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Critiques

Duo Kiasma | Polaris

J
· 6 min de lecture
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Duo Kiasma | Polaris

Un violoncelle et un accordéon. Sur le papier, cela ne semble peut-être pas la combinaison la plus évidente pour la musique de Bach, Rameau et Vivaldi. Celui qui écoute Polaris se demande rapidement pourquoi, en effet. Pierre Fontenelle et Frin Wolter font fusionner les deux instruments de manière tellement naturelle que la formation inhabituée cesse d'être perçue comme telle après quelques minutes. L'archet et le soufflet s'avèrent d'ailleurs avoir étonnamment beaucoup en commun : tous deux peuvent respirer, chanter, chuchoter et développer de la puissance. C'est précisément cette parenté qui constitue le point de départ de cet enregistrement remarquablement réussi du Duo Kiasma.

Fontenelle et Wolter forment le Duo Kiasma depuis 2016 et n'ont jamais beaucoup respecté les frontières stylistiques. Leur répertoire a compris au fil des années des arrangements et des transcriptions de Bartók et Gluck notamment, mais aussi de la musique d'Ennio Morricone et de Daft Punk. Progressivement, la musique baroque est devenue de plus en plus prégnante dans leur horizon. Avec Polaris, cette évolution trouve une place claire dans leur parcours. Bach, Rameau et Vivaldi servent de trois points de repère principaux, avec quelques excursions surprenantes qui montrent clairement que le duo n'a pas perdu son sens de l'aventure en chemin.

La troisième Suite anglaise en sol mineur, BWV 808, de Johann Sebastian Bach ouvre le CD et en occupe déjà une part considérable. C'est un choix audacieux, car une musique si fortement liée au clavier doit être repensée dans cette formation. Heureusement, le Duo Kiasma n'essaie pas d'imiter le clavecin. Fontenelle et Wolter cherchent ce que le violoncelle et l'accordéon peuvent eux-mêmes apporter à la musique. L'accordéon peut porter plusieurs voix à la fois et donne une forme claire à la polyphonie, tandis que le violoncelle peut mettre les lignes en relief, les colorer et les faire chanter. Il en résulte un Bach qui sonne familier et en même temps vu sous un angle différent. Particulièrement dans les passages plus lents, la qualité respirante des deux instruments brille magnifiquement, tandis que dans les mouvements de danse plus rapides, la mobilité rythmique et l'excellent entente entre les deux musiciens se font remarquer.
Polaris fait ensuite un saut remarquable vers Heitor Villa-Lobos. L'aria célèbre des Bachianas Brasileiras nr. 5 sert de point de départ aux propres variations du duo. C'est une charnière particulièrement bien choisie dans le programme. Villa-Lobos lui-même regardait Bach d'une époque et d'une culture musicale tout à fait différentes. Fontenelle et Wolter poursuivent en quelque sorte ce mouvement et font progresser le matériel jusqu'au vingt-et-unième siècle. Ce qui commence par l'une des mélodies les plus connues de Villa-Lobos se développe graduellement en quelque chose de très personnel, avec finalement même une bonne dose d'énergie de la musique rock. Cela fonctionne, parce que cela ne semble jamais être un effet plaqué de l'extérieur. C'est plutôt une approche libre du matériel musical existant, tout à fait dans l'esprit d'un duo qui a fait de l'arrangement et de la recomposition une partie essentielle de son identité.

Avec Jean-Philippe Rameau, Polaris retourne ensuite au dix-huitième siècle. Les Tendres Plaintes de Zoroastre, Lieux funestes de Dardanus et Air vif et Entrée de Polymnie des Boréades offrent de nombreuses occasions d'explorer les possibilités de couleur du violoncelle et de l'accordéon. Ici, surtout Wolter prouve à quel point un accordéon peut sonner de manière raffinée quand l'instrument n'est pas traité comme un remplaçant d'un autre instrument à clavier. Le soufflet permet de subtiles nuances dynamiques, tandis que Fontenelle peut évoluer autour avec un ton de violoncelle chaud et souple. Le côté lyrique de Rameau reçoit tout l'espace, sans que l'élégance dansante de sa musique ne soit perdue.

