À la période classique, Haydn et Mozart viennent immédiatement à l'esprit. Mais nos propres compositeurs de cette période ne le cèdent certainement pas à leurs collègues germanophones. Les compositeurs des Pays-Bas étaient très recherchés au-delà des frontières. Paris était notamment une destination convoitée pour de nombreux artistes flamands. Ainsi, les opéras du Liégeois André Ernest Modeste Grétry (1741-1813) ont beaucoup plu au public parisien, François-Joseph Gossec (1734-1829) a impressionné tout le monde à 25 ans avec son requiem, après quoi il devint une figure importante de la culture symphonique française, et Brugeois Hébert Leemans (1741-1771) construisit également une belle carrière dans la capitale française.
Ce dernier compositeur est le sujet de cet article. En effet, le Terra Nova Collective sous la direction de Vlad Weverbergh publie un portrait de compositeur de Leemans à l'occasion du 250e anniversaire de sa mort. Mais avant ce portrait, une question se pose : qui était cet Hébert Leemans ?
Le « Mozart de Bruges »
Hébert Philippe Adrien Leemans est né dans une famille de musiciens. Son père, Adriaan Leemans (1707-1750), s'est installé en 1737 de Lierre à Bruges pour devenir carillonneur municipal et organiste de la cathédrale Sint-Donaas. On en sait moins sur les frères d'Hébert Leemans, bien qu'il soit clair qu'ils s'occupaient également de musique. Ses frères étaient actifs à la Confrérie du Concert (1750-1780), une organisation où des musiciens amateurs donnaient des concerts privés et publics. C'est là que le jeune Hébert Leemans pouvait découvrir le répertoire.
On ne sait pas exactement quand Leemans s'est installé à Paris bouillonnant, mais en 1765, son Opus 1 était sous presse. Pour financer son déménagement, il a reçu un soutien financier de sa marraine, Anna van Caloen, qui était mariée au vicomte Pieter de Vooght. Il lui dédiait encore une composition en 1767. Pour gagner sa vie, Leemans a rapidement commencé à enseigner le chant et le violoncelle aux enfants de la classe moyenne aristocratique. Il est rapidement devenu un professeur très apprécié. Leemans donnait vraisemblablement aussi des concerts, car il a été décrit comme un virtuose dans le Mercure de France (mars 1769), bien que l'instrument n'ait pas été mentionné.
En tant que compositeur, Leemans se consacra à trois grands genres : les compositions vocales, les symphonies et la musique de chambre. Ses airs vocaux et ariettes, dont Que l'attente me tourmente (1768), il les composait pour ses élèves. Ses chansons contenaient une légèreté aérienne avec un accompagnement simple mais attrayant. Ses symphonies s'inscrivent dans la continuité des œuvres vocales puisque Leemans les écrivait dans un style qui plaisait à ses élèves. Au total, 14 symphonies de lui ont été conservées — on sait qu'il existe des œuvres perdues mais pas leur contenu — toutes dans un style italo-mannheim mélangé à de la lyrique française et, sauf deux, elles contiennent toutes quatre mouvements, dont le minuet apprécié. Leemans a également composé sa musique de chambre en pensant à sa clientèle aristocratique. Ce sont de petites œuvres charmantes qui, important pour les chiffres de vente, ont été composées pour un ensemble flexible.
Leemans décéda inopinément à 30 ans. Il décéda avant que la culture symphonique française n'entre vraiment en plein essor. De ce fait, Leemans n'a jamais pu profiter de la tendance à se faire un nom comme ses contemporains, dont Gossec qui écrivit 24 symphonies. Le Terra Nova Collective veut donner à ce Brugeois à Paris la reconnaissance qu'il mérite et a décidé de redonner vie à son œuvre.


Portrait de compositeur par le Terra Nova Collective
Le Terra Nova Collective défend le patrimoine musical belge. Avec un portrait de compositeur, ils remettent en avant les compositeurs oubliés. Les compositeurs qui ont déjà été couverts incluent notamment Joseph Ryelandt (1870-1965), Amand Vanderhagen (1753-1822) et Henri Joseph Tobi (1741-1809).
En 2021, c'était exactement 250 ans après la mort d'Hébert Leemans. C'était le moment idéal pour le Terra Nova Collective de consacrer son septième portrait de compositeur au Brugeois. À travers quatre CD, ils mettent en avant la carrière remarquable de Leemans. Ils font tout cela sur des instruments historiques.
Le premier volume de cette série sur Leemans était un double CD avec ses 14 symphonies. Suit maintenant une deuxième édition avec ses Six quatuors, opus 3 (1769). À l'origine, les trois derniers quatuors étaient pour flûte, basson, violon et violoncelle, et pour les trois premiers, plusieurs options sont disponibles : 1. pour hautbois, basson, violon, violoncelle ; 2. ou une paire de violons et une paire de violoncelles ; 3. ou pour quatuor à cordes. Cela illustre déjà bien la flexibilité de la musique de chambre de Leemans. Le Terra Nova Collective a opté pour la première option avec hautbois.
Les quatuors ont une certaine légèreté. La mélodie semble presque flotter tandis que l'imitation entre les différents musiciens donne à la musique un caractère ludique. Dans la partie de basse, on entend des résidus du style baroque et galant, tandis que, malgré les nombreuses notes de la partie de basse, une progression harmonique plus lente et la construction de la mélodie cachent des influences classiques. De ce fait, certains passages rappellent les échos de Vivaldi tandis que d'autres ont plutôt un caractère mozartien.
Les six quatuors ne sont pas présentés en ordre sur le cd. À la place, un choix a été fait pour une construction symétrique basée sur l'alternance. Les numéros 2 et 6 des quatuors ont chacun trois mouvements tandis que les quatre autres n'en ont que deux. Les deux compositions avec trois parties chacune ont été choisies comme sections encadrantes, ce qui leur permet d'ouvrir et de fermer ensuite le cd. Pour varier, les quatuors avec hautbois et flûte s'alternent. Cette alternance dans la couleur sonore met davantage en évidence la particularité de ces deux bois. Elle donne au cd dans son ensemble un effet très équilibré. Ce qui s'accorde parfaitement avec la philosophie du classicisme.
3.8/5
QUI : Terra Nova Collective dir. Vlad Weverbergh
QUOI : Hébert Leemans: Chamber Music
LABEL : Et'Cetera KTC1751
COMMANDER : volume 1 avec symphonies | volume 2 avec musique de chambre