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Critiques

La mise en scène écrase Norma

L
· 5 min de lecture
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La mise en scène écrase Norma
© Simon Van Rompay

De Muntschouwburg a mis au programme cette saison quelques chefs-d'œuvre incontournables du répertoire opératique. Cela a commencé avec Falstaff de Verdi en septembre (voir KC 30-9-25), maintenant c'est au tour de Norma de Bellini et à la fin de la saison il y aura Tosca de Puccini.

Norma est pratiquement le seul opéra de Bellini qui soit véritablement populaire. Cela a naturellement beaucoup — sinon tout — à voir avec le véhicule du belcanto par excellence, l'aria Casta Diva qui, notamment grâce à l'interprétation légendaire de Maria Callas, est devenue l'icône du belcanto. Mais l'opéra a naturellement plus à offrir que cette seule aria sublime : il y a l'introduction orchestrale captivante, le trio dramatique qui conclut le premier acte et le duet intense entre Norma et Adalgisa au deuxième acte.

Malheureusement, tous ces atouts ne se sont pas aussi bien manifestés dans la représentation présentée par la Munt. L'introduction orchestrale captivante montre déjà d'emblée que le chef George Petrou déploie peu de subtilité dans l'instrumentation. Cela reste malheureusement le cas pendant toute la représentation. L'orchestre sonne surtout trop fort et offre guère de raffinement. Les moments intensément mélancoliques ne prennent pas leurs droits, par exemple le chef n'offre que peu de chance à la délicieuse partie de clarinette dans le duet touchant entre Norma et Adalgisa au deuxième acte. L'accent porte surtout sur les passages militants et véhéments. Il y en a bien sûr, avec comme point culminant le passage Guerra, guerra au deuxième acte, où le chœur se montre sous son meilleur jour, mais les confrontations plus intimes perdent en finesse orchestrale.

Cour d'épaves visitée par des chanteurs

Le décor est tenu sobre avec un fond teinté de bleu uniforme avec un relief « cicatrice » (ainsi je l'interprète). Régulièrement, la scène est divisée en niveaux. Pour le reste, les effets proviennent surtout de l'éclairage et des voitures, qui sont poussées ou suspendues sur la scène. Qu'on n'ait plus besoin que l'opéra de Bellini se déroule dans la forêt des druides est évident, mais la mise en scène de Christophe Coppens, qui fait des vieilles voitures usées l'ingrédient principal du décor et des accessoires, paraît gratuite et n'offre surtout pas d'images saisissantes. De plus, les chanteurs se heurtent régulièrement à leurs limites et manquent la chance de vivre leur complexité émotionnelle. La tentation, par exemple, entre Pollione et Adalgisa dans la deuxième scène du premier acte, apparaît comme une conversation de sourds entre adolescents sur un parking isolé, dans une voiture à un étage qui n'offre pas d'issue…. avec de la bonne volonté à interpréter comme une discussion qui n'offre effectivement pas d'issue. Tout comme l'enchevêtrement de voitures endommagées peut être le symbole de la passion détruite de Norma quand elle apprend par Adalgisa la relation avec Pollione. Mais les enchevêtrements émotionnels, auxquels les deux personnages féminins principaux succombent, sombrent malheureusement dans ce décor. Le bar du village vide est un environnement stérile, dans lequel l'aveu d'Adalgisa n'a tout simplement pas l'impact d'une crise d'amitié cruciale. Ce décor est d'ailleurs repris avec quelques ajustements dans la première scène du deuxième acte comme wagon de train (avec un agaçant arrière-plan d'images de paysages qui passent), dans lequel les enfants voyagent soi-disant vers Rome, lorsque Norma a réalisé qu'elle ne peut pas tuer ses enfants. Qu'Adalgisa renonce consciemment à son amour pour Pollione, cela mène finalement au dénouement dans lequel Norma se dénonce comme coupable et veut reprendre sa fonction de prêtresse. Par magnanimité, Pollione meurt avec elle sur le bûcher, ici donc dans une voiture incendiée et imbibée d'essence.

Cheval de parade des sopranos lyriques

Heureusement, les voix apportent du réconfort. Raffaella Lupinacci a déjà fait preuve la semaine précédente d'un beau récital avec Enea Scala dans des mélodies de belcanto. Elle est une délicieuse Adalgisa, conforme au style, avec une mezzo souple, pas trop sombre pour s'accorder avec le soprano de Sally Matthews. Vocalement, elles jouent magnifiquement ensemble, mais dommage que la mise en scène ne soit pas plus favorable pour qu'on puisse aussi les éprouver davantage comme des personnages dans les enchevêtrements émotionnels de chagrin et de tendresse. Sally Matthews chante Casta Diva avec beaucoup de soin et de coloratures fluides, bien que les pianissimi extrêmes auraient pu mieux ressortir, peut-être aussi à mettre au compte du chef. Ou en se ménageant elle-même pour les encore lourdes arias et duets qui suivent. Le grand duet avec Adalgisa dans lequel elles ne se dressent pas comme rivales mais comme des femmes liées dans une profonde amitié est un point culminant d'intimité et de communion. Et c'est justement là que la mise en scène interfère en laissant soudainement tomber de la neige, ce qui brise la magie ! Concession à la période de Noël dans laquelle l'opéra est programmé ?

Enea Scala livre un Pollione convaincant. Comme interprète du consul héroïque, il pose sa voix fermement et il sonne définitivement comme l'amant passionné. Il peut poursuivre en tant que chanteur avec un beau lustre belcanto.

Norma de Bellini est en effet un opéra que rien ne peut briser, bien qu'on aurait aimé éprouver la mélancolie intense et la passion du dilemme entre l'amour et le devoir dans une interprétation plus convaincante.

Détails

Qui
Regie: Christophe Coppens Dirigent: George Petrou Symfonieorkest en koor van de Munt Met: Enea Scala, Sally Matthews, Raffaella Lupinacci, Alexander Vinogradov, Lisa Willems, Alexander Marev
De Munt, Brussel
Vu le
22 décembre 2025
Crédit photo
Simon Van Rompay
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