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Critiques

SELON DESIR au Ballet Vlaanderen

V
· 7 min de lecture
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SELON DESIR au Ballet Vlaanderen

Ballet Vlaanderen apporte avec 'Selon Désir' une représentation exhaustive qui brille, rêve, se cabre et rend aussi un vibrant hommage à Nijinski, sans doute le danseur le plus iconique de l'histoire.

Grâce à son leadership inspirant et à sa réputation mondiale, Sidi Larbi Cherkaoui peut sélectionner la fine fleur du talent de danse international émergent et attirer un petit groupe de chorégraphes reconnus.

Le répertoire offert au cours de la soirée est extrêmement varié et exigeant. Cependant, une remarque s'impose. Quatre chorégraphies d'affilée, avec à chaque fois une pause d'une vingtaine de minutes est peut-être trop de bonnes choses. Particulièrement la dernière chorégraphie et création mondiale 'The Heart of August…continued', d'une durée de 55', demandait trop au spectateur moyen.

  • Les Noces
  • musique Igor Stravinsky
  • chorégraphie Edward Clug

A pour thématique le rite de passage émouvant entre l'enfance et l'âge adulte et le mariage arrangé en Russie au siècle dernier. Le chorégraphe roumain et directeur artistique du Maribor Ballet en Slovénie, Edward Clug, a créé sa propre version de ce chef-d'œuvre de Stravinsky pour Ballet Vlaanderen dès 2013. Ce qui l'a surtout déclenché est de regarder une tradition d'une autre culture à travers un prisme contemporain. Il place la bravoure face à l'incertitude. L'ensemble est joué et dansé légèrement et joyeusement. La mariée et le marié sont assistés dans ce rituel par des amis et amies pleins d'espièglerie. La musique est entraînante, un tourbillon de fureur orchestrale. Ceci est transformé en un langage de mouvement unique, un chaos ordonné. Le vocabulaire de danse est contemporain, mais néanmoins le lien avec la Russie n'est pas entièrement rompu, car il y a notamment des danses rondes à voir. La mariée : Lara Fransen et le marié Philipe Lens convaincent par leur naturel et leur curiosité. La mère : Jöelle Auspert et le père : Matt Foley tentent de marier leurs enfants. Un joli ballet anecdotique.

  • L'Après-Midi d'un Faune
  • musique Claude Debussy
  • chorégraphie Vaslav Nijinski

Première originale Ballets Russes, Paris, 29 mai 1912. À travers le fleuve sinueux du temps, cette œuvre demeure exemplaire et est considérée comme le point de départ de la danse moderne.

Principal, Wim Vanlessen, ajoute avec cette interprétation sobre un rôle unique à son palmarès déjà bien rempli. Nombre de ses contemporains ont déjà renoncé. Contraints parce que leur corps était usé, d'autres parce qu'ils ne supportaient plus la discipline quotidienne. C'est un danseur avec une élégance réservée et une présence scénique qui crépite comme une charge statique se dégageant de lui. Il faut sans cesse se redéfinir dans un rôle. La métamorphose est toujours complète : le soin, la précision, la gravité sont admirables. Il a déjà montré de nombreuses facettes de son talent inépuisable, mais le potentiel présent continue de surprendre. Décor, accessoires et gestuelle, on dirait des mouvements figés qui vous catapultent dans une autre époque. Le Faune repose sur une petite colline sa flûte de Pan à la bouche. Nijinski s'est inspiré des représentations de femmes sur les vases grecs et romains. Trois nymphes s'avancent majestueusement sur la scène. Cela laisse le Faune complètement indifférent. Trois autres encore. Aucune réaction. La première nymphe, Ana Carolina Quaresma, attire cependant immédiatement son attention. Sensuellement et délibérément, elle se dépouille de quelques voiles. Il la poursuit, la renifle. Les nymphes disparaissent de la scène. Le Faune ramasse le voile abandonné et en hume le parfum. Les mouvements sont fascinants et bizarres. Intrigants par leur simplicité et leur maîtrise. Pour un danseur dynamique comme Wim Vanlessen, ce langage de mouvement réduit au minimum doit être une forme de contemplation et d'ascèse. Finalement, le Faune se retire à sa place, étale le voile, s'y allonge dans un mouvement orgastique. Se replongeant en 1912, ce climax doit avoir été extrêmement choquant. Ce court ballet, à peine 11' sur la belle musique de Claude Debussy, sur un poème de Mallarmé, offre une fenêtre merveilleuse sur la scène artistique du début du siècle dernier et rend l'époque très tangible.