La sonate pour violoncelle et basse continue en mi mineur, RV 40 d'Antonio Vivaldi semble également presque faite pour cette combinaison. Ici, le violoncelle se rapproche bien sûr beaucoup de son rôle original. Fontenelle peut pleinement exploiter le caractère cantabile de son instrument, tandis que l'accordéon donne à la partie continuo une couleur tout à fait particulière. Dans les Largo, la respiration partagée des deux instruments ressort particulièrement bien. Les Allegro montrent un autre côté du duo : vif, réactif et rythmiquement alerte. La musique prend de l'élan sans sembler précipitée.

Après Bach, Villa-Lobos, Rameau et Vivaldi, le CD se termine par Danny Boy. La célèbre chanson irlandaise peut sembler à première vue un intrus, mais elle fonctionne excellemment comme conclusion. La mélodie se prête naturellement aux qualités chantantes du violoncelle, tandis que l'accordéon est un instrument comme aucun autre lié à la musique folklorique, au souvenir et à la mélancolie. Ainsi, l'album prend fin avec une directité simple et humaine. Après toute l'inventivité des arrangements précédents, il s'avère que Fontenelle et Wolter peuvent encore raconter quelque chose de personnel avec une mélodie que presque tout le monde connaît.
C'est finalement le grand mérite de Polaris. Ce CD ne veut pas prouver que vous pouvez aussi jouer de la musique baroque avec un violoncelle et un accordéon. Tout sonne beaucoup trop naturellement pour cela. Le Duo Kiasma utilise la combinaison particulière de ses instruments pour voir à nouveau la musique que nous entendons souvent dans des formations très différentes. Ce faisant, Fontenelle et Wolter restent suffisamment proches des partitions pour respecter leur caractère, mais prennent assez de liberté pour y être eux-mêmes présents en tant que musiciens. Leur jeu est virtuose là où c'est nécessaire, mais la virtuosité n'est jamais une fin en soi. Beaucoup plus importants sont leur sens de la couleur, du phrasé et du dialogue mutuel.

L'enregistrement y contribue également. Polaris a été enregistré du 16 au 18 février 2026 au Trifolion à Echternach, avec Denis Guerdon responsable de la direction artistique, de l'enregistrement, du montage, du mixage et de la mastering. Le violoncelle et l'accordéon bénéficient chacun d'un espace et d'une clarté suffisants, tout en formant ensemble un univers sonore unique.

L'édition physique chez Cypres est finalisée. Le CD est présenté dans un livret cartonné dépliable et accompagné d'un livret contenant des photos et des informations sur Duo Kiasma, Pierre Fontenelle, Frin Wolter et la musique. La durée totale de lecture est de 54:40 minutes. Polaris, numéro de catalogue CYP1693, paraît le 18 septembre 2026.

Le titre est bien choisi. L'Étoile polaire a servi de point de repère aux voyageurs pendant des siècles, et pour Duo Kiasma aussi, Polaris semble être une détermination de position : après dix ans de musique ensemble, Fontenelle et Wolter montrent où leur boussole musicale les a menés provisoirement. Il s'avère que c'est un endroit où Bach et Vivaldi se sentent étonnamment bien aux côtés de Villa-Lobos et Danny Boy, et où le violoncelle et l'accordéon ne sont plus une combinaison curieuse, mais simplement deux instruments qui respirent ensemble.
Polaris est donc bien plus qu'une expérience réussie avec une instrumentation inhabituelle. C'est un CD inventif, chaleureux et particulièrement musical qui donne une autre lumière au répertoire familier et qui, en même temps, donne envie de savoir où Duo Kiasma voyagera ensuite.

Détails

Qui
Duo Kialis

CD chroniqué

Duo Kiasma | Polaris

Duo Kiasma: - Pierre Fontenelle, cello - Frin Wolter, accordeon

Label
Cypres · CYP1693
Date de sortie
1 septembre 2026
Fiche complète →
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