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Critiques

Trois fois la splendeur de l'orgue

L
· 6 min de lecture
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Trois fois la splendeur de l'orgue

L'orgue reprend du terrain. Une affaire à se réjouir car avec l'énorme baisse de la fréquentation des églises et la simplification des offices religieux, les orgues ont presque cessé de fonctionner en de nombreux endroits. L'abandon des instruments, moins d'organistes employés, plus de public aux concerts étaient les malheureuses conséquences, mais le redressement est en cours !

La jeune génération d'amateurs d'orgue composée d'organistes professionnels aux personnes ordinaires qui aiment entendre l'orgue que ce soit à l'église et/ou lors d'un office religieux, a travaillé dur et continue à œuvrer pour redonner à la musique d'orgue la place qu'elle mérite. Le résultat est que des cycles de concerts se sont créés, des visites guidées d'orgues, des voyages autour de l'orgue, de plus en plus d'enregistrements d'orgue, des restaurations ont été effectuées, sont en cours ou sont prévues, de nouveaux orgues sont construits et bien d'autres choses. L'ancien public, presque au sens littéral, est attiré à nouveau, mais il y a aussi un nouveau public qui découvre l'orgue indépendamment des offices religieux. Ainsi, il est composé davantage pour l'orgue, il y a des compétitions pour les organistes, les compositeurs et l'improvisation. Chacun peut s'en féliciter. L'orgue ne disparaît donc pas, bien au contraire. Nous discutons ici de trois CD d'orgue, avec ou sans musique de caractère religieux. Laissez-vous séduire, chers lecteurs.

Mixture, the night sessions

Organroxx a publié un CD d'improvisation pour orgue inspiré par la musique de la Renaissance à nos jours. Cet enregistrement est peut-être l'un des plus frappants de la relance de l'orgue qui permet de nouvelles initiatives. Outre l'orgue, du grégorien et de la musique basée sur le grégorien sont chantés, avec ou sans accompagnement d'orgue. Ce n'est pas vraiment nouveau en soi, mais ce qui l'est, c'est qu'un cornet à pistons (bugle) est utilisé pour improviser avec l'orgue et le chant. Cela ne se limite pas à l'atmosphère méditative du grégorien ou aux sons parfois joyeux de louange à Dieu de l'orgue. Des éléments jazzy et autres contemporains le traversent. Pourtant, ce CD respire une atmosphère religieuse et je ne voudrais pas entendre un concert avec ces œuvres dans une salle, mais seulement et uniquement dans une église gothique ou baroque. Les frontières ne sont donc pas complètement brisées et ce n'est pas nécessaire ni réclamé ni remis en question. Un certain respect (justifié musicalement et artistiquement) pour une église, même si elle n'est plus utilisée pour le culte, est quand même approprié.

Bart Wuilmus (orgue), Jo Hermans (cornet à pistons) et la chorale grégorienne Cantabo ont enregistré ce CD aux heures sombres de la journée, la nuit donc, au Pelssorgel et au Thomasorgel de la Sint-Katarinakerk de Hoogstraten. D'où le titre « night sessions ». Mixture signifie le mélange de nombreux éléments dont on dispose depuis l'histoire jusqu'au présent. Les musiciens livrent un CD intelligemment composé ayant pour fil conducteur l'héritage de la foi chrétienne et du rituel qui y est associé. Le CD s'inscrit bien dans la relance de la musique d'orgue avec une approche plus large. C'est aussi beau de ne pas simplement rompre les liens avec les offices religieux solennels qui ont longtemps déterminé, influencé et orienté la vie de nos régions, aussi musicalement. Celui qui cherche un enregistrement un peu différent mais fidèle avec l'orgue en son cœur, ferait un bon choix en se procurant cet enregistrement.