  • 'Selon Désir'
  • musique Johann Sebastian Bach & Julien Tarride
  • chorégraphie Andonis Foniadakis

Les chemins de Sidi Larbi Cherkaoui et Andonis Foniadakis se sont croisés à plusieurs reprises. Il y a environ dix ans, la chorégraphie 'Selon Désir' pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève était programmée aux côtés d'une œuvre de Larbi. Pour ce travail, il a choisi les puissantes Passions selon saint Jean et saint Matthieu de Bach. Une musique écoutée massivement au fil des siècles, combinée à la musique électronique contemporaine de Julien Tarride. Foniadakis transforme la puissance dramatique en un kaléidoscope de mouvement. Il y a une action constante à un tempo vertigineux avec des flots d'énergie ininterrompue. L'ingéniosité de Bach est stupéfiante. Il réussit constamment à trouver la forme et les figurations justes pour évoquer une atmosphère appropriée, ce qui se prolonge dans la chorégraphie. Chargée d'une inquiétude spirituelle, lyrique mais aussi fiévreuse. L'approfondissement d'une telle musique est une catégorie en soi. Foniadakis montre que le drame n'a pas besoin d'être amplifié pour séduire. Il abstrait le contexte religieux. Cette chorégraphie témoigne d'une intensité et d'une dynamique extraordinaires. Une énergie qui converge. Dix-huit corps qui gravitent autour les uns des autres, se trouvent et révèlent le potentiel complet des danseurs dans une merveilleuse interaction entre la musique et la danse. L'éclairage aussi, en cinquante nuances de gris, contribue fortement à l'atmosphère. Les danseurs sont vêtus de manière contrastante en tenues colorées et multicolores. Les hommes et les femmes portent des jupes qui s'évasent magnifiquement lors des arabesques et des sauts, donnant à l'ensemble quelque chose d'élégant. Les cheveux lâches et volants des jeunes filles donnent encore un mouvement supplémentaire. Tout le monde danse pieds nus. Une chorégraphie qui, par la grâce et l'énergie, a su piquer les sens du public et a reçu une très bonne réception.

  • The Heart of August… Continued (création mondiale)
  • musique Gavin Bryars, interprétation musicale HERMESensemble
  • chorégraphie et lumière Édouard Lock

Le HERMESensemble collabore avec le compositeur britannique Gavin Bryars dans la création d'une nouvelle œuvre de danse-théâtre du chorégraphe marocain-canadien Édouard Lock. Cette création mondiale THE HEART OF AUGUST est produite et créée en deux parties, en étroite collaboration entre le chorégraphe, le compositeur et les musiciens du HERMESensemble. Dans cette deuxième partie aussi, Édouard Lock est concepteur des lumières et crée une architecture capricieuse.

Cette chorégraphie s'ouvre avec deux danseurs : un homme et une femme. Lui piégé dans un rayon de lumière, se mouvant activement avec les bras et tournoyant sur son axe. Elle le regarde. Veut-il impressionner la jeune fille ? Cela fait penser à une danse d'accouplement, à la parade d'un oiseau. Les musiciens du HERMESensemble sont assis à l'arrière, dispersés sur toute la largeur de la scène dans une lumière diffuse. Le chorégraphe le décrit comme du théâtre musical de danse temporel syncopé. Il existe une unité scénique entre les musiciens et les danseurs. Gavin Bryars a composé une magnifique œuvre dans le respect du passé et la création de quelque chose de nouveau. À travers la composition résonnent parfois des relents de valse viennoise, puis des sonorités de tango. Les musiciens se mêlent parfois aux danseurs et les poussent à un tempo infernal. Les hommes dansent le torse nu. Par le jeu de la lumière et de l'ombre, leurs corps sculptés ressortent magnifiquement. Les jeunes filles dansent sur pointes. Il y a aussi beaucoup de battements à voir dans des séquences fortement articulées, à côté de tableaux vivants, figés dans un flash lumineux. La musique est particulièrement bien analysée dans un détail stupéfiant. Pratiquement chaque note reçoit une interprétation dansante à une vitesse vertigineuse, rebondissant d'une énergie nerveuse. Un véritable combat d'usure. La complexité du mouvement est hallucinante. Mais… cette chorégraphie est trop étirée pour continuer à captiver. Tuez vos chéris.

Une chose est certaine : Ballet Vlaanderen est une compagnie polyvalente qui convainc à la fois dans la danse classique, néoclassique et moderne.


  • QUOI : Spectacle de ballet Selon Desir: Les Noces, L'Après-Midi d'un Faune, 'Selon Désir', The Heart of August… Continued
  • QUI : Ballet Vlaanderen
  • OÙ & QUAND : 14 avril 2018, Opéra Antwerpen
  • PHOTOS : © Filip Vanroe OperaBallet Vlaanderen[embed]https://vimeo.com/262973345[/embed]
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