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Critiques

Inspiré par la religion

W
· 4 min de lecture
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Inspiré par la religion
© Bjorn Comhaire

Dans ce concert du Festival van Vlaanderen Gent, le Quatuor pour la fin du temps d'Olivier Messiaen était au centre de l'attention. La clarinettiste Greet Samyn ouvre le concert. Le compositeur français Olivier Messiaen est connu comme un compositeur religieux, d'inspiration catholique, dont les œuvres ne sont pas souvent jouées. Outre la clarinettiste Annelien Van Wauwe, trois autres musiciens se trouvent sur scène : la violoniste Alexandra Soumm, le violoncelliste Louis Rodde et la pianiste Paloma Kouider.

Outre les grandes œuvres orchestrales et la musique de chambre, il est connu pour ses œuvres pour orgue. Souvent des œuvres tristes et tragiques, qui méditent musicalement sur la souffrance du Christ. Pour ce quatuor pour clarinette, violon, violoncelle et piano aussi, Messiaen a puisé son inspiration dans la Bible, plus précisément dans l'Apocalypse de Jean, où il est question de la fin du monde et de la fin des temps.

Annelien Van Wauwe

La violoniste, la pianiste et le violoncelliste font partie du Carousel Chamber Music Ensemble, fondé en 2019 par la clarinettiste Annelien Van Wauwe.

Van Wauwe est la fierté belge du monde de la clarinette. À peine âgée de quarante ans, elle est une digne héritière de grands clarinettistes comme Walter Boeykens ou Freddy Arteel. C'était pour moi la première fois que je pouvais les écouter en direct.

Avant Messiaen, deux œuvres servent d'introduction : trois préludes du compositeur russe Vsevolod Zaderatsky, interprétés par la pianiste Paloma Kouider, puis deux chansons, arrangées pour violon et clarinette, par la violoniste Alexandra Soumm et Annelien Van Wauwe.

Avant même qu'elles n'abordent Messiaen, il est clair qu'il s'agit de musiciens de tout premier plan.

Prisonnier de guerre

Ce qui rend le Quatuor si particulier, c'est qu'il a été composé en 1940, pendant la captivité de Messiaen dans le camp de prisonniers de guerre Stalag de Görlitz. Malgré les conditions difficiles du camp, le compositeur y fut respecté. Un commandant allemand du camp lui procura des crayons et du papier à musique, ainsi qu'une chambre calme où il pouvait composer. Au cours de l'hiver 1941, l'œuvre fut même créée dans le théâtre du camp, devant quatre cents prisonniers !

Dans les huit mouvements, la violoniste, la pianiste, le violoncelliste et la clarinettiste ne jouent pas toujours ensemble. Certains mouvements sont des pièces en solo, comme le troisième, Abîme des oiseaux, dans lequel Annelien Van Wauwe démontre magistralement ce que l'on peut faire avec une clarinette. Il y a de très longues notes, qu'elle entame dans le plus grand silence et qu'elle fait enfler comme un vent qui s'élève peu à peu.

Larmes

Il y a des parties très méditatives et subtiles, ainsi qu'une danse brutale, presque violente, la Danse de la fureur (sixième mouvement), dans laquelle les quatre instruments jouent à l'unisson comme un géant qui piétine en tournant en rond. Dans le cinquième mouvement, quelque chose se produit. C'est une pièce pour violoncelle et piano. On remarque combien le vibrato tremblant du violoncelliste Louis Rodde sonne. Sans doute voulu ainsi dans le Louange à l'éternité de Jésus, pensai-je. Mais au milieu du mouvement, il s'arrête, terrassé par ses larmes. Est-ce le trac ? Je pense plutôt qu'il était trop profondément ému et bouleversé. Après un silence de plusieurs minutes, il recommence le mouvement et le joue jusqu'à la fin.

Les oiseaux jouent toujours un rôle chez Messiaen ; il y a un arc-en-ciel dans le septième mouvement. L'œuvre se termine par un Louange à l'immortalité de Jésus, méditatif.

Avec cette immortalité revient aussi la notion de temps. La négation du temps par la mort. Lorsque nous mourons, nous entrons dans une autre dimension et le temps s'arrête. Nous voyageons vers le paradis ou l'enfer, selon le cas ; nous quittons la réalité terrestre et le temps terrestre. Messiaen était obsédé par cette métaphysique.

Poignant

Le transcendant transparaît souvent dans sa musique. C'est ce qui la rend si captivante et aussi mystérieuse. Surtout lorsqu'elle est interprétée par des musiciens aussi remarquables que ce soir. On aurait toutefois aimé quelques informations supplémentaires sur eux et sur le Carousel Ensemble dans le beau programme. Alexandra Soumm est une violoniste sublime, mais d'où vient-elle ? Une biographie de quelques lignes aurait suffi, de même pour la pianiste Paloma Kouider et le violoncelliste Louis Rodde.

En résumé, il ne s'agit pas d'une musique facile, mais elle est très poignante. Difficile tant pour l'auditeur que pour les musiciens. C'est ce que m'explique Annelien Van Wauwe lorsque, après le concert, j'achète quelques-uns de ses CD et les lui fais signer. On dit parfois que les plus grands musiciens sont les plus simples dans leurs relations. Annelien Van Wauwe en est un bel exemple. Sans prétention et avec gentillesse, elle m'a accordé un moment. Quel talent, waouh !

Détails

Qui
Annelien van Wauwe, klarinet en het Carousel Chamber Music Ensemble.
Où
Miryzaal Gent
Vu le
24 september 2026
Crédit photo
Bjorn Comhaire
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