Pour la première fois depuis plus d'un an, pouvoir à nouveau assister à un spectacle au centre d'art international deSingel fait du bien. Savourer à nouveau l'offre artistique diversifiée. Et votre chroniqueur n'est pas seul. La Salle Rouge de deSingel est quasiment comble pour une première rencontre.
Mónica Calle est actrice et metteuse en scène de théâtre, et pour la première fois invitée à deSingel. Dans son Portugal natal, elle compte déjà une carrière remarquable. En anarchiste tendre, elle conquiert désormais les scènes internationales. Elle n'est pas une supernova et n'a pas atteint le sommet d'un coup. Un coup d'éclat en tant que jeune talent est toujours possible, mais c'est l'expérience, la vision esthétique qui mûrit, l'étude, le regard porté sur le monde qui impressionnent. Dans « Carta », terme latin pour cartographie, elle propose, avec 15 actrices et 15 musiciennes, une nouvelle interprétation de la Septième Symphonie de Beethoven. C'est une méditation sur les normes dominantes qui placent le corps féminin au centre, et une résistance à ces normes.
Première rencontre
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© Filipe Ferreira[/caption]
Un groupe de femmes aux tenues bigarrées entre sur scène, un instrument à la main. On se fait immédiatement cette réflexion : comme il est beau que toutes ces femmes aux couleurs vives soient authentiques ! À quelques milliers de kilomètres à peine de nous, les talibans réduisent les femmes, sans respect, à des ombres ! Rien n'est expliqué explicitement, chacun peut établir lui-même les liens.
La metteuse en scène Mónica Calle fait partie de la troupe, s'avance, salue le public avec jovialité et naturel, présente les interprètes de sa création une à une, puis quitte la scène.
Mise en scène
Les instruments sont posés au sol et, avec audace et sans gêne, les femmes se dévêtent. Ce que l'on voit, c'est la dignité et la pureté. Nu, on ne peut rien feindre. Les distinctions disparaissent, tout ne forme plus qu'une seule entité. Cela relève de l'esthétique de Calle. Après avoir présenté leur simple présence, elles ramassent leurs vêtements et leur instrument et disparaissent avec dans les coulisses. Petit à petit, elles reviennent sur le plateau et se rangent en une ligne à l'arrière de la scène. Une rangée de trente jeunes femmes qui recherchent le lien. Ici, pas de discours sur les corps parfaits ou imparfaits : elles sont ce qu'elles sont et, épaule contre épaule, forment un barrage long et puissant.
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© Filipe Ferreira[/caption]
Au centre s'amorce un mouvement : pied droit en avant, bras gauche levé. Le travail de pied, le mouvement, est repris à gauche et à droite et se propage comme une vague sur la plage jusqu'à la dernière de la rangée. Le geste est repris sur un rythme strict et sec. De jeunes corps qui irradient une dynamique primordiale.
Sous l'éclairage chaud, les corps prennent un éclat doré. On dirait des sculptures de déesses de la fertilité de l'époque paléolithique. Peu à peu, on entend un son, de subtiles vibrations sonores, un fredonnement, une mélodie qui grandit. Par des boucles continues et des reproductions vocales, la Septième Symphonie est placée sous un jour nouveau. Les mouvements synchrones se poursuivent un temps. On pénètre dans un univers de perspectives changeantes. Peu à peu, des figures se détachent de la ligne et disparaissent. Elles reviennent avec leur instrument. Le groupe de musiciennes s'étoffe. La musique résonne d'abord hésitante, puis s'élève pleinement dans toute sa beauté. Richard Wagner a qualifié la Septième Symphonie de Beethoven, en référence aux rythmes vifs de l'œuvre, « l'apothéose de la danse ». Calle répond à cela en faisant exécuter quelques pas de danse sur pointes à certaines performeuses.
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© Filipe Ferreira[/caption]
L'ensemble regorge de beaux moments : ralentir, accélérer, interrompre et reconstruire dans un jeu d'énergies et d'intensités. La plupart des femmes se replacent, cette fois en forme de V, comme le vol des oiseaux, tandis que la musique poursuit son cours. Le travail de pied reprend, le bras droit aussi se lève à hauteur d'épaule, comme si elles étaient privées d'ailes du côté gauche. Une citation d'Aldous Huxley : « Après le silence, c'est la musique qui est le plus apte à dire l'indicible. » La metteuse en scène Mónica Calle va encore plus loin et ajoute une dimension supplémentaire. Toute lumière s'éteint. Dans l'obscurité totale, les instrumentistes continuent de jouer. Comme un indice pour rendre visible l'invisible. Cela sollicite aussi les sens. Maintenant que tous les autres stimuli disparaissent, la musique parvient pure et sans fard. Des fragments de la Septième Symphonie de Beethoven flottent comme des miniatures, pleines d'atmosphère et magnifiquement colorées.
La lumière se rallume. De nouveau, les femmes se postent en ligne à l'arrière de la scène. L'éclairage chaud disparaît. Les femmes deviennent des ombres sombres sur fond blanc et courent vers l'avant-scène, puis reculent et avancent à nouveau dans une lutte d'épuisement. Comment résistons-nous, et comment surmontons-nous, individuellement et collectivement ? De nouveau, elles se retrouvent toutes alignées. Le bourdonnement reprend, on se croirait dans une immense ruche. Le son se transforme en un autre rythme, une autre mélodie dans une chaîne d'associations. Elles accrochent leur voix à la ligne vocale ondoyante. Une mélodie, un air entêtant qui s'incruste dans votre cerveau.
« Carta », proximité et contact comme résistance contre l'évolution vers une société stérile et inégale. Mónica Calle, pour la première fois invitée à deSingel, et son début a été apprécié.
INFO :
- où et quand : vendredi 17 septembre Rode zaal
- mise en scène : Mónica Calle
- interprètes : Sofie Vitória, Mónica Garnel, Mafalda Jara, Silvia Barbeiro, Lucília Raimundo, Eufrosina Makengo, Ana Agua, Roxana Ionesco, Cleo Travares, Maria Inés Roque, Miu Lapin, Inés Vaz, Sofia Dinger, Carolina Varela, Marta Félix, Joanna de Verona, Brígida Soussa, Sofia Santos Silva, Berta Vidal, Madalena Rato, Mariana Correira,Bruna de Moura, Beatriz Almeida, Sofia Duarte Carvalho, Cire Ndiaye, Sofia Miguel Castro, Mariana Sardinha, Angela Flores Baltazar, Mafalda Tuna, Maria da Rocha, Kristina Van de Sand, Sara Miguel
- direction musicale : Martim Sousa Travares
- conception lumière : Joé Alvaro Correire



