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Critiques

Le château du Duc Barbe-Bleue, solitude insoluble

L
· 4 min de lecture
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Le château du Duc Barbe-Bleue, solitude insoluble
© Bjorn Frin

Exprimer en une heure tant d'espoir et de désespoir, affection et aversion, désir et frustration et finalement une profonde solitude en parole et en musique, c'est à Béla Bartók qu'on le doit de manière unique dans son opéra en un acte Le Château du duc Barbe-Bleue.

La représentation sobre d'Opera Zuid exprime de manière puissante la relation particulière entre Barbe-Bleue et Judith. Dans Le Château du duc Barbe-Bleue, Judith, la jeune épouse de Barbe-Bleue, veut qu'il ouvre les sept portes de son château. Elle est curieuse de savoir ce qui se cache derrière et se méfie de lui. Elle fait des découvertes terribles et son désir de vérité s'avère fatal.

En arrière-plan de la magnifique caisse de résonance que forme l'orchestre, se tient au premier plan de la scène une petite table simple et un ensemble tout aussi quotidien de meubles de salon, un décor qui montre une habitation ordinaire. Au-dessus de l'orchestre, l'éclairage est suggestivement sombre avec l'ombre d'une rose rouge, qui pourrait préfigurer le passage sur le jardin à la quatrième porte, avec des fleurs qui portent aussi une trace de sang.

La metteur en scène Kenza Koutchoukali choisit un couple « ordinaire » du quotidien qui monte sur scène comme s'il venait du public. Ils sont clairement amoureux mais une fois qu'ils franchissent la porte imaginaire de la demeure de Barbe-Bleue, commence une sorte de montagnes russes d'exploration de leurs sentiments mutuels. De scène en scène, Barbe-Bleue tente de gagner la confiance de Judith dans une tentative désespérée de trouver enfin l'amour. Judith de son côté tente encore et encore d'ouvrir une porte supplémentaire et fait de pièce en pièce des découvertes déconcertantes et effrayantes. La dernière pièce révèle les femmes précédentes, les échecs de l'amour de Barbe-Bleue. Avec Judith s'ensuit une fois de plus la catastrophe : Barbe-Bleue expérimente qu'il est impossible d'être compris, il est condamné à une solitude éternelle.

Barbe-Bleue n'est pas caractérisé comme un masochiste ou quelqu'un qui recherche l'érotisme extrême. Thomas Oliemans le joue comme un homme solitaire, presque tragique, capable de tendresse. Pas un original, mais comme Judith, désireux d'amour. Deirdre Angenent est une Judith qui brûle de curiosité et veut pénétrer tous les aspects de la psyché de Barbe-Bleue. Leur quête intense l'un de l'autre n'a pas besoin de grands gestes dans cette mise en scène, pas de contacts extrêmes. Ils se comportent comme un couple dans un dialogue amoureux intense, ils discutent, s'embrassent et s'éloignent à nouveau. Ce qui est remarquable dans la mise en scène, c'est aussi la façon dont les glissements dans les émotions des chanteurs sont toujours en accord avec les changements de tempo du passage musical. Thomas Oliemans l'exprime justement dans le programme : « Les musiciens donnent une voix à la richesse du champ de tension entre nous deux ».

Le conflit central de la distance fondamentale entre l'homme et la femme est enchâssé dans la partition. La tonalité pentatonique, qui crée une atmosphère de mystère et d'obscurité, l'intervalle constamment récurrent du demi-ton, les motifs musicaux qui à chaque porte font un pas de plus vers la peur et la distance. Les musiciens maîtrisent la partition dans le moindre détail et chaque motif est joué avec toute l'intensité par l'instrument concerné (hautbois, harpe, xylophone, célesta), les glissandi sont glaçants, les explosions sont de véritables explosions sonores. Le chef d'orchestre Duncan Ward, qui a aussi récité le prologue - quelque peu actualisé - (en anglais), maîtrise parfaitement la partition et inspire les musiciens au plus haut niveau !

Deirdre Angenent chante la partie pour la première fois. Elle se sent clairement à l'aise dans ce personnage. Elle interprète la partie avec une voix puissante et pleine et maîtrise le style difficile du parlando et le son dissonant de la musique de Bartók. Thomas Oliemans aussi interprète la partie à la fois psychologiquement et vocalement exigeante avec un sens du style parfait. Le baryton chaleureux sonne régulièrement à juste titre un peu plus cinglant que ce à quoi nous l'avons l'habitude.

La représentation à Bois-le-Duc a reçu à juste titre beaucoup d'applaudissements. Le chef d'orchestre Duncan Ward a raison dans le programme - d'ailleurs intéressant par sa brièveté : « Si nous l'exécutons correctement, c'est un voyage émotionnel fantastique dans lequel le spectateur est emporté ». Ce fut absolument le cas.

C'est donc très regrettable que précisément maintenant ce communiqué de presse ait été envoyé au monde : « Opera Zuid risque de disparaître en raison d'une grave pénurie de subventions. Notre ensemble a pris connaissance avec consternation de la lettre d'attribution du ministre pour la période 2025-2028 à venir ».

(voir aussi rubrique Actualités)

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Détails

Qui
Regie: Kenza Koutchoukali; Dirigent: Duncan Ward Met: Thomas Oliemans, Deirdre Angenent Orkest: Philzuid
Où
Theater Parade, ’s Hertogenbosch
Vu le
3 novembre 2024
Crédit photo
Bjorn Frin
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