le yoga et le Qi gong. D'autres techniques, d'autres postures, d'autres formes pleines de tension et de relief. Ceci avec des solos, des duos, des scènes de groupe. Le duo est très émouvant : In Broken Ashes. Impressionnant est le groupe de six couples avec des portés simultanés. Elle joue aussi avec la lumière et l'obscurité. À un moment, un seul danseur est sur scène, la lumière s'éteint, se rallume et la scène est peuplée de douze danseurs. Cela se produit plusieurs fois dans des configurations complètement différentes. Le violoniste dans son kimono sombre est très présent sur scène. À certains moments, il est Leader of the game. Il joue à l'avant de la scène et son ombre est énormément agrandie sur le fond. Face à cela se tient l'être humain petit et chétif. Le spectacle se termine avec la chanson 'If you go away' interprétée par Tout va bien. Alors que la chanson s'estompe progressivement, le violoniste Peter Bogaert reprend avec un magnifique accord final avec la Sarabande de Bach dans un arrangement de Peter Gregson. Le mélange musique/danse touche.
Même les salutations deviennent une œuvre d'art. Un à un, le nom des danseurs est projeté sur le fond, ils s'avancent, saluent, puis forment ensemble un tableau vivant. C'est du perfectionnisme.
Particles of God est selon mon humble avis la création la plus authentique et pure d'Isabelle Beernaert. Elle joue avec les extrêmes : la force naturelle versus l'éthéré et le transcendant. Un spectacle généreux qui dépasse amplement les attentes. Un tourbillon de musique, de lumière et de mouvement. On en reste bouche bée.
- Direction artistique, chorégraphie et production : Isabelle Beernaert
- Violoniste : Peter Bogaert
- Musique : Philip Glass, Max Richter, Bach, Johann Johannson, Pergolesi, Peteris Vasks
- Danseurs : Annlydie Groenen, Manon Beernaert Riflettivo, Riccardo Sbrighi, Sofie Konings, Dries Verstreepen, Benjamin Herder, Isabella Halek, Finn Fransen, Emma de la O , Julia Canard, Erik Cataldo, Iuri Da Silva Costa, Klaudia Mierzejewska
Planning
OCTOBRE
Dim 30
Antwerpen
Stadsschouwburg
NOVEMBRE
Dim 13
Heist Op Den Berg
CC Zwaneberg
Dim 20
Oostende
Kursaal
DÉCEMBRE
Dim 4
Kortrijk
Schouwburg
JANVIER
Sam 28
Brugge
Concertgebouw
Dim 29
Hasselt
CC Hasselt
FÉVRIER
Ven 10
Gent
Capitole
Dim 19
Vilvoorde + introduction
CC Bolwerk
MARS
Dim 5
Turnhout
De Warande
Ven 17
Genk
C-Mine