Le ténor Door Van Bergen, à peine 18 ans, et le pianiste Jef Kolacny, 22 printemps, ont présenté ensemble pour la première fois un récital de mélodie qui s'inscrivait pleinement dans la tradition du lied romantique sur le thème « entre rêve et souvenir ».
Schumann, Brahms, Schubert et Wolf, ce ne sont pas des noms de second plan parmi les compositeurs de lieder, et cela soulevait aussitôt la question : ces deux musiciens, et surtout le chanteur, ne sont-ils pas trop jeunes pour pouvoir rendre justice à cette musique ? Dans la petite salle acoustiquement sèche du complexe sportif de Willebroek – en réalité une salle inadaptée, non seulement sèche en acoustique, mais on y entend trop bien tourner la climatisation et on entend en plus les voix joyeuses des enfants qui font du sport dans la salle adjacente à la « salle de concert ». Cela rend les choses plus difficiles pour les musiciens de rester concentrés. Celui qui s'en tire avec le sourire et apparemment sans se laisser décontenancer en musicant prouve ainsi posséder les gènes justes du soliste.
Après un bon café et des croissants, vint le moment de quelques mots de bienvenue fluides et d'explications sur le programme, fournis à tour de rôle par les deux musiciens. Dès les premières notes du piano et de la voix, l'attention fut captée et elle ne faiblirait plus. La voix de Van Bergen est encore jeune, pas encore tout à fait au point en hauteur, profondeur et volume, mais on y entend déjà beaucoup de timbres de ténor chauds, pleins et porteurs qui sont très prometteurs. Cela m'a d'ailleurs aussitôt un peu inquiété : n'est-ce pas de l'audace de la part du jeune chanteur enthousiaste d'interpréter, mais oui, l'intégralité du recueil Dichterliebe de Robert Schumann ? Chez les jeunes chanteurs, il existe toujours un risque d'endommager son propre instrument unique et irremplaçable. On sent pendant le chant que Van Bergen sait se retenir, il possède une technique excellente, ses poumons ne lui font absolument pas défaut, il a une prononciation allemande très belle et clairement intelligible et sait, malgré les limitations encore existantes de sa voix, faire vivre brillamment les textes. C'est d'ailleurs plus que méritoire de lire les poèmes en eux-mêmes. On leur accorde bien trop souvent une attention insuffisante. Ici vous pouvez les trouver
Jef Kolacny s'est présenté comme un pianiste qui accompagne depuis des a n n é e s des chanteurs de mélodie. Transparent, sans précipitation, tempi calmes, retenu et guidant le chanteur qu'il soutient parfaitement, en formant largement dans tous les sens. Il offrit à Door la tranquillité nécessaire pour sa voix et permit au public de jouir d'un intermezzo de Johannes Brahms. Qu'y a-t-il de plus séduisant que la romantique en musique, surtout quand la composition est de haut niveau et l'interprète s'y plonge entièrement ? On en désire davantage, mais un programme doit simplement continuer. Et c'est ce qui s'est passé avec « An den Mond » de Franz Schubert. L'un de ses centaines de lieder que lui, outre tant d'autres kilomètres de partitions toutes géniales, a composé dans sa vie si courte. Une fois de plus, Door Van Bergen sut apprécier à sa juste valeur ce joyau musical dans un équilibre fragile et Jef Kolacny fit de même. Les deux talents musicalisèrent avec le même élan poursuivi, avec la Widmung de Schumann suivie de sept lieder du Italienisches Liederbuch d'Hugo Wolf.
Deux jeunes musiciens, deux promesses tournées dans la même direction musicale, le cœur au bon endroit, servant la beauté qui ne peut laisser personne indifférent. Nous ne pouvons que souhaiter à ce jeune duo une carrière musicale pleine de succès, des succès qui ont su si souvent transformer le vrai récit des compositeurs et poètes de la romantique en émotions de joie et de tristesse en parole et en musique.



