Il y a à peine une dizaine d'années, AMUZ découvrait Cantoría. Ils ont brillé lors de l'International Young Artist's Presentation (IYAP). Ce qui est depuis devenu une véritable montagne russe, je la suis de près depuis un certain temps. Ces dernières années, ils n'ont cessé de faire surface sur les réseaux sociaux : à chaque fois, un plaisir à regarder. Mes attentes pour leur nouveau CD, au titre engageant Fiesta !, ne pouvaient donc guère être plus élevées. (sortie le 16 octobre 2026, ALPHA 1279 / OUTHERE MUSIC FRANCE)
Le groupe se positionne avec conviction comme un ensemble de voix naturelles. Cette manière de chanter paraît si organique et naturelle qu'on dirait qu'ils traversent ces villancicos sans effort, comme s'ils les interprétaient ainsi, entre deux verres, dans une agréable auberge. Pas une once de maniérisme ni de forcé. Chaque voix conserve sa personnalité, et dans le collectif, cela fonctionne admirablement.


Individuellement aussi, il y a énormément à vivre. Prenons l'admirable Inés Alonso dans Un pastorcillo italiano (de Joseph de San Juan). Sa voix est à la fois douce et chaleureuse, puissante et consolante. C'est un plaisir de s'y laisser aller, enveloppé par la magnifique composition. Cela se manifeste plus magnifiquement encore dans le simple récitatif où elle propose au petit berger brocoli, poulet et macaronis, avant de passer à un air où elle chante sublimement son amour pour le berger. Je l'avoue : ce morceau revient souvent dans mes écoutes. Mais en zoomant ainsi, je fais injustice aux autres solistes exceptionnels, comme l'altiste tout aussi remarquable Juan Manuel Morales, qui brille dans El portugués. Et ce ne sont là que deux exemples ! Désolé, autres chanteurs et solos, vous êtes tous sublimes ! Écoutez donc le numéro 21 !
Le programme est construit autour de la tradition noëlique espagnole du XVIIIe siècle et du compositeur Joseph de San Juan. Le concept respire l'atmosphère des villancicos de Navidad qui résonnaient alors dans les églises pendant les matines de Noël et de l'Épiphanie. San Juan mêle habilement le sérieux liturgique à des éléments du théâtre populaire, tels que les sainetes comiques et les jácaras, issues du milieu de la pègre. Il suffit de s'imaginer les types itinérants – du Portugais mélancolique à l'Italien joyeux avec ses envies de macaronis au fromage – se rendant à la crèche pour sentir combien cet héritage est vivant.
Et que dire de l'accompagnement instrumental ? Il est tout simplement phénoménal. Les instruments ne se contentent pas d'accompagner, ils donnent tant de couleur au son, les infinis détails du jeu – du théorbe délicat aux percussions pétillantes en passant par les violons virtuoses – font que chaque écoute sonne différemment.
Cela rend ce CD plus que convaincant : une « playlist » que l'on remet sans effort pour une écoute intense, pour se détendre un moment, ou tout simplement pour le laisser jouer doucement en fond sonore. Je vous donne toutefois un conseil chaleureux : la première fois, prenez les traductions à portée de main, car elles vous offriront une heure délicieuse, accompagnée d'un grand sourire.
Il y a quelques semaines, ils se sont produits à Versailles. Vous voulez les entendre en direct ? C'est possible à Anvers le dimanche 13 décembre 2026 à 15h00 à AMUZ, avec le programme Kerst onder kruitdamp: Spaanse ensalada's. N'hésitez pas ! Achetez votre billet ici !