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Jeu d'amour ironique avec - oui - une fin heureuse

L
· 4 min de lecture
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Jeu d'amour ironique avec - oui - une fin heureuse
© J. Berger

Così fan tutte à l'Opéra Royal de Wallonie

Assuré et quelque peu sournois, Don Alfonso se tient devant le rideau lors de l'ouverture. C'est lui qui tient les fils de l'intrigue, il guide les deux couples à travers la surprise, la tromperie et la séduction, et il en tirera du plaisir….

Così fan tutte est l'une des trois opéras magistrales de Da Ponte que Mozart a composées. L'opéra peut être résumé comme suit :

Don Alfonso défie les hommes Ferrando et Guglielmo de tester la fidélité de leurs fiancées. Les deux relèvent le défi avec assurance, mais à la fin de l'épreuve, ils doivent constater que les femmes, Fiordiligi et Dorabella, se laissent séduire par un autre - et par leurs propres fiancés ! Mais le metteur en scène Vincent Dujardin indique immédiatement que la tromperie à laquelle les deux couples seront soumis est un jeu préparé. La farce cynique est donc révélée à la fin et les relations originales sont rétablies.

La concentration est un mot clé dans cet opéra sur tous les plans. Mozart a composé son opéra pour seulement six personnages, l'histoire se déroule en 24 heures, la scène se limite à la couleur locale de Naples. La mise en scène en fait une force. Le décor unique change habilement en jouant sur l'espace de jeu en bas pour l'évolution de l'histoire et en haut pour les scènes où les deux femmes s'interrogent sur ce qui leur arrive. Un arrière-plan romantique avec un petit bateau évoque la baie de Naples. Les murs de la chambre en bas, avec de beaux tableaux, sont habilement pivotants pour faire disparaître ou apparaître les personnages. La chambre des femmes a une touche de charme bourgeois. Les costumes aussi, années soixante, sont particulièrement soignés et originaux. Les jeunes hommes apparaissent comme des séducteurs bravaches.

La direction des personnages donne aux chanteurs la possibilité de s'immerger complètement dans la pseudo-naïveté et dans l'illusion. Pas à pas, Fiordiligi et Dorabella se laissent entraîner dans le jeu amoureux trompeur. Ferrando et Guglielmo jouent de manière convaincante les militaires et les « Albanais » qui font de leur mieux pour conquérir les dames, jusqu'au mariage. La mise en scène souligne à chaque fois surtout l'aspect amusant mais maintient la tension, sans devenir acérée ou amère. Despina aussi joue son rôle de complice rusée de Don Alfonso de manière particulièrement crédible.

C'était très intéressant de faire la connaissance du jeune chef Sieva Borzak, qui a remporté le premier prix en 2025 au Concours International de Direction d'Orchestre d'Opéra de l'ORW. Avec assurance, il a guidé le chœur et l'orchestre à travers les nombreuses nuances de la partition de Mozart, avec de beaux passages de percussions (timbales !) et de vents (hautbois, basson). Il a aussi fourni aux chanteurs un excellent soutien. Une magnifique performance pour une œuvre qui demande une grande concentration.

Francesca Dotto interprète la partie extrêmement difficile de Fiordiligi avec une émotion saisissante. Sa voix atteint les notes aiguës exigeantes et son aria de bravoure Come scoglio est certainement un point fort. José Maria Lo Monaco semble bien elle-même comme Dorabella, plus frivole et provocante, notamment dans un aria comme E amore un ladroncello. Ensemble, les voix des deux sœurs s'accordent merveilleusement dans des duos comme Prenderò quel brunettino. Cette correspondance des voix s'applique d'ailleurs à tous les ensembles de la représentation. Les personnages masculins sont également parfaitement distribués : le doux mais toujours juste Maxim Mironov en tant que Ferrando, le plus flamboyant Vittorio Prato en tant que Guglielmo. José Maria Lo Monaco apprécie clairement l'astuce mordante qu'elle peut déployer dans les diverses incarnations de Despina ! Marco Filippo Romano en Don Alfonso savoure magnifiquement son autorité de provocateur de la « farce ».

Mozart a-t-il écrit avec son dramma giocoso Così fan Tutte un opéra léger sur une farce ironique avec échange de partenaires ou une tragédie sur la séparation et l'abandon ? Cette question reste l'attrait de cette œuvre et, comme Don Alfonso, le public s'en est amusé.

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Détails

Qui
Sieva Borzak, dirigent - Regie: Vincent Dujardin - Solisten: Francesca Dotto, José Maria Lo Monaco, Maxim Mironov, Vittorio Prato, Marco Filippo Romano, Lavinia Bini - Orchestre, Choeur Opéra Royal de Wallonie
Opéra Royal de Wallonie, Luik
Vu le
19 octobre 2025
Crédit photo
J. Berger
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