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Giuseppe Verdi : Falstaff au KMS

Un jeu rythmique entre la scène et l'orchestre

Aller voir une nouvelle production du Falstaff de Verdi avec encore des souvenirs très frais de la production précédente que la Monnaie nous a présentée : c'est un pari risqué et surtout un défi. Celle-ci avait alors deux artistes malheureusement disparus, des musiciens de pur sang du monde de l'opéra : Willy Decker comme metteur en scène et Susan Chilcott dans le rôle charmant d'Alice Ford.

C'est maintenant Laurent Pelly qui prend la relève et on attend beaucoup de lui, d'autant plus que ce metteur en scène a été garant pendant quelque 25 ans de mises en scène réfléchies et ingénieuses, surtout quand il y a une pointe d'humour à gérer. Sa production de Platée de Rameau mérite d'être qualifiée de révolutionnaire et la Fille du régiment de Donizetti tourne autour du monde depuis quelque 20 ans déjà. À la Monnaie, on a vu Pelly pour la dernière fois dans Eugène Onéguine de Tchaïkovski. Et laissez-moi vous dire tout de suite : sa production de Falstaff est une complète réussite.

L'opéra avec lequel Verdi conclut son œuvre est une exception. Verdi approche les quatre-vingts ans et après tant de tension et de tragédie, il veut enfin composer une comédie - c'était depuis l'œuvre de jeunesse Un giorno di regno (1840). Mais une comédie qui accepte la finesse spirituelle. Il s'inspire de sa source littéraire bien-aimée : William Shakespeare. Son librettiste préféré Arrigo Boito en fait une adaptation magistrale. Bernard Haitink le définit simplement : « Si les opéras de Verdi sont du Bourgogne, son Falstaff est du Champagne ».

Un timing parfait

Le décor nous offre exactement ce que l'opéra demande : un pub accueillant, une demeure bourgeoise et un décor féerique pour le dénouement. À l'intérieur, Laurent Pelly et sa scénographe (Barbara de Limburg) jouent avec de petits changements et adaptations qui affûtent chaque fois la situation. Le café se transforme par exemple du petit au grand, juste au moment où Falstaff chante son gros ventre. Cela peut sembler vulgaire, mais la manière dont cela s'exprime, surtout combinée au jeu d'acteur de Keenlyside, crée une blague. Et bien sûr la porte par laquelle Ford et Falstaff doivent passer ensemble : c'est un gag obligatoire dans Falstaff. Le petit verre auquel Mère Quickly trempe ses lèvres quand elle vient chercher Falstaff avec l'invitation - et elle en reprend un. L'utilisation de l'escalier dans la maison de Ford, par lequel il faut traîner le panier, crée une certaine tension qui s'accorde merveilleusement bien avec la musique de Verdi. La forêt nocturne, lentement éclairée par le brouillard contre les lumières des immeubles. Comme si Pelly voulait clarifier qu'il existe aussi un vrai monde derrière le spectacle magique. On pourrait citer pour chaque scène des exemples d'aspects subtils et d'interaction entre les personnages qui font du tout une fête théâtrale incessante. L'important pour que tout fonctionne est le timing et Pelly le maîtrise parfaitement et qui plus est : Altinoglu s'y accorde totalement avec l'orchestre. L'unité de rythme entre scène et orchestre est simplement sublime et s'accorde avec l'instinct dramatique de Verdi.

L'opéra dépend de son interprète titulaire, le bon vivant au gros ventre Falstaff. Toujours affamé, toujours assoiffé et toujours à court d'argent. Son dernier plan de sauvetage : séduire à la fois deux jolies et riches dames bourgeoises, Alice Ford et Mère Page. Tout ne se passe pas si facilement et celui qui joue faux se retrouve finalement trompé lui-même, bien que Falstaff y conserve sa bonne humeur et réalise à la fin que le monde entier est une farce ! Et voilà qu'à l'ironie suprême, cela doit être chanté sur une fugue solennelle !

Simon Keenlyside est un Falstaff de pur sang ! Vocalement, le rôle lui va comme un gant. Keenlyside saisit toutes les nuances que le vieux Verdi a mises dans le rôle. Il se sent au comble de sa joie en vrai fêtard de bistrot, mais rayonne aussi constamment assez de vanité pour ne pas renier son statut de « chevalier » depuis longtemps révolu. Et sous sa joie de vivre comique se cache aussi une vraie mélancolie au début du troisième acte après son plongeon dans la Tamise. Keenlyside trouve toujours le bon ton, même dans les passages élégants (par ex. « Quand'ero paggio del duca di Norfolk »). Dans son interprétation précise du texte, on reconnaît justement le chanteur lied expérimenté.

Les rôles féminins sont bien caractérisés comme les « gaie commari di Windsor », les joyeuses femmes de Windsor, se proposant d'enseigner une leçon au gros séducteur. Sally Matthews reste un peu trop en retrait dans son rôle d'Alice du trio - surtout dans son duo buffo avec Falstaff (avec de beaux effets pour le basson), mais le reste de l'élégant ensemble féminin compense suffisamment pour amener le complot complice du deuxième acte au chaos complet. Leur ruse pour donner également une leçon à Ford dans la scène finale avec le mariage des jeunes amoureux Nanetta et Fenton est un coup de théâtre romantique réussi.

Chez les chanteurs, soulignons avec plaisir l'interprétation convaincante de Daniela Barcelona en Mère Quickly et de Lionel Lhote, qui ne renonce pas à sa prétention de Ford ni dans son déguisement absurde avec une barbe rousse ni dans sa défaite finale.

Comme nous l'avons déjà clarifiés : l'orchestre joue sous la direction d'Alain Altinoglu avec pétillance et des accents délicieux dans les bois, mais aussi dans le piccolo qui pousse l'ironie à son comble ou dans les trompettes qui éclabousent à la fin du deuxième acte quand Falstaff est jeté dans la Tamise et bien sûr les cors, comme symbole du mari trompé ! Ce spectacle était une fête tourbillonnante.

Détails :

Titre :

  • Giuseppe Verdi : Falstaff au KMS

Qui :

  • Alain Altinoglu, dirigent, Laurent Pelly, regisseur
    Met : Simon Keenlyside, Sally Matthews, Daniela Barcelona, Lionel Lhote, Bogdan Volkov, Mikeldi Atxalandabaso, Patrick Bolleire, Benedetta Torre, Marvic Monreal, Daniela Barcelona - Symfonieorkest en koor van de Munt

Où :

  • Théâtre Royal de la Monnaie, Bruxelles

Quand :

  • 28 septembre 2025

Crédits photos :

  • Excellent

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