  • QUOI : Mixture The Night Session, orgue, cornet à pistons, grégorien
  • QUI : Bart Wuilmus (orgue), Jo Hermans (cornet à pistons) Cantabo (grégorien)
  • ÉDITION : Organroxx

Musique d'orgue dans la cathédrale de Sankt-Gallen

La Suisse n'est pas seulement le pays des montagnes escarpées, c'est aussi un pays qui offre beaucoup de culture, notamment par l'orgue. Pensez à notre artiste flamande Els Biesemans qui y est l'un des plus grands noms. Ici, nous écoutons surtout la musique d'orgue du 20e siècle qui est universelle avec ou sans connotation religieuse. Willebald Guggenmos joue virtuosement l'orgue de la cathédrale de Sankt-Gallen, le quatrième CD d'une longue série « Musik aus der Kathedrale Sankt-Gallen ». Des noms connus et moins connus sont réunis avec des œuvres qui forment un bel ensemble. Guggenmos offre un échantillon de musique d'orgue qui peut être jouée librement dans un programme qui possède une belle harmonie et ne saute pas d'un extrême à l'autre en présentant des œuvres de plusieurs périodes de style. Une approche qui a ma sympathie.

Charles M. Widor, Jacques Vogt, Johann Gustav Eduard Stehle, William Faulkes, Frank Tirro, Tomás Garbizu, Lionel Rogg, Egil Hovland, Olivier Messiaen et Marcel Dupré ont tous écrit des œuvres d'orgue de substance, l'une majestueuse, l'autre subtile, mais ensemble sur cet enregistrement, elles forment un ensemble qui séduira certainement l'amateur.

Le grand orgue de 1968 de cette cathédrale se prête aussi excellemment aux œuvres de la fin du XIXe siècle et plus modernes du siècle dernier. C'est donc bien que ce CD ait vu le jour.


  • QUOI : Organ Musik St. Gallen Cathedral
  • QUI : Willibald Guggenmos
  • ÉDITION : TYXart (© cover) TXA 18108, réalisation Chromart Classic

Bach ne manque pas et ne manquera jamais

Remplir des étagères avec des CD de Johann Sebastian Bach ? C'est facile. Ce n'est pas qu'il le faut, c'est qu'on le peut. Si vous voulez démarrer ou compléter une collection, alors Aliud vous propose un double CD, enregistré sur l'orgue Christian Vater de la Sankt-Peterkirche dans la ville allemande de Melle (pas le Melle de Flandre orientale près de Gand). L'organiste en poste est le Néerlandais Vincent van Laar qui donne des concerts un peu partout.

Van Laar avait l'opportunité sur ce double CD d'enregistrer complètement les chorales du manuscrit de Leipzig, complétées par les chorales de Schübler. Bach, selon mon sentiment et celui de nombreux autres, s'est vraiment exprimé en composant pour l'orgue. Il avait à Leipzig un instrument d'exception et il n'était pas confronté aux limitations d'un chœur trop petit et/ou d'un ensemble instrumental ou de musiciens qui ne répondaient pas tout à fait à ses exigences. Ici, il pouvait laisser libre cours à son génie et ce n'est enfoncer une porte ouverte que de dire que sa musique la plus majestueuse et imposante, mais aussi ses œuvres d'art les plus fragiles ont été écrites pour l'orgue. N'interprétez pas cela comme signifiant que la musique restante de Bach ne répond pas à ces critères. Son génie était si grand qu'avec un minimum de moyens il atteignait un maximum. Mais bon, l'orgue donc.

Vincent Van Laar joue avec discernement, transparence et clarté. Il donne à l'orgue la chance de respirer afin que trop de timbres ne se fondent pas ensemble en un fouillis creux, ce qui arrive parfois. Un toucher léger, de la transparence, de la musicalité et Bach : un cocktail qui donne envie de plus. Du baroque à son meilleur, c'est certain.


  • QUOI : Johann Sebastian Bach, The organ chorales of the Leipzig manuscript, Schübler chorales
  • QUI : Vincent van Laar
  • ÉDITION : Aliud, ACD BN 103-2
  • Photo en vedette : © Pixabay.com - Free Photo
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